Lecture / Ecriture
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L'été avant la guerre de Helen Simonson

Helen Simonson
  La Dernière Conquête du Major Pettigrew
  L'été avant la guerre

L'été avant la guerre - Helen Simonson

Sussex, été 1914
Note :

   Titre original : The summer before the war
   
   Eté 1914, petit village de Rye (Sussex). L'ambiance est encore bien victorienne, femmes corsetées et messieurs un poil machos; la bonne société bourgeoise et la petite noblesse sont bourrées de préjugés à l'encontre des femmes et des classes sociales dites inférieures.
   
   Béatrice Nash va devoir batailler pour occuper un poste d'enseignante de latin. A 23 ans, elle est cataloguée comme vieille fille et son ardent désir d'être financièrement indépendante est contrecarré par sa famille paternelle et des notaires n'ayant aucune confiance en ses capacités de gestion (alors qu’elle s'occupait fort bien des affaires de son père avant le décès de celui-ci). La femme éternelle mineure, quoi. Seul l'état de femme mariée lui permettrait de toucher son (coquet) héritage, tout en sachant que bien sûr son éventuel mari aurait la main dessus.
   
    Pour l'instant elle n'envisage pas de se marier (à son âge avancé!), quoiqu'elle ait des atomes crochus avec Hugh et Daniel, les neveux d'Agatha Kent, qui la chapeaute dans ses premiers pas à Rye. Agatha, une femme de caractère, sachant braver quelques conventions, mais hélas pas toutes...
   
    En plus de la situation des femmes à l'époque, est évoqué celle du peuple Tzigane, dont un élément particulièrement doué à l'école se verra fermer des portes en raison de ses origines.
   
    Le village de Rye verra affluer des réfugiés de Belgique et certains de ses hommes s'engager. Le roman prendra une teinte plus sombre, tout en préservant une justesse de ton et un humour de bon aloi.
   
    En démarrant cette lecture je pensais à une quelconque romance vintage et sympathique, genre tout à fait honorable par ailleurs! Mais en abordant sans insister lourdement des thèmes bien plus sérieux, l'auteur a su me toucher et m'intéresser avec ses personnages et me faire vivre quelques mois dans l'ambiance de cette époque et de ce village.
   
    Une jolie lecture
    ↓

critique par Keisha




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Il y a cent ans...
Note :

   "Ma chère enfant, je crains que nous ne soyons tous les esclaves de la société. Il n'y a pas moyen d'y échapper. S'agissant de vous, c'est parce que Lady Emily a approuvé votre embauche que les administrateurs de l'école se sont laissés convaincre alors que moi, qui suis également membre titulaire de ce conseil, j'avais été incapable de l'emporter. J'ai bien peur que votre indépendance aussi bien que mes tentatives pour faire évoluer les choses ne dépendent de notre amie titrée et des petits cartons d'invitation ornés de son chiffre qu'elle nous fait l'honneur de nous adresser".
   

   Béatrice Nash vient d'arriver à Rye (Sussex) pour enseigner le latin à des élèves indifférents, voire hostiles. Son père, un universitaire réputé, est mort récemment, la laissant par testament à la merci d'une vieille tante acariâtre, pas prête du tout à laisser sa nièce vivre indépendante. L'époque est encore victorienne, très corsetée et la place de la femme est celle d'une éternelle mineure, forcément sous la tutelle d'un homme.
   
   Mais Béatrice n'est pas faite de ce bois-là et elle n'entend pas se laisser régenter sans rien dire et quémander une maigre obole à sa tante en échange de sa soumission. Heureusement elle a des appuis sur place, surtout en la personne d'Agatha Kent, son époux John et ses neveux Hugh et Daniel. Les rumeurs de guerre commencent à circuler, sans perturber la vie bien réglée de cette bourgeoisie anglaise très étriquée.
   
   Il m'a fallu deux cents pages pour entrer véritablement dans l'histoire. J'ai trouvé que la mise en place des personnages et des situations était un peu longue. J'ai cru m'être fourvoyée dans un banal roman "pour fille", mais quand l'action a démarré, j'ai été agréablement surprise par l'évolution des personnages. L'arrivée des premiers réfugiés belges va bouleverser la donne, le ton se fait plus grave, l'histoire gagne en épaisseur.
   
   Le patriotisme gagne la jeunesse britannique qui s'engage à tour de bras. Béatrice de son côté héberge une jeune réfugiée belge. Elle se heurte par ailleurs, à l'étroitesse d'esprit de la petite communauté villageoise, toujours prête à l'éliminer au profit d'un homme. Le cloisonnement des classes sociales est impitoyable, elle a l'occasion de s'en rendre compte avec un de ses jeunes élèves, Snout, le plus doué, mais d'origine tzigane, donc éliminé d'office.
   
   Il y a des histoires d'amour dans ce roman, à foison, mais aussi la réalité de la guerre ; les jeunes gens qui se retrouvent dans les tranchées abandonnent vite leurs naïves illusions ; en Angleterre de plus en plus de familles perdent un des leurs, les temps s'assombrissent.
   
   A travers Béatrice, le féminisme est présent. Toutes les injustices faites aux femmes sont évoquées, certaines s'en font les complices, d'autres comme Béatrice ne le supportent pas et se révoltent dans le mesure de leurs moyens. La société est organisée de telle façon, qu'elles sont ligotées bon gré, mal gré. Elle fait l'amer constat du peu de confiance que lui accordait son père, alors qu'elle le secondait avec une grande efficacité.
   
   C'est une bonne lecture de vacances, suffisamment distrayante, sans être creuse pour autant. On sent que l'auteure a dû beaucoup se documenter sur la période.

critique par Aifelle




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