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Imago de Cyril Dion

Cyril Dion
  Imago

Imago - Cyril Dion

Une terre, du sang, des larmes
Note :

   À travers le parcours de quatre personnes, Nadr et son demi-frère Khalil qui ont grandi dans la bande de Gaza, Fernando Clerc, fonctionnaire d’une organisation internationale et Amandine, leur mère engagée dans l’humanitaire, c’est toute la problématique palestinienne qui est mise en lumière, sans préjugés et sans fards.
   En racontant la vie de Khalil et Nadr dans la bande de Gaza, Cyril Dion décortique la question palestienne et illustre les possibles dérives de cette situation.
   
   Cyril Dion, que l’on connaissait surtout pour son documentaire à succès intitulé "Demain", réalisé avec Mélanie Laurent, fait ses premiers pas avec un roman bien davantage à vertu pédagogique que militant. Mais quand bien même, il n’est pas question pour lui de prendre parti dans le conflit qui oppose Israéliens et Palestiniens, il suffit de décrire les conditions de vie des habitants de la bande de Gaza pour comprendre combien elles sont aujourd’hui à la limite du supportable. Depuis 1967, Rafah n’est plus que l’ombre de la cité qu’elle était avant le conflit avec Israël. Depuis un demi-siècle et quelques conflits meurtriers – sans oublier les accrochages fréquents – le quotidien des habitants ressemble à un mauvais rêve. Le narrateur d’"Imago" nous décrit ainsi celui de l’un de ses personnages principaux: "Nadr habitait au nord de Rafah, quelque part au milieu du champ d’ordures qui faisait face à la mer. Chacune de ses journées commençait au lever du soleil, à l’heure où les premières chaleurs le tiraient du lit. Il se lavait au-dessus du seau, puis se plantait devant l’entrée du petit bâtiment. Devant lui, il posait ses deux seuls livres, qu’il lisait et relisait. L’un de Darwich, l’autre de Rûmî. Vers huit heures commençait le défilé: jeunes, vieux, femmes, enfants. Il les regardait s’agiter dans la poussière et les détritus, le dos bien calé sur son vieux siège de toile. Ce qu’ils appelaient encore “le camp” (mais qui, d’un camp de réfugiés avait progressivement été transformé en quartier sale et délabré) était aux portes de la ville et, dès les premières heures du jour, de petites grappes d’hommes s’en échappaient, quittaient les amas de ferraille et de pierres, les ruelles aux édifices morcelés, les dédales de fils électriques et de canalisations sauvages, pour rejoindre les rues animées du centre."
   
   
Nadr est né en 1987, dix ans avant Khalil, son demi-frère. Ensemble, ils vont se débrouiller, même si au bout du compte leurs trajectoires vont suivre des voies totalement opposées.
   
   "Tous deux travaillaient à la carrosserie de Jalil ou au restaurant de leur oncle Mokhtar, chaque fois qu’on avait besoin d’eux. Grossissant les petits groupes d’hommes qu’on voyait se presser dans les échoppes et les ateliers, passant le plus clair de leur temps à fumer et à rire, tandis que deux ou trois d’entre eux se concentraient sur leur ouvrage. Khalil méprisait leur condition. Rêvait d’autre chose que de moisir dans une prison en ruine. Depuis quelque temps, il s’était rapproché du Hamas, s’agitait autour des cadres du parti, haranguait les foules aux rassemblements, s’inventait une piété. Embarrassait Nadr. Lui aussi avait été démarché par ces types. Mais il ne parvenait pas à les aimer. Leurs discours étaient gorgés des mots du prophète mais rien de ce qu’il percevait ne collait vraiment avec son idée d’Allah, de la beauté, de l’éternel. "Ou bien parais tel que tu es, ou bien sois tel que tu parais", écrivait Rûmi. Aucun de ces hommes n’était à la hauteur de cette phrase."
   
   
Mais Khalil est d’un autre avis. Quand son frère lit des livres, lui apprend à manier les armes et entend se battre, quitte à perdre la vie dans un attentat-suicide. Quand il décide de mettre son plan en éxécution, Nadr n’a d’autre issue que de tenter de l’arrêter en partant à sa recherche.
   Il s’engage dans l’un des tunnels qui mènent en Egypte, puis prend la direction d’un port où un bateau le mènera jusqu’à Marseille, puis Paris "Nadr progressait dans le sable, longeait la mer, deux ou trois cailloux dans chaque chaussure. L’horizon s’éployait à perte de vue, le manque d’eau et de nourriture l’étourdissait, la chaleur le faisait chanceler. Pourtant, son cœur était léger et sa poitrine fière, soulagée d’un immense fardeau. Chaque nouvelle foulée, chaque minute hors de cette prison était une promesse encore indistincte."
   
