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Une odyssée, un père, un fils, une épopée de Daniel Mendelsohn

Daniel Mendelsohn
  Les Disparus
  L'étreinte fugitive
  Une odyssée, un père, un fils, une épopée

Daniel Mendelsohn est enseignant, écrivain et critique littéraire américain, né en 1960 à Long Island.

Une odyssée, un père, un fils, une épopée - Daniel Mendelsohn

Passionnant et brillant !
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   Le père de Daniel Mendelsohn, chercheur scientifique à la retraite âgé de 81 ans, lui demande s’il peut participer à son séminaire sur l’odyssée d’Homère. Pendant ses seize semaines de cours, il fait un long trajet entre son pavillon de banlieue où il a toujours vécu, et le campus de la petite université où enseigne son fils. Chaque vendredi à 10 heures du matin, il s’assoit parmi les étudiants de première année de licence 1 de son fils et participe aux discussions sur cette épopée, où il est question d’un long retour au pays, de voyages, de rencontres, de mariages et de liens familiaux. Son père semble fasciné par le sujet, tout en pensant qu’Ulysse n’a rien d’un vrai héros, lui qui abandonne son armée, trompe sa femme et ment. Suite à cela, ils feront ensemble une croisière thématique en Méditerranée "Sur les traces d’Ulysse", avant que Daniel Mendelsohn vive les derniers moments de son père, victime d’une chute et d’un AVC.
   
   J’ai dévoré ce passionnant roman (à posséder dans sa bibliothèque personnelle !). Inspiré de la propre vie de l’auteur, il est tout d’abord l’occasion d’une plongée dans l’Odyssée d’Homère, et on assiste avec délice aux joutes verbales autour de cette magnifique œuvre aux multiples symboles et interprétations possibles, entre les étudiants, son père et Daniel Mendelsohn lui-même. Après l’avoir refermé, je n’avais plus qu’une envie, me replonger dans ce poème épique, toujours d’actualité et dont les thèmes résonnent encore. Expliquer une œuvre, la comprendre, essayer d’expliquer ce qui se cache derrière m’a toujours passionnée et ce roman en est une belle occasion.
   
   Mais le dernier opus de Daniel Mendelsohn n’est pas que cela. C’est aussi le portrait d’un père vieillissant et de sa relation compliquée et apaisée avec son fils, avec au centre cette question "Que connait-on vraiment de ses parents ?".
   
   Plein de sensibilité, porté par une écriture superbe, j’ai adoré ce livre, encensé par la critique. Si vous êtes passionné de littérature, ne passez pas à côté de ce roman !
    ↓

critique par Éléonore W.




* * *



De père en fils
Note :

   Lorsque Jay Mendelsohn, âgé de quatre-vingt-un ans, décide de suivre le séminaire que son fils Daniel consacre à l'Odyssée d'Homère, père et fils commencent un périple de grande ampleur. Ils s'affrontent dans la salle de classe, puis se découvrent pendant les dix jours d'une croisière thématique sur les traces d'Ulysse.
   À la fascinante exploration de l'Odyssée d'Homère fait écho le récit merveilleux de la redécouverte mutuelle d'un fils et d'un père. (résumé de l'éditeur Flammarion)
   

   Je suis en train de lire Une Odyssée, Un père, un fils, une épopée de Daniel Mendelsohn. Pendant ma lecture et avant de rédiger un billet sur ce livre passionnant, érudit, et touchant,
   
    J'entends par ce dernier qualificatif qu'il passe beaucoup d'émotion dans ce texte. Car le livre à travers cette analyse savante et si agréable de l'oeuvre d'Homère, est aussi un moyen de parler des rapports que nous avons avec nos parents.
   
    Ici un père intransigeant, sévère, plein de principes, et un enfant en révolte, deux êtres que ne se sont jamais sentis proches. Ils vont finalement se retrouver et même plus, se découvrir, à l'âge adulte, au cours d'une croisière qu'ils feront sur les traces de l'Odyssée à la fin du séminaire. Une telle expérience n'est pas donnée à tout le monde. Nos parents disparaissent parfois sans que nous ayons eu ce moment privilégié où le masque de l'adulte tombe, où les reproches voire les rancœurs liées à l'enfance disparaissent et où il ne reste plus que l'amour.
   
   L’Odyssée d’Homère est l’histoire du retour d’Ulysse à la fin de la guerre de Troie et de son long et douloureux voyage à travers la Méditerranée pour rejoindre son royaume, Ithaque, et sa famille. Mais, nous dit Daniel Mendelsohn, c’est aussi et avant tout l’histoire d’un père et d’un fils, d’Ulysse et de son fils Télémaque, d’Ulysse et de son père Laerte. Le poème antique commence d’ailleurs par la recherche de son père par Télémaque (La Télémachie) et finit par les retrouvailles d’Ulysse avec son père Laerte .
   C’est ce qu’explique le sous-titre de ce livre : Une odyssée, un père, un fils, une épopée.
   
