Lecture / Ecriture
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Une pièce montée de Blandine Le Callet

Blandine Le Callet
  Une pièce montée
  La ballade de Lila K
  L comme: Médée - T1 - L'ombre d'Hécate

Blandine Le Callet est une auteure française née en 1969.

Une pièce montée - Blandine Le Callet

Hyménée
Note :

   Bérangère et Vincent se marient dans le respect des grandes traditions mondaines revenues très à la mode, paraît-il : longue robe blanche, cortège d’honneur, messe nuptiale, liste de mariage, banquet au moulin, véhicule de prestige avec chauffeur et tout le tralala.
    « Ça doit être le plus beau jour de notre vie. C’est comme un spectacle, tu comprends ? Une pièce de théâtre. Nous sommes les personnages principaux, et les invités sont à la fois figurants et spectateurs. »
   S’ensuit une parade de costumes, robes colorées et chatoyantes, chapeaux en tous genres…
   
   Comme bien des mariages, celui-ci est l’occasion privilégiée de réunir des personnages qui en temps ordinaire n’auraient eu que très peu de chance de se rencontrer. Il fait se côtoyer, voire se confronter, des personnalités fort différentes animées pour certaines soit de bons sentiments qui dégoulinent surtout ce jour-là, soit de rancœurs familiales lointaines ou animosités filiales qui se réveillent pour l’occasion.
   
   Alors, toutes ces existences qui s’entrecroisent, Blandine Le Callet en a fait un livre, une fiction où le déroulement de l’événement est relaté suivant le point de vue de neuf de ses participants. Ainsi les chapitres se succèdent à l’instar de ces montages en parallèle cinématographiques où le même événement est présenté subjectivement derrière l’épaule de plusieurs protagonistes sans pour autant qu’il y ait redite ou répétition.
   
   L’auteure, dans un style extrêmement précis et fluide, n’en est pas moins acerbe pointant au passage quelques comportements acrimonieux face au handicap, à l’homosexualité, à la marginalité. Parce que cet événement souvent fantasmé est d’une grande portée symbolique pour beaucoup, il touche un vécu que chacun de nous a déjà plus ou moins connu et l’ouvrage se lit avec allégresse.
   
   Un petit livre idéal à « caser » dans ces moments où l’esprit est fort occupé par ailleurs et a besoin de détente vite abordable.
    ↓

critique par Véro




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Dans les coulisses d'un mariage
Note :

   Une pièce montée, cela symbolise le plus souvent un mariage. C'est aussi le titre d'un joli livre de Blandine Le Callet sorti sans succès fulgurant de l'avis même de l'auteur, mais faisant son petit bonhomme de chemin, tranquillement mais sûrement, au fil des mois.
   
   "Une pièce montée" est comme son titre le laisse penser, le récit d'un mariage à travers le regard de neuf convives : le marié lui-même, Bertrand le prêtre, Madeleine la grand mère, Marie, "la brebis galeuse de la famille", Hélène, mariée depuis 10 ans à Alexandre, Jean-Philippe, qui a épousé une femme d'un autre milieu, Pauline, une des demoiselles d'honneur, Daniel le play boy cynique et Bérangère la mariée. Ce livre, "plus amer que drôle" selon Blandine Le Callet, même s'il a une dimension comique, est un joli premier roman qui aborde des thèmes comme la lassitude à travers le personnage d'Hélène , la jalousie et l'amour fou à travers le personnage de Sylvie, l'esprit de caste de la bourgeoisie, l'exclusion, la vieillesse, l'homosexualité.
   
   L'analyse du milieu bourgeois conservateur et catholique, c'est précisément ce qui m'a plu dans ce roman notamment l'hypocrisie qu'on peut parfois y rencontrer. Ce mariage que Blandine Le Callet décrit si bien est d'ailleurs plus vrai que nature ainsi que les portraits des personnages qu'elle brosse : cet homme qui prend plus soin de sa voiture que de sa femme, les secrets d'alcôve, la fameuse table où on colle tous les célibataires en espérant qu'ils rencontreront l'âme soeur, ce prêtre désabusé par les gens qui ne sont pas pratiquants mais qui veulent une cérémonie haute en couleur.
   
