Lecture / Ecriture
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Adieu aux illusions de Vladimir Pozner

Vladimir Pozner
  Adieu aux illusions

Adieu aux illusions - Vladimir Pozner

Showbiz-man
Note :

   Dans les suites d’un voyage en Russie, en juin dernier, je suis tombé, je ne sais trop comment, sur le nom de Vladimir Pozner, journaliste soviétique, puis russe, producteur sur la première chaîne de Russie d’une émission très célèbre là-bas, intitulée, justement, Pozner. Il m’a été facile, grâce à Internet, d’en savoir plus long sur lui, et aussi, de suivre quelques-unes des innombrables interviews qu’il a faites, un peu à la façon de Jacques Chancel, à savoir, une heure consacrée à un personnage en vue, tant en Russie, qu’en France, et qu’en Amérique, car voilà, Pozner a une biographie un peu particulière. Né à Paris en 1934 d’un père Juif russe, et d’une mère française catholique, il y est resté jusqu’à l’âge de 10 ans. Il parle donc français comme vous et moi. Puis en juin 40, évidemment avec un père juif et communiste fervent de surcroît, la famille a dû s’exiler aux Etats-Unis Son père s’est assez vite trouvé une bonne situation dans la Métro-Goldwin-Mayer, à New York. Et il est devenu un petit Américain, parlant l’anglais comme un autochtone. A l’âge de 19 ans, toutefois, cette famille n’était plus la bienvenue aux USA en raison non de l’origine, cette fois, mais des opinions politiques du père, toujours communiste convaincu, qui déplaisaient fort au président MacCarthy.
   
    La famille songe à regagner la France, mais, prévenu contre eux par le gouvernement américain, guerre froide oblige, le gouvernement français refuse l’entrée du territoire au père. Plutôt que de se séparer, elle poursuit son périple jusqu’en Allemagne... de l’Est, à Berlin, où Vladimir intègre un lycée soviétique. Il ne parlait alors pas un mot de russe, à 19 ans, ce qui lui valait d’être pris pour un Allemand, que pourtant il détestait. Il y a séjourné quelques pénibles années, puis la famille a fini par aller se fixer à Moscou en 1952.
   
   Dès lors, la trappe s’est refermée sur eux, et ils sont devenus, jusqu’en 1991 nievyezdnye, c’est-à-dire sans plus pouvoir repartir. Vladimir a d’abord fait la fac de biologie, qu’il a brillamment terminée. Mais, diplôme en poche, il sut que ce n’était pas là sa voie.
   Il fait alors la connaissance d’un écrivain pour enfants, et critique littéraire très connu,
   Evgeniy Marchak, qui le prend comme secrétaire, le forme et l’introduit dans les milieux littéraires de cette époque.
   Petit à petit, il devient connu, garde néanmoins sa liberté. Il refuse de collaborer - consciemment au moins – Avec le NKVD, puis KGB. Bien plus tard, il organisera des "ponts" télévisés entre un public russe et un public américain, en direct, afin d’établir des liens entre les deux pays. Et bizarrement, "détente" oblige, les autorités le laissent faire. Entretemps, il a totalement perdu ses "illusions" sur le communisme, et met progressivement fin à ses émissions de propagande bilingues à l’intention des anglophones et francophones.
   
   A partir de 91, invité par un ami, Phil Donohue, à faire un talk-show sur une chaîne de TV américaine il y restera près de 10 ans, et y acquerra là-bas aussi une véritable notoriété. Mais, chose étrange, il s’en va après un différend avec le directeur de la chaîne, qui s’oppose à ce qu’il invite certaines personnalités. Il considère que c’est une censure et ne l’accepte pas.
   
   Et aujourd’hui ? Il vend ses interviews à la 1ère chaîne russe. Exprime ouvertement ses désaccords avec Poutine. Il a fait aussi des séries de 10 épisodes avec un ami journaliste, qui sont autant d’explorations de pays comme la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, Israël, l’Italie, les Etats-Unis, au cours desquels ils circulent en voiture sur les routes, visitent les lieux d’intérêt, ont des conversations au plus haut niveau.
   
   La première mouture du livre a paru en anglais voici 10 ans. Puis il l’a récrit en russe cette fois-ci, intercalant des paragraphes relatant les évènement survenus dans l’intervalle. Puis ce livre a été -excellemment- traduit en français. On y apprend de l’intérieur tout ce qui s’est passé en Russie de 1952 à 1991.
   Mais on suit aussi la formation de cet homme de son enfance à l’âge adulte. Il évoque à plusieurs reprises la question de son identité. Qui est-il ? Il dit se sentir français. Et américain, new-yorkais plus exactement. Mais pas russe... C’est ce qu’il affirme souvent- en russe- à ses interlocuteurs russes ! Sa triple appartenance, confie-t-il est autant un avantage qu’un inconvénient... Détenteur de trois passeports, français, américain et russe, Il a trois "chez lui" et peut-être aucun..
   Je doute qu’il y en ait beaucoup d’autres dans son cas… A lire de toute urgence !

critique par Somsakt




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