Lecture / Ecriture
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Le buveur de lune de Göran Tunström

Göran Tunström
  Le buveur de lune
  La parole du désert

Le buveur de lune - Göran Tunström

Terres du merveilleux
Note :

   Il y a des livres comme ça qu'il faut prendre le temps de digérer. Laisser le temps aux mots, aux phrases de reposer, puis de s'envoler. Avant de pouvoir ouvrir d'autres pages.
   
   Pétur est un petit garçon islandais presque comme les autres. Il vit avec son père, la voix la plus célèbre du pays. Sa maman sismique, Lara, a disparu un beau jour. Toute en fantaisie et en tendresse, son enfance va laisser la place à la souffrance de grandir, de se construire et de comprendre, enfin, que l'éloignement n'est pas une solution.
   
   C'est peu dire que j'ai aimé. Göran Tunström a cette manière bien à lui de faire basculer son lecteur dans un monde onirique, où le merveilleux est chose courante. La musique des mots, des notes et la musique de la terre qui gronde façonnent ses personnages. On est emporté dès les premières lignes dan ce pays où la poésie est un moyen de respirer.
   
   L'histoire se centre principalement sur la relation du père et du fils. On voit le regard tendre du petit garçon évoluer, se transformer, devenir plus dur, plus amer. On voit ses remords et l'amour qui malgré tout persiste. On lit la douleur d'un père qui voit son enfant s'éloigner de lui, ne plus le comprendre. Certaines pages exhalent la souffrance à en couper le souffle. C'est un beau roman sur l'identité, la quête de l'accomplissement de soi. Les pages qui relatent l’enfance de Pétur sont pleines d’un merveilleux qui laisse tout simplement heureux. Car on y lit les efforts de son père pour lui rendre la vie belle. Et une terre où ce qui sort de l’ordinaire peut être accepté. On peut être père et boire la sève de la pleine lune pour rencontrer des fées.
   
   Les personnages, principaux et secondaires, m'ont un peu fait penser à ceux de Paasilina, dans ces attitudes burlesques, dans ces répliques qui font mouche, dans ces relations sur le fil du couteau. Mais avec la drôlerie en moins. Ce n'est pas un reproche. C'est juste différent et savoureux à sa manière. Et cela n'empêche pas l'humour d'être bien présent! La description du mode de gouvernement et des hommes politiques est d'ailleurs savoureuse. Il faut lire les pages où ils se retrouvent à jouer au scrabble ou à chanter de l'opéra! Et la guerre diplomatique provoquée par un ballon de foot est tout bonnement extraordinaire. Certains passages sont peut-être un tantinet longs, parfois un brin confus, mais globalement, j'ai passé un excellent moment.
    "En fin de compte tout ce que nous vivons n'est que divagations de l'esprit. En fin de compte nous aurons quand même investi nos vies, écrit une chanson, qui s'attarde sur la surface de la terre une minute encore après que s'est tue la dernière note. C'est la raison pour laquelle cette bougie est ici, pour dire: il y a bien eu un récit, la flamme est faible, vacille faiblement."
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critique par Chiffonnette




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Père / fils
Note :

   Présentation de l'éditeur
   
   "Il y a dans le monde ordinaire de Göran Tunström une naturelle disposition à l'extraordinaire, et nul ne saurait s'étonner que Pétur, narrateur de ce livre, ait été mis au monde par une "maman sismique", morte avalée par la montagne. Ou que, grandissant à l'adresse prédestinée du 12, traverse des Poètes, il ait reconnu en son père un buveur de lait de lune.
   
   Une tendre folie parcourt ce roman méditatif, où les notes graves - la fuite du temps, la solitude, l'approche de la mort - alternent avec les éblouissements de la musique et de la poésie. Mais "Le buveur de lune" témoigne surtout du pouvoir narratif de Tunström, de son immédiate perception des scintillements magiques de l'existence, qui donnent à voir autrement la réalité et qui l'enchantent."

   
   
   Commentaire

   
   J'ai refermé ce roman il y a près d'une heure. Heure que je viens de passer à fixer droit devant avec un sourire un peu triste, à réfléchir sur ce que je viens de lire. Et bon, en fait, je ne sais trop quoi en dire; c'est souvent ce qui arrive quand une lecture me pousse dans certains retranchements. Une lecture émouvante, un peu éprouvante aussi, mais surtout très belle.
   
   Se laisser porter par la plume de Tunström est quand même toute une expérience. J'ai mis presque 4 soirs à lire ce roman malgré à peine 300 pages. C'est que je me suis délectée des phrases, les ai lues, et puis lues encore. Il s'agit d'un roman très poétique, qui nous transporte dans une Islande de glace et de feu, mais aussi une Islande un peu magique, irréelle. Un "tout petit pays", presque un gros village, où le gouvernement joue au Scrabble dans votre salon et où une vie entière est déterminée par le trajet d'un ballon jusque dans la cour d'un ambassadeur de France.
   
   Pétur est le narrateur de ce roman, qui revient en Islande pour s'isoler, pour écrire. Il nous racontera d'abord son enfance, puis sa sa vie, à travers des flashbacks, des lettres, des souvenirs saupoudrés ici et là, vus à travers la lunette de l'enfant, puis de l'adolescent qu'il était. Souvenirs de sa vie, du chemin parcouru vers lui-même mais surtout souvenirs de son père, être fantasque et un peu fantastique, qui a modelé une grande partie de sa vie.
   
   Ce roman m'a énormément touchée, par ses mots et aussi ses thèmes. On nous parle du temps qui passe, qui coule, qui disparaît pour nous laisser un peu au bord de la route. On nous parle de découverte de soi mais aussi d'attente de la mort et de regard sur le passé. La relation père-fils est touchante, mouvante et on ne peut qu'être ému par les sentiments des deux hommes et par leurs rôles qui évoluent. Tunström réussit à nous faire ressentir l'inéluctable de toute cette route vers la fin de façon réaliste mais également lumineuse. Le tout sans oublier une touche d'humour, des scènes improbables mais belles et des images qui m'ont transportée.
   
   Un peu triste, oui, mais surtout très beau et très émouvant. Ce n'est pas un roman sur le deuil ou sur la vieillesse. Ils sont là mais n'occupent pas tout le roman. C'est aussi un cheminement, une vie et beaucoup de "magie ordinaire".
   
   À tenter si vous n'avez pas peur d'être un peu perdus au départ, et si vous acceptez de vous laisser porter pendant un moment.
   
   Une très belle lecture.

critique par Karine




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