Lecture / Ecriture
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L'art de perdre de Alice Zeniter

Alice Zeniter
  Sombre dimanche
  Juste avant l'oubli
  L'art de perdre

Née en 1986, Alice Zeniter est normalienne, doctorante en études théâtrales et chargée d'enseignement à Paris III. Elle a publié un premier roman à l'âge de 16 ans, "Deux moins un égal zéro" (Prix littéraire de la ville de Caen 2003).
(Source éditeur)

L'art de perdre - Alice Zeniter

Le drame des harkis
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   Alice Zeniter est née en 1986. Elle a déjà écrit quatre romans, dont "Sombre dimanche" (Albin Michel, 2013), qui a reçu le prix du Livre Inter, le prix des lecteurs de l’Express et le prix de la Closerie des Lilas, et "Juste avant l’oubli" (Flammarion, 2015), prix Renaudot des lycéens. Elle est dramaturge et metteuse en scène de théâtre.
   
   "lls ont tellement de papiers, tous ces français, commente Yema dans la cuisine en secouant la tête. on se demande bien ce qu'on peut faire ici sans les papiers. Mourir ? Moi je suis sûre que même pour ça , ils te demandent les documents et que si tu les as pas, ils te maintiennent vivant jusqu'à ce que tu les trouves..."
   

   Naïma a oublié l’Algérie, un pays qu’elle n’a jamais connu, un pays manquant et une religion oubliée. Et pourtant elle porte l’Algérie en elle, son prénom,sa peau brune, ses cheveux noirs. Ali, son grand-père, un harki, a tout abandonné en 1962 pour sauver sa famille. Hamid, son père, a vécu dans le camp d’accueil de Rivesaltes, un carré de toiles entouré de barbelés, où l’électricité est coupée à 22h30. Naïma va prendre le bateau pour retourner à Alger de la même manière que sa famille l’a quittée. Elle va essayer de créer son propre lien avec l’Algérie, au lieu de poser ses pas dans ceux de son grand-père et de son père.
   
   A travers trois générations, Alice Zeniter nous raconte le drame des harkis éjectés de leur pays, non désirés par la France. Des parents obsédés par la réussite de leurs enfants, qui arrêtent de vivre pour tout leur donner. C’est l’Histoire de l’Algerie qui nous est contée, avec ses traditions, la femme répudiée, car tel est le droit du mari, parce que son ventre est sec. Les présents offerts par un futur mari, que la jeune adolescente n’a jamais vu. La circoncision où un enfant de cinq ans devient un homme. Mais aussi l’incompréhension ente Kabyles et Arabes qui ne se comprennent pas et le douloureux combat pour l’indépendance où des familles se déchirent, Le FLN, des soldats français massacrés, les représailles sanglantes qui s’en suivent. Les attentats d’Alger. Les accords d’Evian. L’espoir de ceux qui du pont du bateau voient s’éloigner Alger la blanche mais persuadés que dans six mois, c’est sûr, ils seront de retour dans le village. Des parents qui regardent l’Arabe devenir une langue étrangère pour leurs enfants. La confrontation entre le père et le fils entre passé et avenir. Des hommes attirés par la France et leurs femmes qui restent en Algérie comme des veuves. Les familles qui reviennent en Algérie pour les vacances qui jouent au jeu de la réussite, et les autres qui font semblant d’y croire. Les attentats terroristes en France et l’amalgame fait avec la communauté musulmane. Beaucoup de richesses donc dans ce roman sur un sujet délicat et sensible, mais l’écriture d’Alice Zeniter le traite avec beaucoup d’empathie et une totale liberté.

critique par Feursy




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