Lecture / Ecriture
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Belle d'amour de Franz-Olivier Giesbert

Franz-Olivier Giesbert
  Un très grand amour
  La cuisinière d'Himmler
  L’arracheuse de dents
  Belle d'amour

Franz-Olivier Giesbert est un homme de lettres franco-américain né en 1949.

Belle d'amour - Franz-Olivier Giesbert

Les croisades vues par Franz O
Note :

    "Belle d’amour", un beau titre à la Albert Cohen ! Un roman historique sur le Moyen-âge ? Je suis toujours preneuse ! Las ! Quelle déception à la lecture de ce livre !
   
   Un parallèle entre le Moyen-âge et le XXI siècle

   Franz Giesbert a étudié son sujet et connaît bien l’époque des croisades. Il nous introduit chez le Roi Louis IX (Saint Louis) dont il souligne la complexité et les contradictions mais on s’apercevra bien vite que son roman historique a pour but d’établir une comparaison entre le temps des croisades et le XXIème siècle. Une comparaison qui semble à priori être en faveur du christianisme et très anti-islam.
   "L’Islam fait peur, pas le christianisme. C’est pourquoi ils ne sont pas à égalité" .
   
Cette comparaison nous amène à la conclusion que le Coran est un livre qui prêche la guerre et l’extermination des chrétiens et qu’il y a toujours eu incompatibilité au cours des millénaires entre les musulmans et nous ! (P 247). Mais qui parle ? Le narrateur, le sultan sanguinaire Baybars, le patriarche maronite d’Antioche, Tiphanie ou son mari Armen… ou l’auteur lui-même?
   De là à justifier l’occupation de la Palestine par Israël de nos jours, il n’y a qu’un pas… vite franchi !
   "Mais il (le peuple juif) était trop gentil, pas assez agressif. C’est pourquoi les Arabes, les Turcs, les Perses, les Grecs, les Romains, ont occupé, massacré la Palestine qui, n’en déplaise aux perroquets incultes, restera toujours juive jusqu’à la dernière motte. Les arabes ont beau se présenter comme des victimes, ils furent des envahisseurs comme les autres ".

   Mais au moment où la religion musulmane paraît être condamnée sans appel, Franz Giesbert, en convoquant la Sainte Inquisition catholique, renvoie les deux religions dos à dos. Enfin, le narrateur qui fait régulièrement des réapparitions au milieu du récit de Tiphanie, a un ami arabe qui lutte contre les terroristes et une fiancée, Leila, tolérante au niveau de la religion. Preuve que l’entente est possible ? L’ensemble est assez ambigu et les pistes sont brouillées. Seuls les juifs (et les cathares) semblent bien s’en tirer?
   
   La structure romanesque

   Au niveau de la structure romanesque, le roman commence par un prologue qui introduit le narrateur. Il s’agit d’un professeur de l’université d’Aix-en Provence, spécialiste du Moyen-âge et de l’Islam, qui a eu des ennuis à cause d’un récent ouvrage sur l’esclavage en terre d’Islam. On comprend tout de suite que cet essai était polémique puisqu’il établissait que les chiffres des esclaves dépassent ceux de la traite des noirs en Occident. Conclusion : les Arabes ont donc toujours été un peuple violent et dominateur.
   Par la suite, hanté par son personnage féminin qui lui "dicte" son histoire, le narrateur fera de nombreuses réapparitions destinées à maintenir la comparaison entre le passé et le présent.
   Or, les intrusions du narrateur ne sont pas toujours les bienvenues car elles interrompent le récit et l’alourdissent même si elles permettent le passage d’un siècle à un autre. Cette interaction trop fréquente entre le personnage fictif et son narrateur m’a gênée.
   
   Le style

    Quant au style ! Disons qu’il ne suffit pas de truffer le texte de mots du moyen-français, pour faire parler une femme de cette époque. Il s’agit tout juste d’une coloration temporelle. Manifestement, l’auteur n’est pas un spécialiste de la langue médiévale, alors pourquoi ne pas assumer le français contemporain ! Le style de Robert Merle qui était, lui aussi, professeur d’université, - Bizarre les coups de griffe de l’auteur à l’encontre des universitaires dans le prologue - était beaucoup plus réussi.
   
   Le personnage principal

   Enfin, j’ai trouvé le personnage de Tiphanie peu convaincant, trop superficiel. Impossible de croire qu’une femme qui se fait violer par quatre hommes chaque jour pendant des mois et à qui ses tourmenteurs tatouent des diables sur le corps pour mieux la dominer et la faire accuser de sorcellerie, puisse avoir une résilience (pour employer un mot à la mode actuellement) aussi rapide et facile ! Je sais que le moyen-âge est une époque dure et qu’il fallait s’endurcir pour survivre mais l’exagération est telle qu’elle enlève toute crédibilité au personnage. En gros, être violée, ce n’est pas bien grave quand on aime la vie ! Cela n’empêche pas Tiphanie d’aimer la "chosette" et de tomber amoureuse à chaque coin de rue ! N’y d’être re-re-violée encore et encore ! Le tout est raconté avec une telle distanciation que je n’ai pu y adhérer. Non. Belle d’amour n’est pas "Belle du seigneur" malgré la ressemblance du titre !
   
   En conclusion, ce roman nous apprend beaucoup de choses sur Saint Louis, sa foi, ses erreurs politiques et militaires, sur les croisades et les sanglantes batailles qui ont décimé les armées des croisés. Giesbert a lu Joinville et il aime Rabelais dont il emprunte bien souvent le vocabulaire mais il n’en a pas la truculence, ni l’humour.

critique par Claudialucia




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