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L’héritage mortel de la Vouivre de Jean-Pierre Simon

Jean-Pierre Simon
  L’héritage mortel de la Vouivre

L’héritage mortel de la Vouivre - Jean-Pierre Simon

La Superwoman ligérienne !
Note :

   La Vouivre est un animal mythique merveilleux ou maléfique que l’on retrouve dans les contes et légendes de la plupart des provinces françaises et même en Europe.
   
   Mais celle qui évolue dans ce roman est une femme, une vraie, originaire de Russie, championne olympique de natation, ayant subi des traitements des expérimentations biologiques afin d’améliorer ses performances puis qui a été exfiltrée par le général Loiseau. Il l’a incorporée dans les Services Spéciaux. Ils se sont mariés, il l’a entraînée, elle est devenue le commandant des nageurs de combat interarmes, elle a subi des améliorations biologiques (encore !), elle a été manipulée (son mari était un drôle de Loiseau !), elle est encore porteuse d’un, je cite : d’un dispositif expérimental d’optimisation de ses capacités subaquatiques, offrant l’apparence d’une gemme sertie dans le nombril.
   
   Loiseau de mauvais augure est décédé, et Oxana, devenue Roxane Maujard, s’est remariée avec quelqu’un de simple, qui a connu quand même des déboires et quelques avatars dans sa jeunesse, et depuis elle vit dans les environs de Gien, mais ayant gardé par devers elle les Dossiers rouges de Loiseau. Elle est âgée de cinquante-quatre ans mais en paraît à peine quarante, et c’est une athlète accomplie. Mais lorsqu’elle est en colère, comme dans ce qui va suivre, ses yeux d’un bleu très délavé deviennent d’un blanc laiteux, sa pupille se réduit à un minuscule orifice, ses traits se contractent.
   
   Cette présentation rapide effectuée, retrouvons Oxana dans une banque de Gien où elle a placé dans un coffre les fameux dossiers. Elle vient d’en compulser un, a prélevé quelques feuillets ne prêtant pas à conséquence, le principal étant dans sa tête grâce à une mémoire infaillible, suite à un message sibyllin reçu par la poste et comportant quatre vers d’un poète ami (l’auteur!).
   
   Trois jeunes voyous ont investi l’agence et tiennent en respect les quelques clients. Oxana ne perd pas le nord et la combattante qui demeure en elle agit immédiatement. Seulement, dans la bagarre, si deux des voleurs sont rapidement annihilés, le troisième profite de ce qu’elle lui a lancé son document afin de l’assommer pour s’en emparer et fuir avec. Il saute d’un pont où il est accueilli par un complice qui l’attendait dans un canot à moteur.
   
   Les gendarmes et la procureure la mettent en garde à vue, ne croyant pas à son histoire et, comme elle est douée, quand elle est en colère, d’une force prodigieuse, elle parvient à s’échapper avant le terme de sa résidence d’une geôle de dégrisement. Elle prévient aussitôt son ami Guy Tournepierre, qui fut son second dans les Services Spéciaux et a pris la succession de Loiseau, et elle lui narre ses démêlés. Nul doute que les malandrins en avaient après les fameux Dossiers rouges.
   
   Je ne vous raconte pas tout, cela enlèverait du charme à cette histoire.
   
   Un roman ébouriffant avec comme héroïne une super combattante aux pouvoirs sinon exceptionnels, au moins surdéveloppés. Oxana ne déroge pas à l’image qui reste gravée de ces nageuses olympiques russes aux muscles de déménageurs. Mais il existe un petit plus, celui de rester jeune physiquement, et quelques aménagements biologiques affectant une personnalité complexe. Le type même du super héros dans la lignée des Superman, Spiderman, Batman et autres mais dont seuls le regard et le visage changent lorsqu’elle se met en colère. Et comme déguisement, une combinaison de plongée.
   
   Pourtant toutes les missions, tous les actes de bravoures, toutes les séquences dangereuses auxquels elle participe, tout est narré avec une rigueur technique qui fait indéniablement penser aux romans de Jules Verne mais sans pour autant entrer dans une science-fiction anticipative.
   
   Dans le même temps, on ne peut s’empêcher de se remémorer tous ces romans qui galvanisent le héros contre des empêcheurs de tourner en rond. Le combat du bon, avec quand même quelques restrictions, contre les méchants. Oxana est le contraire de Furax, de Fu-Manchu, de Zigomar, de Fantômas, et pourtant dans le déroulement des épisodes, il existe une certaine corrélation.
   
   Une véritable jubilation, car le lecteur retrouve ce souffle qui imprégnait les romans-feuilletons populaires, le côté littéraire résidant dans les dialogues léchés, presque trop "littéraires" justement pour être véritablement naturels. Mais bon, on ne reprochera pas à l’auteur de se démarquer de ses confrères qui emploient de l’argot, du verlan, des incongruités à chaque phrase pour faire "jeune".
   
   Et c’est une belle balade que le lecteur effectue sur la Loire, ou le long de ses berges, découvrant ce fleuve cher à Maurice Genevoix dans toute sa splendeur et ses nombreux visages.

critique par Oncle Paul




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