Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Un été à quatre mains de Gaëlle Josse

Gaëlle Josse
  Les heures silencieuses
  Noces de neige
  Le dernier gardien d'Ellis Island
  L'ombre de nos nuits
  Un été à quatre mains
  Une longue impatience

Gaëlle Josse est une écrivaine française née en 1960.

Un été à quatre mains - Gaëlle Josse

Schubert, un été hongrois
Note :

    Sur les conseils d'une amie j'ai découvert Gaelle Josse que j'avais souvent vue à l'honneur sur différents blogs. Ce court roman, presque un opuscule, se déguste comme un fruit frais à l'ombre d'un verger, comme un prélude romantique, comme une jeunesse déjà vacillante. Il y a des livres plaisirs sur lesquels on n'a pas envie de gloser.
   
    "Un été à quatre mains", quelques mois de la vie de Franz Schubert, donnant des leçons à deux demoiselles aristocrates au cœur de la campagne hongroise, 1824, est un pur délice qu'on croque en une heure et demie. Franz n'a déjà plus que quatre ans à vivre.
   
    La cadette Esterhazy, Caroline, vingt ans, sera pendant cette saison à la lisière de l'amour pour Franz. Leurs épidermes se frôlent à quatre mains. Conventions obligent, cette passion naissante n'aura pas le temps de vivre. Schubert, relativement connu à Vienne mais grassouillet, désargenté et malade, n'est manifestement pas un bon parti. Pour le peu de saisons qui lui reste, le vin frais des forêts viennoises, les amis musiciens qui l'aiment comme il est, et la musique qu'il écrira jusqu'à son dernier souffle seront ses compagnons. Les lieder de cet homme, ses trios, ses sonates, sont devenus autant de blues déchirants. C'est pour moi le plus merveilleux compliment.
    ↓

critique par Eeguab




* * *



Un moment de grâce littéraire
Note :

   Un été à quatre mains est un coup de cœur, un moment de grâce littéraire à ne pas manquer.
   
   Le temps d'un été, Schubert, compositeur hors pair mais sans le sou, est invité par une famille noble. En échange du logis et de la nourriture, le musicien compose des morceaux et donne des leçons de piano aux deux jeunes filles du domaine. Si l'aînée s'avère une soprano talentueuse mais pressée, la cadette, Caroline dite Carodine, fait preuve d'une maturité musicale et d'une sensibilité très proche de celle de son instructeur. Qui n'en attendait pas tant pour être inspiré.
   
   Gaëlle Josse dessine la solitude d'un homme dont le génie certes reconnu ne se consolide pas par une vie matérielle décente et à l'abri du besoin. Avec délicatesse, l'auteure dresse le quotidien d'un artiste en proie à ses fulgurances musicales, bien présent et conscient du monde qui l'entoure - fait de castes qui empêchent des amours socialement malséantes et pourtant éprouvées-. L'été à quatre mains présente un homme digne et respectueux des codes, une jeune femme en devenir et à l'avenir tout tracé par le joug parental, des instants de musique où une main posée par inadvertance blesse, le quotidien d'une aristocratie dont la préparation de déjeuners gargantuesques perturbe la torpeur routinière. Par petites touches, l'auteure indique les anecdotes de vie qui ont construit le mythe du musicien, contraint à une existence pauvre, mûri par la simplicité.
   
   Le texte met en scène un monde passé, où le mécénat présenté comme ouvert et jovial peut s'avérer froid et violent. La prose de Gaëlle Josse est sublime, le phrasé à la fois simple et disponible illustre la musicalité du propos. Documenté et riche, Un été à quatre mains est un roman court et prenant, un instantané de vie de Monsieur Schubert.
   
   page 56 :
   "Il s'est assis à l'écart, suant et soufflant sous sa redingote. Ses chaussures le font souffrir, son pantalon le serre, il ne sait pas comment s'asseoir. Il craint de faire craquer le tissu, on va rire de lui. Il n'a plus faim, le verre de vin blanc qu'il a accepté tout à l'heure, mêlé à la chaleur, lui fait tourner la tête. Il aurait dû refuser de venir. Ne pas se mêler à cette jeunesse insouciante, comblée, qui se réjouit du spectacle champêtre qu'elle se donne. Sa place n'est pas ici.
   
   Le repas a pris fin, il a fini par accepter une part de brioche qu'une des jeunes invitées lui a proposée. Une torpeur s'est emparée du petit groupe, déjà moins bavard, moins rieur que tout à l'heure. On s'assoupit. Franz se réjouit de cette trêve, il est enfin devenu invisible."

   ↓

critique par Philisine Cave




* * *



Schubert
Note :

   Le dernier gardien d'Ellis Island a eu un franc succès dans ton réseau de bibliothèques l'an passé... si bien que Gaëlle Josse a été invitée à venir rencontrer ses lecteurs au mois d'octobre cette année en Vendée ! Et toi aussi tu avais beaucoup aimé cette lecture, si bien que tu es ravie aussi de cette opportunité et que tu as décidé de lire ses autres titres avant... Un été à quatre mains vient tout juste de sortir en librairie, et imagine un épisode de la vie de Frantz Schubert, l'été qu'il a passé en compagnie de la famille Esterhazy, membre de la Haute aristocratie viennoise, en résidence estivale en Hongrie.
   
   Le compositeur, qui connaît de grandes difficultés financières, a été recruté pour donner des leçons de musique aux deux filles du couple, et distraire également les invités de passage. Mais l'amour s'en mêle. Effectivement, Marie et Caroline ont bien grandi depuis que le jeune homme les a vues la dernière fois, et c'est Caroline, discrète, sensible et plutôt douée, la cadette, qui accroche surtout le regard du musicien. Il se passe quelque chose entre eux cet été de 1824, qui changera la vie des deux protagonistes.
   
   De retour à Vienne, toute l’œuvre de Frantz Schubert ne parlera désormais que de la jeune fille, et de cet amour impossible. Il lui dédiera au final un morceau à quatre mains, souvenir d'un moment ainsi partagé, et d'une main brièvement abandonnée... Et toi, tu as aimé plonger ainsi dans un épisode de l'Histoire, être confrontée à des amours désuètes et codifiées d'une autre époque, sensibilisée à la musique de Frantz Schubert que tu connais peu, et te rendre compte de toute la douleur de ce que l'interdit engendre, surtout lorsqu'il est vécu dans le huis clos d'une maison. Tu as eu le sentiment de rentrer dans une nouvelle à la Stefan Zweig, sans doute parce qu'ici aussi la violence des émotions se heurte à la carapace des apparences, comme souvent chez lui, et qu'elles en profitent pour fendiller douloureusement les armures...

critique par Antigone




* * *