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Du bonheur d’être morphinomane de Hans Fallada

Hans Fallada
  Seul dans Berlin
  F comme: Hans Fallada Vie et mort du buveur
  Le Buveur
  Du bonheur d’être morphinomane

Hans Fallada est le nom de plume de Rudolf Ditzen, écrivain allemand né en 1893 et décédé en 1947.

Du bonheur d’être morphinomane - Hans Fallada

Pour faire connaissance
Note :

   Hans Fallada est le pseudonyme de l'écrivain allemand Rudolf Ditzen (1893-1947). Rudolf Ditzen naît dans une famille aisée mais a des relations conflictuelles avec elle. En 1911 suite à une sombre affaire de suicide d’un de ses amis, maquillé en duel dans lequel il est gravement blessé, Fallada est inculpé de meurtre et interné dans une clinique psychiatrique à Iéna pour une courte durée. Il abandonne ses études secondaires sans diplôme et fait un apprentissage agricole. De 1913 à 1928, il occupe des emplois divers dans ce secteur, sans être requis plus de quelques jours pendant la Première Guerre mondiale. De 1917 à 1919, il suit plusieurs cures de désintoxication (alcool et morphine) et par la suite il est à plusieurs reprises mis en prison. En 1929, il se marie et aura trois enfants, époque à partir de laquelle il travaille dans les secteurs de l'édition et du journalisme, jusqu'à ce qu'il puisse vivre de ses droits d'auteur. Hospitalisé en raison de ses problèmes d'addiction, Hans Fallada meurt d'un arrêt cardiaque le 5 février 1947.
   
   "Du bonheur d’être morphinomane", recueil de nouvelles, vient a été réédité en collection de poche. Des textes regroupés en six grands thèmes : Les addictions, Les garnements, A la campagne, Vie de couple, Avec le petit homme, Voyous truands et autres voleurs. Le titre de l’ouvrage est à prendre comme une antiphrase, bien entendu, mais il traduit bien l’état d’esprit de l’écrivain, ironique et autocritique, car Fallada sait de quoi il parle, lui-même drogué et alcoolique, "Cela fait sept ans que je suis enchaîné à l’addiction, un jour à la morphine, un autre à la cocaïne, une fois à l’éther, une autre à l’alcool."
   

   Six thèmes, donc les addictions ne sont qu’une partie de ce recueil. L’ensemble par contre, ce sont beaucoup de faits tirés de sa propre vie faite de plus de bas que de hauts, l’écrivain n’hésitant pas parfois à se nommer dans ses écrits. Et quand il ne s’agit pas de Hans Fallada, les autres personnages sont tout aussi pittoresques, issus du petit peuple, rarement exemplaires mais toujours attachants néanmoins : un alcoolique cherche à se faire emprisonner pour arriver enfin à se désintoxiquer, une paysanne au mari jaloux perd son alliance pendant la récolte des pommes de terre, un cambrioleur rêve de retourner en prison où la vie est finalement si tranquille, un mendiant vend sa salive porte-bonheur...
   
   Jamais l’écrivain ne cherche à se disculper ou cacher ses faiblesses (ou celles de ses personnages), jamais il ne cherche à vous tirer une larme de compassion, il dit ce qui est, clairement et lucidement, d’une écriture d’une grande limpidité et non sans humour ; des textes riches en informations sur la situation sociale de son époque et d’un point de vue scénaristique, ses nouvelles sont particulièrement bien torchées.
   
   Si vous ne connaissez pas Hans Fallada, peut-être est-ce le bouquin qu’il vous faut pour l’aborder en douceur car tôt ou tard, il vous faudra lire cet écrivain.
   
   "Les choses sont comme ça : avant, quand Möcke avait encore du travail, il ouvrait souvent aux mendiants, et quand ceux-ci lui débitaient leur litanie sur le mode chômeur, Herr Möcke disait brièvement : "Désolé, je suis moi-même chômeur." Lorsqu’il devint vraiment chômeur, il passa quelques nuits sans dormir, à ruminer : je n’aurais jamais dû dire ça. C’est moi qui ai provoqué le chômage. Ce salaud de Wrede n’est pas le seul responsable, j’ai provoqué tout ça à cause de mes bêtises. Depuis les Möcke n’ouvrent plus du tout aux mendiants. Ils regardent d’abord par le judas pour savoir qui sonne à leur porte." [Le Mendiant porte-bonheur]