   Bref, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre.
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critique par Clochette




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Emotions, tendresse et gravité
Note :

   L'Histoire est introduite par la petite Pauline. "Elle a bien cru qu'on n'y arriverait jamais. Le voyage a été terrible". Blandine Le Callet commence son histoire de Grands par les pensées d'une gentille gamine, apprenant la vie en regardant les adultes … parfois si inconscients de cette responsabilité.
   
   J'ai aimé ce livre d'émotions, de tendresse et de gravité sur les choses de la vie, sur la conjugalité et la parentalité, sur la place du mariage dans l'histoire de l'Amour et de l'Enfant … C'est désuet et contemporain, c'est démodé et d'actualité, c'est notre histoire à tous.
   
   La toile de fond, c'est un mariage à la campagne dans la bourgeoisie de province. Et comme à tous les mariages, c'est le prétexte à bien des pérégrinations intérieures …. Qui a le secret pour échapper à cela ?
   Alors l'auteur a l'idée merveilleuse de tisser l'album de famille en donnant tour à tour la parole à chacun de ses membres. Et c'est bien fait.
   
   
   Vous l'aimerez aussi
   Des apparences aux secrets révélés, on passe du rire aux larmes. Ce premier roman est joli et cru, dur et tendre. Il est d'une fraîcheur grave. Il nous rappelle, si jamais nous l'avions oublié, que Vivre à deux, ce n'est pas toujours qu'une sinécure. Vivre à deux, c'est aimer. Vivre à deux, c'est être aimé. Vivre à deux, c'est une chance.
   Alors Vivre seul, en soi ou à l'extérieur, peut être une vraie souffrance, une tristesse profonde, une solitude incommensurable. Et quand vient l'heure d'en sortir, on ouvre la porte aux indiscrétions en faisant passage à la pièce montée.
   
   A quelles autres œuvres cela me fait-il penser ?
   Sur la parole donnée tour à tour à chacun des personnages, j'ai pensé à «Ambiguités», d’Elliott Perlman (fiche sur ce site) et à «Le mec de la tombe d'à-côté» de Katarina Mazetti.
   Sur l'émotion dégagée par la grand-mère, j'ai pensé au très beau livre de Magda Szabo, «La ballade d'Iza.»
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critique par Alexandra




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♪♫Ne gravons pas nos noms en bas d'un parchemin♪♫...
Note :

   Bérangère et Vincent se marient. Tous deux issus de familles aisées dans lesquelles les conventions importent, ce mariage est un moment où rien ne doit dépasser, où tout doit se dérouler conformément aux prévisions. Mais des détails échappent aux protagonistes, certains moments-clés de la cérémonie ne se déroulent pas totalement comme prévu. Par conséquent, le bonheur et la joie inhérents au mariage disparaissent peu à peu face aux événements inattendus.
    
   La narration de cette journée particulière est écrite du point de vue de neuf protagonistes: les deux mariés, le prêtre, un des enfants d’honneur, le beau-frère, un pique-assiette... Cette narration éclatée, telle celle d’un film choral, permet de voyager dans tous les moments de cette cérémonie. Le premier personnage qui prend la parole est la petite Pauline, une des enfants d’honneur, qui se prend d’amitié et de compassion pour une petite fille atteinte de trisomie, et qui réalise peu à peu que tout sera fait pour l’éloigner des photos. Cette première prise de parole donne le ton de l’ouvrage, du regard critique et ironique porté sur ce monde de conventions.
    
   Les personnages des mariés, et plus spécialement de la mariée et de sa sœur (pas la mal fagotée, l'autre), sont peints de manière à ce qu’on ne puisse éprouver qu’un sentiment en lisant: celui de les secouer, de les faire redescendre sur terre et de leur mettre le nez dans leur hypocrisie. Les hommes sont relativement mieux traités, même si entre le nouveau riche qui s’affiche au volant de sa nouvelle voiture et le pique-assiette qui vient uniquement non pas pour se goinfrer, mais pour avoir une conquête supplémentaire, le tout pour un concours idiot, la gent masculine n’est pas épargnée. 
    
