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Votre commande a bien été expédiée de Nathalie Peyrebonne

Nathalie Peyrebonne
  Rêve général
  Votre commande a bien été expédiée

Votre commande a bien été expédiée - Nathalie Peyrebonne

Alerte écolo, aussi
Note :

   En deux mots :
    L’histoire d’une improbable rencontre entre Eugène, un acheteur frustré et, Lucia, une responsable d’un service clientèle va déboucher sur une réflexion sociale et écologique.
   
   Où?

    Le roman se déroule en France, principalement au Pays Basque, à Saint-Jean-de-Luz et environs ainsi que dans le Nord de la France, à Boulogne-sur-Mer et Wissant. Un voyage au Guatemala y est également évoqué, ainsi que des phénomènes étranges constatés sur l’île de Märket, entre la Finlande et la Suède, en Californie, à Bombay, en Biélorussie et au Japon.
   
   Quand?

    L’action se situe de nos jours, avec un point de départ situé le 6 janvier 2014.
   
   
    Une bonne poignée d’embarras du quotidien, une grosse pincée d’humour, un soupçon de fantastique et une dose de hasard forment les ingrédients de ce délicieux roman concocté dans une cocotte en fonte rouge.
   
    Car c’est cet ustensile de cuisine qui va servir d’objet transactionnel et permettre la rencontre – très improbable – d’Eugène et de Lucia. Commandé en ligne et dûment payé, l’objet n’arrive pas du côté du Pays Basque. Aussi Eugène décide-t-il de s’adresser au service des consommateurs afin d’éclaircir la situation.
   
    Après de premiers échanges dans un jargon administratif décourageant et des positions aussi tranchées qu’opposées "votre commande a bien été expédiée" contre "La cocotte ne m’est toujours pas parvenue", les deux parties vont finir par trouver un terrain d’entente. Du coup Eugène s’enhardit et, tout en remerciant son interlocutrice, va inviter cette dernière à goûter la cuisine mijotée dans la belle cocotte.
   
    Lucia, qui va bien finir par avouer son prénom, va aller au-delà des espérances d’Eugène en décidant un beau jour de quitter le Nord de la France pour rejoindre cet aimable client.
   
    Il faut dire que l’un comme l’autre ne mènent pas vraiment une vie exaltante, mais pourraient fort bien adopter le slogan de la nouvelle émission de télé-réalité qui fait grimper l’audimat et rassemble des vieux "remuants, bavards, rigolards, galvanisés" : "Senior Story: et la vie reprend de plus belle" !
   Si Eugène vit seul, Lucia a des enfants qu’elle confie à son frère Kamel le temps de son escapade. Partie la fleur au fusil, elle va trouver un hôte attentionné. Dans sa cuisine où la cocotte ronronne doucement sur le feu elle se sent exister "il y a de l’air dans ses poumons, du sang dans ses veines, des émotions dans son cœur, son corps est plein de tout ce qui y circule, il est délicieusement lourd, le poids de l’évidence."
   
   Alors que l’on prend gentiment le chemin d’une délicate romance, Nathalie Peyrebonne choisit de faire basculer son roman dans une dimension beaucoup plus grave. Eugène et Lucia sont témoins d’événements aussi étranges que déstabilisants. Il semble bien que le monde commence à se dérégler. Au bistrot les conversations vont bon train: "Moi, je crois que le monde, on l’a peut-être usé, épuisé. Rien n’est éternel, les gars, il faut bien qu’un jour ou l’autre tout cela s’arrête." Alors que la psychose s’installe, Eugène accueille Kamel, Adèle et Oscar qui, comme beaucoup d’habitants ont choisi de trouver refuge du côté du Pays Basque. Mais là aussi, les déraillements vont se poursuivre…
   
   Voici l’heure des remises en cause, du questionnement sur l’écologie et sur les migrants, quand brusquement "l’exil redistribue les cartes".
   
   Je vous laisse découvrir si la fin du monde approche où s’il y a encore une porte de sortie. Mais, vous l’aurez compris, ce roman habilement construit est bien davantage que l’histoire d’une rencontre improbable. Sans jamais avoir l’air d’y toucher, il nous appelle à la vigilance.
   
   Extrait
   "– Je vais vous dire, moi, tonne un cinquantenaire à l’allure négligée, le monde, depuis le temps qu’on s’en fiche, pas étonnant qu’il en ai marre, il se rebiffe, vous voyez, il en a sa claque, plein le dos, qu’on aille d’un côté ou de l’autre, qu’on s’arrête plus, qu’on regarde plus, qu’on écoute plus, qu’on saccage tout, alors il s’éteint, voilà, fallait faire attention."

critique par Le Collectionneur de livres




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