Lecture / Ecriture
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Les larmes noires sur la terre de Sandrine Collette

Sandrine Collette
  Des nœuds d'acier
  Un vent de cendres
  Six fourmis blanches
  Il reste la poussière
  Les larmes noires sur la terre
  Juste après la vague

Sandrine Collette est une femme auteure française née en 1970.

Les larmes noires sur la terre - Sandrine Collette

Manque d'ampleur du récit
Note :

   C’est l’histoire de plusieurs femmes qui se retrouvent un jour ou l’autre sans-abri, et parquées de force par "les autorités" dans un cimetière de voitures "la Casse" ; le gouvernement a décidé qu’aucun sans-abri n’errerait dans le pays, et n’a trouvé mieux que de les enfermer dans cette sorte de bidonville : la Casse. Surveillés par des gardiens armés et autorisés à en découdre.
   
   Chaque entrant se voit attribuer un véhicule accidenté dans lequel il va loger ; pour se nourrir, il faudra travailler dans les champs, ou, comme Ada, la vieille Afghane qui est là depuis longtemps, s’occuper des malades à l’aide de ses potions préparées avec des herbes. Elle a un statut à part, considérée un peu comme une magicienne. Plusieurs jeunes femmes vivent autour d’elle comme une sorte de communauté. La dernière venue c’est Moe, une jeune femme venue des îles, qui a suivi Rodolphe promesse d’une vie meilleure. Mais cette vie fut pire, et Moe finit à la Casse avec son bébé.
   
   Malgré la sympathie et l’entraide des autres femmes, Moe voudrait échapper à cet affreux destin, surtout pour son fils. Elle accepte de se prostituer, de transporter de la drogue, pour se faire plus d’argent. Car avec une forte somme, on peut payer le droit de retrouver sa liberté…
   
   Dans ce dernier opus, l’auteur m’a nettement moins séduite que dans les précédents. Son écriture, toujours très soignée, est moins nerveuse, moins inspirée. Les histoires des femmes autour d’Ada et Moe finissent par se ressembler, et l’auteur appuie avec complaisance sur l’horreur de leurs situations, multipliant les détails atroces, inutiles pour bien comprendre. L’histoire de Moe et celle d’Ada suffisaient au propos, les autres, on pouvait les évoquer en quelques lignes, mais elles s’étalent, et je les ai endurées tant bien que mal.
   
   La "Casse" est une possibilité qui transforme le récit en "science-fiction"; cela correspond à un gouvernement totalitaire, mais nous n’avons pas d’autres renseignements sur ce qu’est devenue la France. Au lieu de s’appesantir sur quelques destins, l’auteur aurait dû imaginer la situation politique et sociale dans son ensemble, de cette société qu’elle situe dans un avenir proche.
    ↓

critique par Jehanne




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Trop trop noir
Note :

   "Qui a eu un jour l'idée de cette étonnante et terrifiante filière de recyclage, donner une deuxième vie - et quelle vie ! - à ces vieilles guimbardes, personne ne s'en souvient. Quelle société ruinée a oublié qu'elle s'était bâtie sur des générations d'entraide et de solidarité, quelles églises ont baissé les bras, quels hommes sont nés, pour qu'un tel projet voie le jour ? Les pauvres, ils n'en veulent plus. Ont assez de leurs problèmes de chaque jour. Quelque chose s'est forgé en eux, la vague conviction que tout est justifié et que l'on n'y peut rien, le sentiment coupable et soulagé d'être à l'abri, la colère envers ceux à qui ils doivent la création de ces lieux pour lesquels il faut payer encore un peu plus de taxes".
   

   Sandrine Collette n'écrit pas des bluettes et ce dernier roman est toujours dans une veine très noire. Moe, jeune fille de 20 ans vient d'une île lointaine. Elle a commis l'erreur de suivre un beau parleur, Rodolphe, pensant trouver une vie meilleure en métropole, elle n'y a récolté que misère et mépris pour sa couleur de peau.
   
   Un mauvaise décision après l'autre, elle se retrouve jetée dehors avec un nourrisson, n'ayant aucune idée de la façon dont elle va survivre. Elle finit par tomber dans les filets des services sociaux, qui n'ont de sociaux que le nom. En réalité, c'est une vaste entreprise de mise à l'écart des pauvres, enfermés dans un endroit dont ils ne peuvent plus sortir.
   
   Ce n'est pas encore notre société, c'est juste la logique actuelle poussée à son maximum si nous continuons à ignorer ce que nous dérange trop. Le pouvoir en place a organisé l'enfermement des exclus en tout genre, les fait travailler comme des esclaves pour trois fois rien et leur fait payer en plus leur hébergement. Ledit hébergement consiste en une casse de voitures recyclée. Au lieu de détruire les véhicules, pourquoi ne pas y fourrer cette population indésirable, à charge pour elle de se débrouiller comme elle peut. C'est le lieu de tous les trafics, de toutes les violences où il faut racheter sa liberté. Vu le prix de la moindre denrée et le salaire dérisoire si l'on a la chance de travailler, la liberté n'arrive jamais.
   
   Moe se retrouve donc là, avec son enfant, complètement désemparée, incapable de comprendre où elle est arrivée et que faire pour en sortir. Elle a la chance de tomber sur un quartier de cinq femmes qui s'entraident. Ada, la vieille Afghane, Marie-Thé, Nini peau-de-chien, Poule et Jaja.
   
   Dans cette histoire, j'ai aimé la solidarité qui règne entre ces femmes, malgré l'horreur qui les entoure. Chacune raconte sa vie à tour de rôle, elles ont atterri à la Casse par des chemins très différents. L'auteure sait mener parfaitement un suspense et on a hâte d'avancer. Cette fois-ci pourtant, j'ai failli caler devant tant de malheurs accumulés et un présent aussi sordide.
   
   Moe est jeune et inexpérimentée. Elle continue à prendre des décisions désastreuses pour elle et son petit, jusqu'à un paroxysme de violence qu'elle a largement contribué à déclencher. Je l'ai déjà dit, mais cette fois-ci, je crois que je ne relirai pas l'auteure. Trop de noirceur dans ses romans. La fin surprenante de celui-ci n'a pas suffit à effacer l'impression de malaise éprouvée devant tout ce qui a précédé.

critique par Aifelle




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