Lecture / Ecriture
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Le dimanche des mères de Graham Swift

Graham Swift
  J'aimerais tellement que tu sois là
  Le dimanche des mères

Graham Swift est un écrivain britannique né à Londres en 1949.

Le dimanche des mères - Graham Swift

D’une époque à une autre
Note :

   Je n’aime pas trop en général parler de mes déceptions parce que ce n’est pas franchement très intéressant pour vous je pense, car trop dépendant de mon humeur. Particulièrement dans le cas de ce livre-ci. Je n’ai entendu et lu que des critiques positives, je l’ai vu dans beaucoup de coups de cœur de librairie. Pour moi, cela ne l’a fait qu’à moitié.
   
   Je rappelle l’histoire pour ceux à qui elle aurait échappé. On est en Angleterre, le dimanche 30 mars 1924. Ce dimanche est traditionnellement accordé aux domestiques dans les grandes maisons, pour que ceux-ci puissent rendre visite à leur mère. On est entre les deux Guerres et comme on le sait, en Angleterre comme ailleurs, c’est une période qui marque la fin d’une époque particulièrement pour les grandes familles, dont beaucoup ont perdu des fils pendant la Grande Guerre. Pourtant un événement heureux se prépare justement dans deux de ces familles : le mariage de leurs enfants. En ce dimanche, les familles se retrouvent au restaurant, puisqu’il n’y a pas de domestiques pour faire à manger, dans l’idée de préparer l’heureux événement mais sans les futurs mariés qui eux ont décidé de se retrouver seuls, tous les deux, pour un repas en amoureux. C’est une journée idyllique, un début de printemps ensoleillé.
   
   On suit cette histoire, non pas par ces grandes familles, mais par le regard d’une jeune domestique, qui n’a pas de mère à aller voir et qui donc a sa journée complètement libre. Cette journée, à cause d’un événement tragique (que l’on trouve très facilement), va complètement bouleverser sa vie, la faire entrer en quelque sorte dans la modernité, puisqu’elle abandonnera cette profession de domestique qui à l’époque était déjà quelque peu désuète, pour devenir écrivain, profession que l’on peut penser hautement moderne pour une femme à l’époque surtout dans le genre qu’elle choisira. De manière générale, on peut dire qu’elle deviendra une femme moderne et libérée.
   
   L’auteur a choisi d’accentuer cette idée de passage d’une époque à une autre, que cela soit pour le pays en général, ou pour notre héroïne en particulier, en faisant raconter l’histoire par l’héroïne, mais très âgée (au-delà de 80 ans dans mon souvenir). Cela donne deux récits qui ne sont pas rédigés de la même manière : le dimanche des mères, le 30 mars 1924, où vous êtes dans un univers magique récréé de toutes pièces par l’écrivain, sublime et un deuxième récit où une vieille dame nous raconte sa vie d'"après" (et je peux vous dire que je me suis demandé si elle n’était pas un peu lubrique), sans vouloir revenir et analyser ce qui s’était passé ce jour-là et comment cela a influencé son avenir. Le problème est que ces deux récits s’entremêlent, sans avoir de rapport l’un avec l’autre (à part le personnage principal bien sûr). De plus, le deuxième récit m’a gênée car il rompait l’atmosphère du premier récit (qui elle est juste si parfaite …), par de petits paragraphes, rédigé dans un autre style.
   
   À mon avis, le premier récit aurait suffi. La magie créée par l’auteur fait que finalement le destin de cette fille aurait occupé une page à la fin, la laissant au départ d’une nouvelle vie, me laissant imaginer la suite par moi-même m’aurait beaucoup plus plu. J’aurais même été jusqu’au coup de cœur car l’auteur créé en finalement très peu de pages l’atmosphère d’une fin d’époque, si crédible, si enchanteresse… Ces parties n’ont pas été sans me rappeler Post-Scriptum de Alain-Claude Sulzer que j’avais adoré tout simplement (ce dernier étant cependant plus fin à mon avis, grâce à la dentelle créée par Sulzer).
   