   Dans ce titre, on le voit, le déterminant défini est remplacé par l’indéfini "une". Il nous avertit que l’auteur va nous donner son interprétation de L’Odyssée telle qu’il l’a reçue lui-même de ses mentors; il pourrait y en avoir d’autres) mais aussi qu’il va nous en conter une autre : celle d’un fils Daniel et de son père Jay.
   
   Et ce sont bien là les trois fils conducteurs du récit, ceux que j’ai suivis avec passion :
   L’analyse de l’Odyssée m’a appris tant de choses que je ne savais pas sur cette œuvre qui m’a pourtant accompagnée depuis l’enfance, des récits mythologiques à la lecture renouvelée de l’Odyssée. En français. C’est pourquoi le cours du professeur helléniste qui nous fait entrer dans le récit par le biais de la langue grecque est si enrichissant.
   L’enseignement, est le thème en filigrane, toujours présent du présent au passé, celui de la transmission des savoirs mais aussi des valeurs quand il s’agit du père et du fils. Nous assistons donc au cours du professeur Mendelsohn, à la maïeutique qu’il met en place auprès de ses étudiants, à leurs réactions judicieuses et à celles du père qui introduisent l’humour dans le récit. Interventions toujours parfaitement intelligentes et qui révèlent son caractère et ses principes moraux. Et là, on s’aperçoit que le fils malgré les reproches qu’il fait à son père, n’est pas si éloigné de lui et a intégré certains de ses principes et de ses craintes : l’amour d’un travail rigoureux et la recherche de la difficulté, par exemple, ou la peur de l'échec.
   
   Les relations père / fils, le présent et le passé se mêlent, les souvenirs remontent à la mémoire, souvent grinçants, voire douloureux, mais finalement pleins d’humanité entre le fils et le père.
   
   J’ai aussi admiré comment tout en nous expliquant la composition circulaire de L’Odyssée, Daniel Mendelsohn appliquait à son propre texte les mêmes principes. Cette construction laisse le récit en suspens pour des rétrospectives qui après bien des détours dans les strates plus ou moins éloignés du passé, nous ramènent au moment présent.
   "Si, à première vue, elle peut s’apparenter à une digression, la composition circulaire constitue en fait une technique efficace pour intégrer à une même histoire le passé, les présent, et parfois même l’avenir, puisque certaines "spirales" se déroulent vers l’avant, anticipant des évènements qui se produiront après la conclusion du récit principal. De cette manière, un seul récit, voir un seul moment, peut contenir toute la biographie d’un personnage".
   
   Voici un livre coup de cœur, un livre tout à la fois savant et proche de nous. On y glane une foule de connaissances qui nous amène à une relecture différente de L’Odyssée mais aussi nous pousse à réfléchir sur les relations parents et enfants.
   
   Au-delà de l’histoire de Jay et Daniel, nous nous interrogeons : Avons-nous nous-mêmes compris qui étaient vraiment nos parents ? ? Avons-nous même fait l’effort d’essayer ? Et quelle est l’image que nous laisserons à nos enfants ? Ce n’est qu’après la mort de Jay que Daniel mène une enquête pour éclairer certains moments de sa vie ! On pense alors à la scène où Ulysse retrouve aux Enfers Anticlée, sa mère morte, elle qui était encore vivante au moment de son départ et qu’il cherche par trois fois à l’étreindre. Mais en vain. Il est trop tard, il ne s’agit plus que d’une ombre.
   
    Je vous l’ai dit, ce livre est très riche et nous parle de beaucoup de choses et en particulier d’amour.
    ↓

critique par Claudialucia




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Le menteur divin
Note :

   J'ai commencé l'été avec Homère et je le termine avec lui.
   Les lectures sont parfois faites de coïncidences, de croisements, de rebondissements.
   
   Après avoir écouté tout l'été les chroniques de Sylvain Tesson j'avais ressorti l'Odyssée dans la traduction de Philippe Jacottet, celle que je préfère et de loin. Du coup je n'ai eu qu'un petit geste à faire pour la rouvrir lorsque j'ai entamé le dernier livre de Daniel Mendelsohn.
   
   C'est toujours un peu inquiétant d'ouvrir le livre d'un auteur dont on a admiré, lu et relu l'opus précédent. Lorsqu'on a été emportée par un récit, que l'on a parlé du livre autour de soi pour le faire lire.
   
