Lecture / Ecriture
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L'enfant qui de Jeanne Benameur

Jeanne Benameur
  Un jour mes princes sont venus
  Les demeurées
  Laver les ombres
  Les insurrections singulières
  Profanes
  Otages intimes
  L'enfant qui
  Dès 05 ans: Prince de naissance, attentif de nature
  Les reliques
  Ados: Présents ?
  Ados: Les mains libres

Jeanne Benameur est une écrivaine française née en 1952.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

L'enfant qui - Jeanne Benameur

Un poème
Note :

   Jeanne Benameur est une écrivaine française née en 1952 en Algérie d'un père algérien et d'une mère italienne. Elle vit à La Rochelle et consacre l'essentiel de son temps à l'écriture. Elle écrit pour des âges très variés. Jeanne Benameur passe facilement de la littérature générale à la littérature pour la jeunesse. Parallèlement à son travail d'écrivain, elle anime régulièrement des ateliers d'écriture.
   
   " On ne sait jamais comment alléger la tristesse des mères qui disparaissent. La tristesse, elle, ne disparaît pas. "
   

   Le père, il n’a pas su garder la mère, une femme du voyage, elle a disparu, un jour. Elle savait parler la langue des rêves et des mythes des hommes et savait lire les histoires de la vie tracées dans les paumes des mains. Le père est devenu un homme triste, qui boit au café et qui crie. Il se demande ce qu’il va faire de l’enfant. Un enfant qui ne parle pas et ne demande jamais rien. L’enfant, il a appris dans le ventre de sa mère la violence de la vie. Il marche dans la nature avec un chien que personne d’autre que lui ne voit. L’enfant sent les odeurs de tout ce qui pousse. La grand-mère a appris à l’enfant tout ce qu’il faut savoir, à se méfier de la rivière, s’approcher d’un chien ou pas, se faire oublier des autres. La grand-mère, elle a subi des choses que même les bêtes ne font pas, elle s’est libérée la tête en chassant Dieu et menace de mettre le feu à son église s’il arrive quoi que ce soit à l’enfant.
   
   Un roman qui ne fait que 120 pages, mais comme la grâce ne dure jamais longtemps, ces quelques pages suffisent à nous faire atteindre les sommets de la poésie. L’histoire nous est révélée par petites touches, mais l’histoire n’a pas d’importance, ce qui compte ici ce sont les mots qui nous touchent au plus profond. Avec « Profanes », Jeanne Benameur avait parlé à notre âme, avec «L’enfant qui» elle récidive pour notre plus grand bonheur et nous fait toucher l’impalpable.
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critique par Y. Montmartin




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Exercice littéraire
Note :

   Ce texte tient plus de l'exercice littéraire que du roman. On dirait que l'auteure a porté tout son talent à traduire en mots la douleur. Des douleurs, plutôt.
   
   Par la voix de l'enfant, il nous dit la douleur de la perte d'une mère. Partie. Est-elle vivante ou morte ? On ne le sait. Le trou laissé par son absence est immense et douloureux et il ne sait le dire. Il ne sait comment combattre sa douleur, le manque lancinant, le torturant sentiment d'abandon et d’injustice. Il leurre son mal avec des songes, des mondes dont on ne sait plus s'ils sont réels ou imaginaires, et dans lesquels il se réfugie quand il part dans la forêt avec son chien, ami fidèle... mais qu'il est seul à voir. J. Benameur semble penser que le monde de l'enfance est celui où réel et fantasmé se mêlent. Peut-être a -t-elle raison.
   
   Par la voix du père qui ne comprend pas la perte de cette épouse précieuse qu'il aimait... mal. Qu'il pleure... mal, dans l'alcool. Et qui, tout tourné sur son chagrin, mal reconnu lui aussi, père et homme insuffisant et douloureux, n'est d'aucun secours à l'enfant.
   
   Et puis il y a la grand-mère paternelle, dont la vie a toujours été si difficile et qui contemple la
   catastrophe qui l'entoure, sans parvenir à l'améliorer beaucoup, malgré tout son amour.
   
   La prose frôle toujours la poésie. Ce n'est pas une lecture vraiment plaisante, mais on la fait d'un coup, parce qu'on est emporté par le désir de savoir, par la tension émotionnelle, et qu'on est pris par le texte en chapitres si courts qu’ils ne nous laissent pas descendre en route, et c'est tant mieux parce qu'on n'y reviendrait peut-être pas. Un texte à part dans la production de Jeanne Benameur. Si on devait le rapprocher d'un autre, ce serait sans doute « Les reliques ».
    ↓

critique par Sibylline




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Une plongée dans les cœurs
Note :

   Avec ses mots et son phrasé d'une grande poésie, Jeanne Benameur nous raconte ici l'histoire de l'enfance meurtrie et un espoir qui se dessine.
   
    Dans un texte court, écrit à la deuxième personne, l'auteur parle à trois personnages et raconte : père, enfant et grand-mère, souffrant de l'absence d'une femme, la mère et l'épouse mais surtout l'étrangère.
   
    Rempli de l'absence, du manque d'un être cher, du besoin de transmission et de la quête des racines, ce récit nous plonge dans une nostalgie proche de la souffrance.
   
    Jeanne Benameur aime à faire marcher ses héros sur des chemins difficiles, ceux que la vie offre mais aussi ceux que l'on prend par accident.
   
    Les non-dits et les silences sont puissants et permettent de s'interroger et d'approcher une certaine vérité.
   
    Le père qui a vécu l'étincelle inattendue en rencontrant cette femme étrangère au village. Depuis qu'elle est partie en lui laissant l'enfant, il boit, il crie, il souffre.
   
    L'enfant ne parle pas, ses mots sont silencieux. C'est dans le silence de l'absente qu'il retient sa mère et son besoin de liberté.
   
    La grand-mère, elle, ne prie plus, elle protège son petit-fils uniquement.
   
    A travers ces trois héros, forts de manque et tendresse contenue, l'auteur nous livre une réflexion sur l'absence et le travail de deuil. Il n'y a pas de réponse mais des questionnements profonds à travers un merveilleux troublant. Une plongée dans les cœurs.
   
    Le tutoiement utilisé par l'auteur peut dérouter, mais il permet d'expliquer aussi et de se rapprocher des personnages.
   
    Le lecteur peut être frustré par cette brève lecture mais Jeanne Benameur aime laisser les silences parler et conter à fleur de peau.

critique par Marie de La page déchirée




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