Lecture / Ecriture
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Une femme au téléphone de Carole Fives

Carole Fives
  Quand nous serons heureux
  Que nos vies aient l'air d'un film parfait
  C'est dimanche et je n'y suis pour rien
  Camille Claudel, la vie jeune
  Une femme au téléphone

Carole Fives est une écrivaine et plasticienne française née en 1971.

Une femme au téléphone - Carole Fives

Tragi-comique
Note :

   Une mère telle que Charlène, il faut du cran pour la supporter. La soixantaine, seule dans la vie, elle ne cesse de téléphoner à sa fille. A toute heure. Pour lui annoncer qu’elle s’est inscrite à Meetic, se plaindre de tout et de rien. Un jour son fils l’énerve, l’autre jour il a toutes les qualités. Et puis elle l’écrivain, il faut y mettre du sien pour connaitre le succès, d’ailleurs elle a quelques idées de romans en tête. Bref, la mère super envahissante.
   
   Même quand elle on lui annonce son cancer, pas de perte d’énergie. Elle se rase la tête avant que les cheveux ne tombent et hop un perruque blonde. Elle n’arrête pas de fumer, pourquoi ? elle a déjà ce foutu cancer, on ne vas pas encore la chicaner sur ça.
   
   Elle passe son temps à raconter au téléphone tout ce qui se déroule à l’hôpital.
   
   Quand elle retrouve sa maison, elle décide de peindre à tout va. Mais oui j’ai peint du Matisse, comment cela pas du Matisse ! Picasso peut-être.
   
   Et zou, embarquée à l’hôpital psychiatrique. Sus à sa bipolarité. Et re-appel téléphonique pour démontrer à quel point les gens sont bizarres dans ce genre d’endroit mais qu’on y est si bien.
   
   Re retour à la maison. La fille de son frère est insupportable. Sa belle fille enfin bref c’est sa belle fille.
   
   Et à nouveau recherche sur le net dans les sites de rencontre après l’homme, enfin l’homme car ma petite après cinquante ans il faut ramer.
   
   Sans oublier la copine Colette qui parfois n’en peut plus et c’est la rupture très brève il faut bien l’avouer.
   
   Et voilà que sa fille, l’auteur, attend famille. Tricoti tricotons.
   
   "Allo, tu ne dors pas au moins ? Ca y est ils sont repartis, oh là là, quelles histoire. Qu’ils ne reviennent pas ici avec leurs gamins. Ca gueule, ça débranche les perfusions, ça saute sur le lit, ça se met des piqûres dans le nez….Mais je suis calme, je suis calme, je tricote. Je termine ton pull, au moins si je meurs tu pourras porter quelque chose que je t’ai fait, il ne me reste que l’encolure et les finitions".
   
   "C’est à quelle heure déjà ? Il faut vraiment que ça soit toi pour qu’on mette France Culture ! Tu stresses parce que tu passes à la radio ? Mais il n’y a pas de quoi. Tu te fais un monde avec ça alors que personne n’écoute. C’est pas RTL tout de même"
   

   Un livre tragi-comique qui amène le rire mais on n’ose imaginer ce que ressent la fille au bout de la ligne : la colère, de l’angoisse et de la colère suivant les réponses de la mère.
   
   Et ce fond de tendresse qui traverse l’humour. La mère raconte son enfance qui n’a pas été aussi heureuse que celle de ses petits enfants. Une mère qu’elle détestait. La séparation d’avec le père qu’elle adorait. Et cette solitude quand les enfants sont partis et qu’ils ne viennent pas vous voir assez souvent.
   
   Faut s’accrocher quand on a une mère de cet acabit.
   
   A lire de toute urgence si vous êtes en perte de moral.
    ↓

critique par Winnie




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Mère/fille
Note :

   "Ah, j’en vire des hommes, qu’est-ce que je peux en virer ! j’en ai plein ma corbeille !"
   

   Une mère laisse des messages sur le répondeur de sa fille. Par le truchement de cette situation de communication perturbée (autant que la narratrice !) se dessine le portrait d'une femme tour à tour dragueuse sur internet, mère envahissante, qui refuse de vieillir et fait preuve d'un humour, parfois noir "Il faut choisir, le cancer, la phlébite ou la dépression", dévastateur. On devine très bien, en creux, les réactions des interlocuteurs invisibles et le procédé n’est jamais pesant, bien au contraire.
   
   Les revirements de la mère vis-à-vis de sa petite-fille, ses tentatives de culpabilisation et la mélancolie, la dépression qui s’immiscent entre deux tout cela sonne très juste. L’émotion n'est pour autant pas oubliée, en particulier quand s'amorce une possible inversion des rôles. Ça cavale à toute allure et quand la fin arrive, on est tout étonné et un peu déçu car on aurait bien continué !
   
   Carole Fives nous fait vivre des montagnes russes émotionnelles, c'est rondement mené, brillamment écrit (j'ai surligné à tour de bras) et ce roman file donc directement sur l’étagère des indispensables !

critique par Cathulu




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