Lecture / Ecriture
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Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle

Jean-Luc Seigle
  En vieillissant les hommes pleurent
  Je vous écris dans le noir
  Excusez-moi pour la poussière
  Femme à la mobylette

Femme à la mobylette - Jean-Luc Seigle

Naufragée
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
    Jean-Luc Seigle nous présente une histoire de femme, émouvante et belle héroïne blessée par la vie, élevant seule ses trois enfants.
   
    Son mari l'a quittée pour une autre, plus riche peut être plus belle. Elle est sans travail et se retrouve sans ressources, vivant dans une grande précarité, isolée et risquant de perdre la garde de ses enfants; seule point lumineux de son existence.
   
    Une description de la France pauvre, du bas, celle qu'on évite de regarder parce qu'elle représente notre plus grande crainte.
   
    Reine, c'est elle, cette femme un peu naïve, pas vraiment faite pour le monde qui l'entoure. Elle offre aux calamités qui s'abattent sur elle une foi dans l'amour qu'elle porte aux autres. Une femme ordinaire qui remplit son quotidien de poésie.
   
    Un jour dans un ultime sursaut de courage, elle vide les détritus qui encombrent son jardin, et trouve une mobylette bleue. C'est le déclic, un pas vers le travail, la liberté et pourquoi pas, une autre vie.
   
    Un roman qui prend des allures de conte quand l'auteur décrit la rencontre amoureuse de Reine avec un homme, lui aussi en rupture d'existence. Il décrit là un amour sublimé avec la conscience de toute sa fragilité, entre rêve et réalité.
   
    Reine chevauche sa mobylette bleue, emportée telle une héroïne antique, mais le quotidien avec ses carcans, ses droits et devoirs reprend le dessus. Alors Reine s'échappe, roule à n'en plus finir.
   
    Merci Jean-Luc Seigle de nous emporter aux confins de l'âme humaine, en l’occurrence celle d'une femme aux prises avec un quotidien plus que banal.
   
    Tout est dit avec une grande sensibilité et beaucoup de délicatesse. Le portrait de cette femme échouée de la vie, nous reste à l'esprit longtemps après avoir refermé le livre.
    ↓

critique par Marie de La page déchirée




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Encore une bonne pioche
Note :

   Reine fait partie du quart monde.
   
   Plaquée par son mec, elle oscille constamment entre se battre contre une destinée qui ne cesse de s'acharner et l'envie d'en finir (en emmenant avec elle ses trois petits bouts qui n'ont rien demandé, à part un peu de légèreté). Une femme à bout que le grand ménage devant la maison va libérer.
   
   Il y a une part de Gervaise chez la Reine de Jean-Luc Seigle. Femme à la mobylette, pamphlet de notre réalité, parle de rémission et de dignité, délivre un message de paix sociale (tout ce qui fait défaut dans la politique actuelle mais je m'égare). Il est utile que nos auteurs contemporains s'entêtent à parler des gens de peu, parce que nos gouvernants ont une fâcheuse tendance à les oublier et à négliger leurs devoirs, celui en particulier de faciliter leur inclusion et celle de leurs enfants. Olivier Adam en a fait un temps son crédo, il est bon que Jean-Luc Seigle s'empare du flambeau.
   
   Résolument roman social, "Femme à la mobylette" m'a touchée, d'autant plus je commence à être sérieusement exaspérée par certaines réductions et démonstrations de mon cher ministère. La fin est déroutante mais apaisée. L'image de Reine restera ancrée longtemps chez moi. Alors, merci, Monsieur Seigle !
    ↓

critique par Philisine Cave




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La liberté tient à peu de choses
Note :

   Tu vas dorénavant vers les romans de Jean-Luc Seigle presque les yeux fermés… Il faut dire que tu avais déjà eu un premier coup de cœur en 2013 pour son En vieillissant les hommes pleurent, que tu avais adoré, puis tu avais rencontré l’auteur et lu son Je vous écris dans le noir, avec le même émerveillement. Il y a des connexions avec certains auteurs qui ne s’expliquent pas. Une sensation de familiarité dans l’écriture dès le début de la lecture qui donne immédiatement le sentiment confortable de savoir que l’on va aimer ce que l’on va lire. C’est encore le cas cette fois-ci avec cette Femme à la mobylette, qui commence pourtant dans une atmosphère de drame, presque insupportable pour le lecteur. Reine a-t-elle tué ses trois enfants ? On va très vite savoir que non, mais qu’elle a eu l’intention de le faire, et combien sa vie a basculé depuis le départ de son mari Olivier.
   
   Reine doit trouver un travail, pour subvenir à leurs besoins à tous. Elle qui n’a jamais prié, invoque le tout puissant. Et le miracle a lieu. Dans son jardin, elle découvre sous un tas de fatras amoncelés par son mari une mobylette, encore en état de marche. Reine va donc pouvoir accepter ce poste aux Pompes Funèbres auquel l’éloignement l’avait obligée à renoncer. La voici donc sur les routes matin et soir… et tout semble enfin devenir possible, même l’amour, sous les traits de Jorgen, routier Néerlandais, peintre et poète. Et toi lectrice, tu n’en diras pas plus, pour laisser aux futurs lecteurs le plaisir de la découverte de ce roman à la fois poétique et réaliste.
   
   Jean-Luc Seigle sait à merveille se mettre dans la peau et les pensées d’une femme, et tu en es encore une fois complètement admirative et étonnée, de tant de douceur et de méticulosité dans les détails. Il sait aussi évoquer les gens de peu, ceux pour qui vivre le quotidien est un défi en soi, une gageure. Alors, le bonheur peut ressembler à une chanson partagée, le vrombissement d’une machine à coudre en soirée, ou le son d’une télévision allumée sur son programme préféré. Tu as été touchée, et émue, par ce portrait de femme, persuadée de bien faire pour ses enfants, à l’écoute de la voix de ses ancêtres, connectée à l’envie de mettre à tout instant de la lumière dans sa vie. Tu as aimé aussi qu’en fin d’ouvrage Jean-Luc Seigle se livre un peu, et s’engage… Un tendre coup de cœur.

critique par Antigone




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