   Tout cela pour vous dire que je vous conseille ce livre pour une partie du texte (qui représente tout de même 90% du bouquin) mais pas pour l’autre, qui à mon goût gâche le reste. Mais ce n’est que mon avis, d’autant que ce livre a été le coup de cœur de beaucoup de monde en ce début d’année comme je l’ai dit au début de ce billet.
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critique par Céba




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Emancipation
Note :

   Nous sommes en 1924 en Angleterre. Le dimanche des mères est l'unique journée libre des gouvernantes et bonnes de familles bourgeoises afin de rejoindre leur mère. Jane Fairchild, orpheline de naissance, est au service du couple bienveillant M et Mrs Niven, partis en goguette ce jour célébrer en avant-première la future union de l'héritier des Sheringham avec la richissime fille des Hobbay. Jane dont le dimanche des mères est surtout l'occasion de rêver, de lire ou de se promener à vélo, va voir son programme bouleversé par un dernier et tendre au-revoir.
   
   "Le dimanche des mères" est une histoire sublime d'une émancipation féminine et masculine, une ode à la culture et au bon sens. Il n'y a pas de haine dans ce roman, malgré le conflit des classes. Chaque personnage est respecté. En hommage aux belles Jane de la littérature anglaise classique (Jane Austen, Jane Eyre), Graham Swift nous dévoile une héroïne paisible, futée, finalement moins soumise que certains compagnons de route plus fortunés.
   
    L'écriture est superbe, simple, agréable à lire (un grand bravo à la traductrice Mme Fortier-Masek) ; l'atmosphère de l'après-guerre (avec son lot de deuils familiaux) est retranscrite avec pudeur ; les chemins de la campagne anglaise appellent à la rêverie. Il est difficile de tenir un récit sur un quasi huis clos mais à aucun moment, le rythme ne faiblit. Graham Swift a parfaitement réussi son entreprise. J'ai passé un moment formidable avec ce roman sur la ligne Brest -Rennes -Nantes, avant ma reprise de travail et ce, malgré la chaleur ambiante, tamisée par l'efficace climatisation des TGV et TER. Une vraie gageure !
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critique par Philisine Cave




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Ultime ballet social
Note :

   Les traditions ont la vie dure dans le verdoyant Royaume-Uni. Ainsi, dans cette période d’entre-deux-guerres (en ce dimanche de Mars 1924 exactement), est-il de coutume pour les familles aristocratiques de donner cette journée en congés à leurs domestiques afin qu’ils puissent rendre visite à leurs mères. Noble attention d’une classe qui vit encore dans le luxe et dépend de toute une armée de petites mains pour mener une existence plus ou moins hors du temps.
   
   Jane, jeune femme employée par l’une de ces familles, ne sait trop comment occuper cette superbe journée ensoleillée et printanière car elle fut abandonnée à sa naissance et n’a donc pas de mère à qui rendre visite. Alors qu’elle s’apprêtait à s’adonner à sa passion, la lecture, elle reçoit un coup de fil de Paul, le fils de bonne famille de la propriété voisine.
   
   Jane et Paul ont le même âge et sont amants depuis des années. Un amour secret, vécu caché dans les étables ou les jardins. Un amour qui va ce jour prendre une tournure à jamais particulière car Paul, après avoir vidé sa demeure de tous ses résidents sous des prétextes divers, demande à sa belle de venir lui rendre visite dans sa chambre. Un interdit impensable vécu comme une combinaison de rêve, de fulgurance sensuelle, de profanation et de revanche magnifiquement évoquée par Graham Swift dans des pages à la fois érotiques et un brin perverses ou profanatrices.
   
   Il ne peut y avoir aucun espoir dans cet amour de jeunesse et des corps. Tout les oppose : leurs classes, leur éducation, les conventions sociales. Et puis, d’ailleurs, Paul doit aussitôt rejoindre cette fiancée imposée par les familles alliant leurs intérêts. Une fille qu’il n’aime pas mais dont il sait bien qu’il n’aura d’autre choix que de respecter ce qu’on lui impose. Sauf que la vie réserve bien des surprises et des drames comme nous l’apprendrons bientôt et que les destins des amants interdits n’auront rien de prévisible.
   
   Avec un sens de l’économie et de la justesse des mots, de façon pudique mais éminemment évocatrice, Graham Swift met en scène un monde qui ne sait pas encore qu’il est en voie de disparition. C’est un ultime ballet social d’une époque révolue auquel nous assistons pour notre plus grand plaisir littéraire.

critique par Cetalir




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