Lecture / Ecriture
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Ör de Audur Ava Olafsdottir

Audur Ava Olafsdottir
  Rosa Candida
  L'embellie
  L' Exception
  Le rouge vif de la rhubarbe
  Ör

Née à Reykjavik en 1958, Audur Ava Olafsdottir a étudié l’histoire de l’art à Paris et enseigné cette matière à l’Université d’Islande. Aujourd’hui elle en dirige le musée. Conférencière et organisatrice d’expositions, elle écrit depuis 1998.

Ör - Audur Ava Olafsdottir

Cicatrices
Note :

   Comme j'aime retrouver Audur Ava Olafsdottir, une de mes chouchoutes que je suis avec plaisir ! Ör signifie cicatrices, celles faites au cœur, celles faites au corps en temps de guerre par exemple. Dans ce roman, on retrouve les thèmes chéris de l'auteure : la paternité, la quête de sens et la réparation. Justement, notre héros mal en point (abandonné par sa femme, plus trop sûr des liens familiaux qui l'entourent, une mère en fin de vie) décide d'en finir. Mais pour ne pas faire de peine à ses proches, il part loin, côtoyer le pays le moins sûr du monde, en traversant l'océan, et en emportant avec lui une boîte à outils. Il y découvrira d'autres cicatrisés de la vie.
   
   Toujours enthousiasmant, l'univers d'Audur Ava Olafsdottir me (ré)conforte dans ce choix de littérature. Celui qui part là où on ne l'attend pas, celui d'une très grande classe, qui suggère plus qu'il ne décrit, abordant avec délicatesse et subtilité la condition féminine et masculine en temps de guerre. Chaque partie du récit est annoncée par une citation illustre ou bien un morceau du carnet de bord de notre héros, Jonas Ebeneser. C'est beau, frais, improbable. L'écrivaine a le don de la sincérité et de la concision : adepte des courts romans, j'acquiesce. Seule, la fin d'Ör est ratée de chez ratée, bouclée en trois mots donc décevante. Mais comme le reste est sublime, j'oublie cette fausse note...
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critique par Philisine Cave




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Des raisons pour vivre
Note :

   "Je réfléchis. Tout bien considéré, il n'est pas aussi urgent de mourir au pays de la mort."
   

   Avec une vie sexuelle et sentimentale au point mort depuis plusieurs années, ayant le sentiment que ni sa mère, dont l'esprit bat la campagne, ni sa fille, jeune adulte, ni son ex-femme (toutes trois prénommées Gudrùn) n'ont besoin de lui et ne sont susceptibles de lui accorder un quelconque réconfort quant au vide de sa vie, il ne reste plus à Jonas Ebeneser qu'à partir pour un pays qui se remet à peine d'une guerre fratricide.
   
   Un aller sans retour, telle est sa résolution initiale. Mais on n'échappe pas à son destin et celui que sa mère a doté d'un prénom signifiant "serviable" et qui ne s'est pas séparé de sa boîte à outils ni de sa perceuse va trouver sur place de quoi suivre sa pente naturelle : tout réparer, si c'est demandé par une femme. Mais peut-on réparer un pays ravagé avec "ta petite perceuse et ton rouleau de scotch ?"
   Sans doute pas, mais comme le dit un personnage : "le coupable, c'est celui qui sait et ne fait rien."
   
   Un roman lumineux, simple en apparence, qui m'a fait retrouver l'esprit de "Rosa candida", avec son pays non identifié clairement qui synthétise en quelque sorte LE pays ravagé symbolisant tous les autres, son humanisme tranquille et son personnage masculin atypique. Un roman qui redonne foi en l'humanité. Aussitôt savouré, aussitôt recommencé !
   
   Et zou, sur l'étagère des indispensables !
   
   236 pages à la frontière du conte.
   
   (ör = cicatrices, terme polysémique islandais très riche que l'auteure explique à la fin du roman)
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critique par Cathulu




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Héros très attachant
Note :

   Deuxième lecture d'un roman d'Auður Ava Olafsdottir, deuxième expérience réussie bien qu'un peu étrange.
   
   Jónas Ebeneser est au bout du rouleau. Cela fait 8 ans et 5 ans mois qu'il n'a pas touché de corps féminin nu. Ebeneser connait la date au jour près. Son épouse l'a quitté en lui annonçant brusquement que leur fille n'était finalement pas de lui. Ebeneser aime bricoler, réparer. Il ne sait faire que ça, c'est devenu un réflexe, voire, un moyen de communiquer. Il rend régulièrement visite à sa mère en maison de retraite, échange avec un voisin un peu envahissant et entretient de bonnes relations avec cette fille dont on vient de lui retirer la paternité.
   
   Menant en apparence une vie tranquille, Ebeneser est malheureux et pense sans cesse au suicide. Il se documente en ligne, réfléchit à la meilleure façon de mettre fin à ses jours. Emprunte le fusil de son voisin, qui comprend mais n'ose pas refuser, avant de lui rendre visite à l'improviste en fin de soirée - alors qu'Ebeneser explorait la piste d'une pendaison à la maison.
   
   Finalement, notre anti-héros décide de faire les choses proprement, avec le moins de contraintes et de traumatisme possible pour ses proches. Il vend sa société et fait verser l'argent sur le compte de sa fille, fait le vide chez lui (mais retrouve des carnets personnels qu'il conservera finalement) puis cherche un pays tout récemment ravagé par la guerre pour partir se supprimer en présence d'inconnus.
   
   Mais à son arrivée dans ce pays truffé de mines, où des massacres ont été commis quelques semaines plus tôt, le cours des choses va doucement s'inverser. Même si Ebeneser ne tient pas compte des conseils des gérants de son hôtel et prend des risques inconsidérés lors de ses sorties, il va retarder le moment de son suicide. En aidant à réparer l'hôtel (il est parti avec sa caisse à outils). En rachetant des chemises (ayant prévu de mourir peu de temps après son arrivée, il n'avait emporté aucun vêtement de rechange). Finalement, sa résolution initiale est questionnée lors de la confrontation avec un monde ravagé. Et les rencontres faites sur place vont contribuer à ébranler sa résolution.
   
   Un roman déconcertant mais passionnant, extrêmement original, porté par un héros a priori un peu lisse mais au final surprenant et très attachant. C'est le genre de roman que je pourrais volontiers relire après quelques années.

critique par Lou




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