   Et si ce titre qui vient de paraitre était une déception ? Il vous faut quelques pages, mais quelques pages seulement pour savoir que non, vous ne serez pas déçue. Non le livre va tout naturellement trouver sa place dans votre bibliothèque, le plus difficile sera de décider où le glisser, comment le classer...
   
   "Par un soir de janvier, il y a quelques années, juste avant le début du semestre de printemps au cours duquel je devais enseigner un séminaire de licence I sur l'Odyssée, mon père, chercheur scientifique à la retraite, alors âgé de quatre-vingt-un ans, m'a demandé, pour des raisons que je pensais comprendre à l'époque, s'il pourrait assister à mon cours, et j'ai dit oui"
   
   Voici les premières lignes de ce livre, c'est un petit clin d’œil à la littérature grecque, ce type d'introduction porte le nom de proème nous apprend Daniel Mendelsohn, en quelques lignes l'auteur nous place au cœur du récit.
   
   L'histoire du voyage d'Ulysse et de son retour vers Ithaque, l'histoire de Jay Mendelsohn âgé de 81 ans, qui a été ingénieur en aéronautique et enseignant en informatique et qui va comme tous les étudiants du séminaire mené par son fils, s'immerger dans l’œuvre du barde mythique.
   
   Quand je dis "comme tous les étudiants", ce n'est pas tout à fait vrai car malgré la promesse faite à son fils de rester silencieux, Jay Mendelsohn va mettre son grain de sel dans l'affaire.
   
   Surtout parce qu'il n'aime pas Ulysse, il lui dénie l'appellation de héros. Jay Mendelsohn est un adversaire résolu du mensonge ce qui le rend hostile à Ulysse le menteur divin.
   
   Ses positions trouveront parfois un appui auprès des étudiants, parfois seront en opposition frontale à celles de son fils au point de perturber quelque peu les cours.
   
   Les étudiants s'amusent mais aussi profitent des échanges et les interruptions du vieil homme finissent par faire naitre discussion et réflexion.
   
   La lecture du poème homérique devient très concrète, plus riche, l'interprétation du fils est remise en cause, discutée à travers des souvenirs partagés entre le père et le fils.
   
   Après le séminaire, père et fils vont s'embarquer pour une croisière en Méditérrannée pendant dix jours sur les traces d'Ulysse. Il y a des scènes étonnantes et jubilatoires pendant cette croisière qui va mettre au jour des liens entre père et fils, l'occasion pour l'un et l'autre d'exprimer amour, exaspération, surprise ou colère.
   
   Daniel Mendelsohn est un professeur compétent, sérieux mais pour notre plus grand plaisir il joue avec sa spécialité, avec la langue grecque.
   
   Mimétisme est un mot grec, normal alors que la composition du livre soit l'occasion pour Mendelsohn de s'amuser à suivre les "circonvolutions dans le temps et dans l'espace " comme dans la littérature grecque. Parce qu'il s'amuse avec le lecteur, imbriquant pour notre plus grand plaisir, analyse littéraire, aperçu de ce qu'est un séminaire, et l'histoire familiale, l'histoire de ce père si proche et si lointain. Créant chez le lecteur cette sensation de circularité.
   
   Le mélange entre analyse de l’œuvre et souvenirs familiaux est parfaitement réussi, le tissage est serré, des thèmes comme celui du lit nuptial qu'Ulysse a construit, qui lui permettra de se faire reconnaitre de Pénélope, trouve un bel écho avec ce lit construit des mains de Jay et sur lequel il va encore coucher lors de sa venue chez son fils à l'occasion du séminaire.
   Un lien indéfectible entre père et fils comme il est lien dans l'épopée entre Ulysse et Pénélope.
   
    Il y a beaucoup d'émotion dans ce livre, quelques mois après le séminaire Jay Mendelsohn a fait une chute qui entrainera son décès.
   
   Ce livre est comme le Kaddish que le fils prononcerait sur la dépouille de son père, le séminaire et la croisière furent l'occasion de faire la paix.
   
   Une Odyssée
est un livre où l'on apprend beaucoup sur Homère et son œuvre mais plus encore sur les liens qui unissent parents et enfants.
   
   On retrouve dans ce livre toute la tendresse dont est capable Mendelsohn, l'érudition qui est la sienne qu'il cache parfaitement bien pour ne pas gêner le lecteur.
   
   Ce récit très personnel est totalement intemporel et peut parler à tous.
   
   Un livre à offrir à vos parents ou à vos enfants comme le trait d'union d'une génération à l'autre.

critique par Dominique




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