Lecture / Ecriture
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Le Cinéma de papa de Jean Bernard Pouy

Jean Bernard Pouy
  La petite écuyère a cafté
  Spinoza encule Hegel
  A sec (Le retour)
  1280 âmes
  RN 86
  Cinq bières, deux rhums
  Le rouge et le vert
  Démons et vermeils
  Samedi 14
  Liliane, fais les valises
  Rémy Cooghe, combat de coqs en Flandre
  Calibre 16 mm
  Sous le vent
  Le Bar parfait
  S63
  La Belle de Fontenay
  Le Cinéma de papa

Jean-Bernard Pouy, né en 1946, est l'auteur de plus de soixante-dix romans noirs (dont onze à la Série Noire) et d'une centaine de nouvelles, directeur et créateur de collections.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le Cinéma de papa - Jean Bernard Pouy

A l'ancienne
Note :

   Jean-Bernard Pouy, né en 1946 à Paris, est écrivain de roman noir et directeur de collections littéraires. Il est notamment le créateur du personnage du Poulpe, aux éditions Baleine dont il est un des fondateurs. Il participe aussi à l'émission "Des Papous dans la tête" sur France Culture. Son premier roman est paru en 1983, "Le Cinéma de papa" en 1989.
   
   Bertrand, le narrateur, vit au Brésil depuis deux ans quand il apprend le décès de sa mère, assassinée par un rôdeur. De retour en France, cette mort brutale ajoutée à celle du père – noyé il y a très longtemps sans que le corps n’ait jamais été retrouvé – va l’inciter à vouloir en savoir plus. Une curiosité légitime mais non sans risques qui va le mettre sur la piste d’obscurs collectionneurs de très vieux films comme l’était son père, prêts à tout – donc au pire – pour satisfaire leurs désirs.
   
   Ce bouquin, c’est son titre qui m’a poussé à le lire et cette première phrase qui claque, « Ma mère est morte et la langouste est excellente. », outre le fait non négligeable que son auteur en soit Jean-Bernard Pouy. Un titre bien naze et ringard comme les affectionne la Série Noire, donc génial car il dit bien ce qu’il veut dire, tant du sujet que de son traitement. Je ne vais pas m’étendre sur l’intrigue qui tourne autour d’un film très mystérieux, « De vieux militants staliniens recherchent ce film… », « Il y avait une séquence sur Trotsky, tournée à Barbizon en juillet 34, où mon père avait été invité… »
   

   Rien ne nous rajeunit dans ce polar – encore que justement ce soit l’inverse pour moi ! -, ni le cœur du sujet, ni le présent du texte et je m’en suis délecté. Ici on peut lire des phrases qu’on n’écrit plus de nos jours (« Un feulement derrière la porte. Le cri de la pantoufle. ») à moins que l’on ne tombe sur des objets qui n’ont carrément plus cours (« Trouver un Minitel. »). Amateurs de modernité passez votre chemin, fanatiques de technologie et d’action allez voir ailleurs. Ceux qui feront ce voyage, à travers nos provinces françaises, le feront en compagnie de Robert Musil, Albert Camus, Robert Louis Stevenson ou Daniel Biga (qui m’était complètement inconnu jusqu’à ce jour), la culture sait se nicher partout.
   
   J’admets que ce polar n’est pas un chef-d’œuvre (c’est quoi cette scène incongrue, à la fin, entre Bertrand et sa sœur ?) mais c’est un bon petit roman (Gniark ! Gniark ! Gniark !), de ceux qui nous donnent des bonheurs de lecture simples, pour ainsi dire basiques. Une littérature qui porte en elle les traces d’un ancien monde, pas si lointain mais certainement complètement exotique pour un jeune lecteur.
   
   « Quand je lui ai parlé de la mort de la mère, il s’est recroquevillé sur lui-même. J’ai même cru qu’il allait se mettre à pleurer. Et là, en plein vent, avec les péniches qui nous frôlaient carrément, avec sa main qui frottait le bord de la table vert d’humidité mousseuse, je me suis dit, je reste là, je cultive mon jardin, la vengeance est un acte stupide et le monde va mal à cause de conneries de ce genre. Aussi, quand je me suis remis à parler, il y avait toute une partie de moi qui n’était plus vraiment d’accord avec l’autre qui parlait. – Je ne crois pas aux rôdeurs tueurs de vieille dame, j’ai dit doucement. – C’est pour cela que tu es venu me voir… »

critique par Le Bouquineur




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