Lecture / Ecriture
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Je dansais de Carole Zalberg

Carole Zalberg
  La mère horizontale
  Je dansais
  Où vivre

Carole Zalberg est une écrivaine française née en 1965.

Je dansais - Carole Zalberg

L'horreur
Note :

   C’est la rage au coeur que j’ai refermé ce magnifique roman de Carole Zalberg. Rage contre ces hommes qui au nom de qui au nom de quoi ? s’arrogent le droit de prendre possession du corps des femmes, de ces hommes qui interdisent aux femmes leur droit à la liberté, de ces hommes qui ne voient dans de jeunes enfants uniquement l’image d’un jouet qui répondra à leur désir sexuel.
   
   Je l’ai lu d’une traite, les mâchoires serrées, les mots se noyant dans cette rage.
   
   Marie adore danser, Marie est heureuse mais elle signe son destin en regardant bien en face le garçon qui a le visage monstrueux suite à des brûlures. Il décide qu’elle sera sa princesse. Il va la suivre et attendra son heure.
   
   Une cave sera l’habitacle de Marie durant quelques années. Il ne veut pas lui faire du mal mais son désir étant trop grand, Marie subit le viol. Elle ne parle plus sauf pour lui lancer des injures.
   
   Seuls les livres qu’il lui apporte ouvrent cette cage dont elle n’essaye même plus de s’échapper.
   
   Au fur et à mesure des pages, Marie raconte, Edouard le monstre se justifie de son acte. A travers son amour pour Marie, il tente de nous faire comprendre qu’il demande juste à être aimé lui aussi. Il a été détruit et comme réponse, il détruit à son tour, il saccage le corps de Marie. Un corps de son sans émotion.
   
   En écho, répondent la douleur d’une mère et d’un père qui pensent encore, qui espèrent encore, qui s’engluent dans cette douleur qui les noient. Ils avaient promis une vie si belle à leur petite fille : imaginer si elle est encore en vie, s’il est possible de l’imaginer cette souffrance qui entoure Marie.
   
   Cette douleur est décuplée à travers les voix de toutes celles qui souffrent dans le monde par le seul fait d’être née femme et de posséder ce corps qui attire les hommes.
   
   De cette douleur nait une force que les hommes ne peuvent dompter : la survie.
   
   J’ai retrouvé avec bonheur l’écriture de Carole Zalberg. Ses mots qui vous percutent, qui vous broient, qui ne laissent pas indifférents.
   
   "Feu pour Feu" m’avait émotionnellement conquise.
   
   "Je dansais" est un cri d’amour pour toutes les femmes qui subissent la violence. "Je dansais" est un plaidoyer contre la maltraitance et l'enfermement tant physique que moral.
   
   Que vous dire Carole Zalberg ? Que votre livre est magnifique ? Il est plus que cela.
   
   "Les premières fois, je chercherai à empêcher l’assaut. Mais j’ai appris. Très vite j’ai appris. Mieux vaut l’immobilité. Quand il se consume, mieux vaut la pierre. Attendre au fond de soi. Ensuite, il me lavera, soignera les traces de sa brutalité, mendiera un pardon que je n’accorderai jamais. Et c’est lui qu’il punira. Je le sais : d’abord à coup sûr, il s’endort , mais plus tard, beaucoup plus tard, je l’entends hurler"

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critique par Winnie




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Perturbant
Note :

   Tu ne savais pas qui dansait dans ce livre quand tu as répondu oui... à Carole Zalberg. Mais tu avais lu A défaut d'Amérique, alors tu savais donc déjà (par contre) que tu aimerai l'écriture... Tu ne savais pas non plus que l'on pouvait écrire de nouveau sur l'enfermement, et aussi bien, après le bouleversant et prodigieux Room... mais si. Lorsque tu ouvres les premières pages de Je dansais, tu n'as pas lu la quatrième de couverture, exprès (tu aimes les surprises des premiers mots), et les premières phrases te prennent à la gorge, très vite... Tu reconnais la situation, le duel qui se joue, l'horreur, et cette ambivalence terrible qui lie peu à peu la victime à son bourreau... le vide en soi, la lutte tapie dans le creux du cerveau, l'attente qui s'épuise.
   
   Marie, treize ans, a été enlevée et séquestrée. Son ravisseur, brûlé au visage par accident, devenu un monstre, croit avoir reconnu en la petite fille son amour, sa précieuse. Il y a effectivement ce jour où, en le croisant dans la rue, elle n'avait pas baissé son regard devant lui. L'erreur. Il l'a choisie ce jour là, pour ce défi. Avant, Marie dansait, faisait le bonheur de ses parents, un bonheur pourtant si fragile... Lire tout cela, pour toi lectrice, au fur et à mesure des pages, c'est presque laisser couler dans tes veines de l'acide, t'obliger à faire taire la révolte qui sourde en toi, avec le temps qui file, les années qui passent et la résignation... Et Carole Zalberg fait danser sa plume sur cette sensation, te trouble à essayer de comprendre les motivations du bourreau, sa pauvre peine. Elle laisse aussi pénétrer dans son livre les voix de toutes ses jeunes filles qui de par le monde sont en butte à la violence des hommes. Et toi tu as juste envie de crier NON... et lorsque tu fermes ce livre tu sais la trace indélébile, presque la blessure, qu'il a laissée en toi... la force de son frisson.

critique par Antigone




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