   Un autre passage intéressant est celui du prêtre. Homme plein de foi, heureux de marier ce couple, il se sent menacé par une puissance maléfique lors de la cérémonie. Ce qui le pousse à accélérer la cérémonie, à expédier ce couple dont il sent à présent les mensonges, la fausseté. Il va même jusqu’à se tromper sur le nom du marié. Cérémonie dont les autres personnages reparlent plus loin dans le roman, évoquant le trouble du curé et la mauvaise impression globale de cette cérémonie.
    
   Cette plongée dans un mariage aristocratique fut une vraie expérience. N’ayant pas eu l’occasion d’assister à ce type de cérémonie, il est toujours difficile de s’imaginer comment se déroule un mariage de ce type. L’impression de lecture est que Blandine Le Callet connaît relativement bien ce milieu, et décrit avec plaisir les petites et grandes méchancetés de ce monde bien propre sur soi. Hormis la grand-mère, qui, à la veille de mourir, parvient enfin à faire parler sa vraie nature et à se dévoiler, les autres personnages sont engoncés dans leur position sociale. Finalement, je n’ai pas tant envie que cela d’assister à ce genre de mariage!
    
   Au final, une plongée dans un milieu inconnu qui permet de faire naître quelques sourires, parfois jaunes. Un bon roman pour les vacances, idéal entre deux mariages pour les voir d'un autre œil …
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critique par Yohan




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Vive la mariée !
Note :

   Je reconnais que j’aime assez les livres chorales. Le principe est tout simple : vous prenez une dizaine de personnages (parfois plus, à la confusion totale du lecteur!) et vous racontez une tranche de vie. Pas de début, pas de fin. Juste un instantané. Comme une photo de mariage. Ça tombe bien puisque Blandine Le Callet nous convie à une cérémonie très huppée. On a tous, un jour ou l’autre de notre vie, reçu ce tendre piège qu’est une invitation à une cérémonie où deux êtres apparemment censé, en possession de toutes leurs facultés mentales et ayant déjà fait preuve d’un discernement sans égal dans leur vie professionnelle vont se jurer fidélité jusqu’à la mort de l’un ou de l’autre. Si l’amour rend aveugle, il rend parfois naïf, n’est-il pas?
   
   Vont défiler, au gré de leur témoignage (un chapitre par personnage), une brochette d’invités (pas tous je vous rassure!) triés sur le volet.
   
   Il y a le prêtre dont les doutes sur sa foi l’assaillent comme tout bon représentant de Dieu qui possède quand même une conscience en plus de son âme. Il y a le vilain petit canard qui n’a jamais suivi le chemin indiqué par une famille bourgeoise pour qui les conventions et l’apparence sont les piliers de la (bonne) société. Celle-ci se sent étrangère, un peu comme un esquimau perdu au milieu du Sahara, dans cette réunion qui sent trop les bons sentiments pour être réellement sincère, jusqu’à ce qu’elle rencontre une personne qui la comprend. C’est prouvé : c’est dans les mariages qu’on fait les plus belles rencontres.
   
   La fillette pour qui la cérémonie représente son plus beau jour à elle : sa plus belle robe et le privilège d’être assise au premier rang en qualité d’enfant d’honneur, elle va aussi faire une rencontre peu banale et surtout comprendre que les adultes sont de parfaits goujats sous des dehors policés, comme une robe de mariée par exemple.
   
   Un jour de mariage, c’est l’occasion aussi de faire le point sur sa vie, plus ou moins réussie, plus ou moins gâchée. Comment ces deux-là vont-ils s’engager sur le long et difficile chemin d’une vie à deux? Et nous? Qu’avons-nous fait des rêves de nos vingt ans? M’aime-t-il, m’aime-t-elle toujours? Et mes sentiments? Sont-ils encore sincères et profonds? Et si c’était à refaire? Autant de remises en doute qui perturbent les invités, laqués de cette toute puissante contenance obligée dans certains milieux. Jusqu’à la confession de la grand-mère de la mariée, particulièrement touchante qui clôture le roman. Dix ans après sa parution, il serait intéressant d’en écrire la suite… A l’occasion du mariage de la fillette qui ouvre le premier chapitre par exemple. Car l’intérêt de ces livres-chorales est qu’on s’attache forcément aux personnages, on a envie de les revoir, de savoir ce qu’ils sont devenus, quels choix ont-ils fait ou quels choix la vie a fait pour eux.

critique par Walter Hartright




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