Lecture / Ecriture
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La Neige de saint Pierre de Leo Perutz

Leo Perutz
  La nuit sous le pont de pierre
  Le cavalier suédois
  Turlupin
  Où roules-tu, petite pomme?
  La Neige de saint Pierre
  Le Judas de Léonard
  La troisième balle
  Le tour du cadran
  Le miracle du manguier
  Seigneur, ayez pitié de moi !
  Le marquis de Bolibar

Leo Perutz est un écrivain autrichien de langue allemande (Prague, 1882 - Bad Ischl, 1957).

La Neige de saint Pierre - Leo Perutz

Dis-leur non, aux dealers
Note :

   Leo Perutz est un écrivain autrichien de langue allemande né à Prague en 1882. Il quitte la Bohème à l'âge de 17 ans pour Vienne où il étudie les mathématiques et la littérature. Il s'intéresse à la théorie des jeux de hasard et commence par travailler dans une compagnie d'assurances avant d’être appelé au combat pendant la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il est blessé. De retour à Vienne, il publie son premier ouvrage et entreprend de nombreux voyages. Il quitte l'Autriche pour la Palestine en 1938, au moment de l'Anschluss. Léo Perutz meurt en 1957. "La Neige de saint Pierre" est paru en 1933.
   
   En 1932, Georg Friedrich Amberg, jeune médecin engagé par le baron von Malchin, quitte Berlin pour le lointain village de Morwede en Westphalie. Ancien ami de son père, le baron va finir par révéler au médecin qu’il se livre en secret à des recherches scientifiques dont le but, proche, est de mettre au point une drogue tirée d’un parasite du blé (la neige de saint Pierre), capable d’agir sur les esprits…
   
   Une fois encore Leo Perutz s’avère un habile conteur, prenant immédiatement le lecteur dans les mailles de son filet tressé de mystère, et ce dès la première phrase : "Lorsque la nuit me libéra, j’étais une chose sans nom, une créature impersonnelle qui ne connaissait pas les concepts de "passé" et d’ "avenir"". Tout du long de ce roman, nous ne saurons jamais avec certitude, si le témoignage du jeune médecin narrateur, est pure vérité ou imagination galopante de son cerveau malade.
   
   Quand s’ouvre le récit, Amberg se réveille dans un lit d’hôpital avec plusieurs semaines de coma et croit reconnaitre dans le personnel soignant, les acteurs de l’aventure dont il pense se souvenir et qu’il va nous raconter, à savoir son séjour dans un bled à la campagne, un baron aidé d’une assistante qu’Amberg connait et dont il est amoureux depuis leurs études de médecine communes (seule critique, celle-ci est surnommée "Bibiche" durant tout le roman, et ça fait franchement nunuche) qui tente de créer une drogue sensée avoir deux finalités, pousser le peuple à vouloir restaurer la monarchie donnant le pouvoir à un descendant de Frédéric II, et ranimer la ferveur religieuse.
   
   Le bouquin de Leo Perutz fut interdit par les nazis dès sa parution et on imagine assez bien pourquoi. Le baron von Malchin, en savant fou, s’imagine manipuler les foules avec sa drogue et rendre son trône à son fils adoptif. En se confiant à Amberg et en jouant sur le lien affectif qui le liait à son père il pense s’attirer sa complicité mais il place le médecin devant un cas de conscience déontologique. Conflit d’autant plus cruel pour Amberg, qu’amoureux de l’assistante du baron, il la croit sa maîtresse. Dois-je préciser que le projet diabolique n’aura pas le résultat attendu mais qu’au contraire…
   
   Leo Perutz balade le lecteur qui n’arrive pas à départager le vrai du faux, la réalité du rêve ; et même quand s’achève le roman, le narrateur revenu sur son lit d’hôpital évoque ce qu’on pourrait considérer comme une théorie du complot.
   
   Encore un bon roman de Leo Perutz.
   
   "Mais que de travail a-t-il fallu avant que je n’ose franchir ce pas, reprit le baron. J’ai dû veiller bien des nuits, vérifier bien des preuves et surmonter bien des doutes. C’est une phrase de votre père qui est à l’origine de tout cela. "Ce que nous appelons la ferveur religieuse et l’extase de la foi, me dit-il un jour ici même, à cette table, offre, en tant que phénomène isolé ou manifestation de masse, presque toujours l’image clinique d’un état d’excitation provoqué par une drogue. Mais quelle est la drogue qui induit un tel effet ? La science n’en connait aucune."

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critique par Le Bouquineur




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Le feu de la Sainte Vierge
Note :

    Jamais Léo ne m'a déçu. Il est dans mes tout premiers compagnons de lecture, cette fois pour "La neige de saint Pierre", neuvième livre de cet auteur juif autrichien en ce qui me concerne.
   
    Je considère Perutz (1882-1957, né à Prague, ayant vécu à Vienne, exilé à Tel-Aviv, une vie bien remplie) comme un des conteurs les plus importants de ma chère Mitteleuropa qui m'a déjà donné tant de bonheurs littéraires. Sous ce titre énigmatique (mais Perutz a souvent des titres curieux, Où roules-tu, petite pomme? ou Le Cosaque et le Rossignol ou Le miracle du manguier, découvrez-les, ça vaut le coup), se cache une découverte biologique explosive dont je vous laisse la surprise. Sachez cependant que le livre fut interdit par le pouvoir nazi dès sa parution en 1933.
   
    Allemagne années 30. Dans le modeste village de Morwede, au fin fond de la Westphalie, quelques personnages, Amberg, jeune médecin engagé par le baron von Malchin, une séduisante collaboratrice, d'origine grecque, Kallisto dite Bibiche, oui, un aristo russe ruiné par le bolchevisme, un curé de bonne volonté, tout ce petit monde, dans le sillage du baron, joue en fait à l'apprenti sorcier. Et que va-t-il sortir de cette sorte de chimie? Une drogue surpuissante qui permettrait la manipulation de tout un peuple? Vous comprenez maintenant le pilori national-socialiste pour ce roman un peu brûlot et d'ailleurs pour tant d'autres.
   
    Du laboratoire du baron une sorte de virus des céréales, champignon, parasite, je ne sais exactement, pourrait bien changer le monde. La neige de saint Pierre (l'un des nombreux noms de cette lèpre) est évidemment une fable annonciatrice et le baron Malchin poursuivant des buts douteux et un délire mégalomaniaque rappelle quelqu'un. Souvent drôle, parfois hallucinant, ce livre s'apparente aussi au roman d'investigation, voire d'anticipation, où Jules Verne aurait croisé Jorge Luis Borges. Je suis un inconditionnel de Leo Perutz, cela ne vous aura pas échappé. Notamment pour sa façon de prendre à bras le corps toute l'histoire tourmentée de cette Europe Centrale dont le baron voudrait restaurer la grandeur quitte à lorgner vers une tyrannie qui ne hante pas seulement les fictions littéraires. Pour l'imagination, faites confiance à Leo.
   
    Cette maladie des céréales s'appelait en Espagne le lichen de Madeleine, en Alsace la rosée des pécheurs, à Crémone le blé de la miséricorde, à Saint Gall le moine mendiant, dans les Alpes la neige de Saint Pierre, en Bohème la moisissure de Saint Jean, chez nous en Westphalie le feu de la Sainte Vierge.

critique par Eeguab




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