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critique par Le Bouquineur




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Dans la grisaille du monde
Note :

    Auteur allemand que je ne connaissais absolument pas. Il est né en 1893 et décédé en 1947. Ses deux romans les plus célèbres sont Le buveur et Seul dans Berlin. Alcoolique et morphinomane depuis son plus jeune âge, ces deux titres sont à l’image de son existence.
    Six grands textes :
   Les addictions ; Les garnements ; À la campagne ; Vie de couple ; Avec le petit homme et Voyous, truands et autres voleurs.
   Toujours partagés en plusieurs chapitres.
    Rapport objectif sur le bonheur d’être morphinomane
pourrait être sous-titré Pénurie de pétrole. En effet le pétrole est le surnom de la morphine pour quelques toxicomanes berlinois. Mais ici l’auteur et son compère Wolf sont en panne sèche… alors course éperdue vers les stations services, pardons les pharmacies… longues dérives souvent infructueuses !
   Après la drogue, l’alcool, solution pour ce grand buveur, être en prison… mais cela n’est pas gagné ! C’est dur la vie !
   
   Dans Les garnements qui contient deux des meilleurs textes de l’œuvre, j’ai beaucoup aimé Je cherche mon père où un jeune garçon recherche son père car sa mère est en prison ! La situation de la famille est pour le moins compliquée ! La recherche de cet homme aussi !
    Pour un autre jeune homme, le fait de porter une vulgaire montre en nickel est un paradoxe, son père est horloger, alors pourquoi…
   
   De drôles de personnages, je ne suis pas vraiment sûr qu’ils nagent dans le bonheur. L’un d’eux dit :
   - "Car la morphine exauce chacun de mes vœux. Il me suffit de fermer mes yeux et le monde m’appartient".

   
   Des êtres falots, grisâtres trainant leurs misères et leurs hypocrisies, peu sont sympathiques malgré qu’ils soient nombreux. N’étant pas un familier de la langue, j’ai souvent eu du mal à m’y retrouver dans tous les noms et prénoms germaniques.
   
    Des hommes, des femmes et aussi des enfants, tous avec leur mal de vivre. Que reste-t-il ? Les excès très souvent de boissons. Des mariages malheureux, des jalousies tenaces, des petits chefs imbus de leurs médiocres personnes ! Un homme qui aime (dans le bon sens du terme) les enfants, mais au détriment de la santé de son épouse. Une jeune fille, qui chaque fois qu’elle trouve un nouveau travail, son employeur fait faillite ! Belle galerie de ratés !
   
   Un recueil qui ne respire pas la joie de vivre, bien au contraire. On sort un peu déprimé de tout cela, surtout que ce recueil est long, très long, trop long.
   
    Une belle écriture ayant un peu vieilli. Des textes relativement inégaux. Une bonne initiation à cet auteur.
   
    Quelques notes de la traductrice complètent cet ouvrage.
   
    Extraits :
   - Le vieil assistant n’était pas là. Il y avait un jeune gars, les jeunes sont aussi tranchants que des lames de rasoir.
   
   - Et la longue tourmente de la désintoxication commence.
   
   - Cela fait sept ans que je suis enchaîné à l’addiction, un jour à la morphine, un autre à la cocaïne, une fois à l’éther, une autre à l’alcool.
   
   - L’homme qui a fait de la prison pour la première fois est comme Robinson que la tempête a jeté sur une île déserte.
   
   - Mais il était un de ces candidats au suicide à qui la prison, malgré un régime pénitentiaire « humain », ne peut pas convenir.
   
   - J’explique donc : je porte cette montre en nickel parce que mon père est radin, grippe-sou et pisse-vinaigre.
   
   - Alors je l’ai embrassé. Ce n’était même pas si désagréable que ça de l’embrasser, elle avait de belles lèvres bien pleines et elle aimait embrasser, elle se pressa plus fort encore contre moi.
   
   - Elle le trouva extrêmement brutal. C’était le début.
   A
   - h, c’était magnifique, la Saint Sylvestre à Varnkewitz ! Quel repas ! Et quelle femme charmante ! Et quels vins ! Et quel schnaps ! Quels cigares ! Et ils sont tellement gentils avec lui. Ils trinquent avec lui. Ils n’arrêtent pas de le resservir.

critique par Eireann Yvon




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