   L’occasion aussi de revenir sur son histoire mouvementée et sa double appartenance. Car son père est palestinien et a arraché son fils à sa mère française. Cette dernière a participé à la création d’une organisation non gouvernementale qui a pour nom "International Human Nature Rights et qui se définit comme la "première ONG à mettre sur le même plan les droits humains et ceux de la nature". Dans cette constellation, on retrouve aussi Fernando Clerc, fonctionnaire d’une organisation internationale chargé de valider des dossiers d’aide et dont le petit confort va soudain être remis en cause par une mission d’évaluation sur le terrain.
   
   Dans cette course contre la montre, tout l’enjeu est dès lors de savoir lequel parviendra le premier à son imago, c’est-à-dire, suivant la définition de ce terme qui donne son titre au roman, "au stade final d’un individu dont le développement se déroule en plusieurs phases".
   
   Cyril Dion réussit son pari en faisant de cette quête intime une démonstration qui a valeur universelle. Oui, "Chacun d’entre nous vit avec sa propre prison, plus ou moins large. Et fait ce qu’il peut pour en sortir…"
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critique par Le Collectionneur de livres




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Frères ennemis
Note :

   Enfin un vrai coup de cœur. On me dira que mes coups de cœur ne sont pas très gais mais tout me plait dans ce roman, l’écriture, les personnages, le thème. Lu sans m’arrêter dès la première ligne.
   
   Imago nous ramène dans notre société contemporaine à travers les enjeux palestiniens et israéliens, les calculs de probabilité du FMI, le terrorisme, l’amour que l’on recherche à tout prix, l’enfant qui manque. Rien de très réjouissant et pourtant c’est notre réalité en ce XXIme siècle qu’on le veuille non. A nous d’effectuer notre Imago comme les personnages du roman.
   
   Nadr et Khalil son frère vivent en Palestine. Ils ont poussé au milieu de la haine et les enfants qui naissent après eux ne connaissent également qu’un pays tenu dans une pauvreté absolue. Ce qui fait le bonheur du Hamas. Khalil en fait d’ailleurs partie car en lui il n’y a pas d’amour mais de la haine envers l’Occident, envers les Juifs etc. Nadr lui ne participe pas à tout cela, il fume ses joints, lit de la poésie, se laisse porter par les nuages.
   
    De l’autre côté de la planète, Amandine s’est exilée dans la forêt. Elle ne veut plus vivre au milieu de cette Société. Maman de trois enfants, elle garde les leurs d’enfants quand ils le désirent. Bonne mère, elle ne l’a jamais été comme si ces bébés devenus grands l’emprisonnaient dans un carcan non voulu.
   
   La blessure qu’elle porte en elle, c’est cet enfant qui lui a été enlevé à la naissance par le père et emmené en Palestine. Elle a tout fait pour le retrouver jusque à faire le voyage là-bas où on l'a rejetée lui signifiant qu’elle n’était aucunement la bienvenue.
   
   Fernando travaille pour le FMI. Il aime les colonnes établies de chiffres qui déterminent comment on peut aider tel ou tel pays avec les efforts à réaliser pour répondre à cette aide. Il ne comprend pas comment les autres qu’il croise dans le métro peuvent vivre comme des mollusques dans une petite vie minable. Son évasion, la lecture de Fernando Pessoa. L’homme qui a tout compris.
   
   Il déteste son nouveau chef et ne veut pas entendre parler de la Palestine. Pourtant le dossier lui est dévolu.
   
   Khalil ne porte que la haine en lui. Il crache même à Nadr qu’il n’est qu’un renégat puisque sa vrai mère était française. L’Occident coupable de tous les maux de la Palestine Khalil décide d’agir. Il s’en va sur cet autre continent qui tue leurs frères.
   
   Nadr décide de partir lui aussi pour empêcher khalil de se tuer au nom pas d’un Dieu mais des désidératas de ceux qui ont le pouvoir.
   
   Nadr c’est la liberté, l’espoir, l’envie de changer ne fut ce qu’un moment infime la route du destin. Pour lui également j’ai eu un gros coup de cœur. Il est tour à tour enfant, naïf et pourtant aucunement dupe de l’hypocrisie sociétale qu’on nous martèle à longueur de temps. Et puis, il lit des poèmes au milieu de rien. Comment ne pas l’aimer ?
   
    Cyril Dion a réalisé et écrit le film "Demain".

critique par Winnie




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