Lecture / Ecriture
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Le livre que je ne voulais pas écrire de Erwan Larher

Erwan Larher
  Autogenèse
  L'abandon du mâle en milieu hostile
  Entres toutes les femmes
  Le livre que je ne voulais pas écrire

Le livre que je ne voulais pas écrire - Erwan Larher

Passage de témoin
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
    Pour les lecteurs vigilants ayant remarqué les remerciements de l'auteur à la toute fin de « Marguerite n'aime pas ses fesses » (quoi, vous n'avez pas lu ce roman, hors de ma vue, manants!), les événements principaux de ce nouvel opus ne seront pas une surprise. (nota : je reste fidèle à l'orthographe événement)
   
   Incipit : "Tu écoutes du rock. Du rock barbelé de guitares et de colère. Depuis la préadolescence." (nota: ma came c'est le baroque sur instruments anciens mais côté lecture je sais sortir de ma zone de confort)
   Cet amour pour le rock mènera notre auteur à travailler dans ce milieu ... et à acheter un billet pour le concert des Eagles of Death Metal le 13 novembre 2015.
   
    Dans ses précédents romans Erwan Larher laissait transparaître ses coups de cœur, détestations et opinions, tout en faisant preuve d’une belle imagination. Cette fois, on attaque le vécu.
   
    Mais gare! Avant le 13 novembre, on avait un auteur talentueux et un type bien, et après, pareil. [Le seul changement notable c'est qu'il accepte (et utilise) les petits cœurs sur Facebook, quoique je doute que le stade 'petits chatons mignons' sera jamais atteint) (faut pas pousser non plus)]
   
    Ce billet fera donc preuve d'un manque d'objectivité total et vire déjà sévèrement vers le foutraque. Reprenons-nous.
    L'auteur aurait pu raconter son histoire façon victime, avec violons et pas mal de pathos. Non. Même qu'on rigole parfois. Autodérision jamais bien loin.
    Il aurait pu séparer: les méchants c'est ici, les gentils, c'est là. Toujours non. Si, il y a quand même les moments poignants avec gentils, ce sont les pompiers, ambulanciers, médecins, chirurgiens, infirmiers, kinés, etc. à qui il rend un vibrant hommage. Aux amis aussi.
   
   Ce n'est donc pas un livre dessus, mais un livre autour, à l'intérieur et à l'extérieur à la fois, une véritable œuvre littéraire. Qui ne devait pas exister; mais un couple d'amis a insisté et remporté le morceau. Ensuite, quelle forme donner? Cette gestation du livre est franchement très intéressante.
    "Pour t'extraire de toi, désorienter tes questions, leurrer tes doutes, tu as demandé à d'autres de te donner un texte. Quelques très proches et moins proches. Regards extérieurs. Points de vue autres que le tien. Beaucoup ont accepté.
    Fin juillet [2016], entravé, tu suffoques de mots internes sans colonne vertébrale, de phrases déboussolées; qui s'agglutinent littéralement sans queue ni tête. Les personnages sont là, certes, les péripéties aussi, mais l'intrigue? La progression narrative? Peut-on écrire un livre sans? Que va devenir notre héros? On sait déjà qu'il s'en sort. Est-il possible de faire tenir debout une histoire qui n'irait pas d'un point A à un point B. Parce que si celle-là a un début, elle n'a pas de fin. Alors que tout livre a une dernière page, non?
    Et puis, au mitan de l'été, elle te tombe dessus, la fin. La plus belle possible. La fin ultime."
   

    Depuis 2010, de salon en salon (off ou pas), je rencontre Erwan Larher, et dévore ses romans. Je suis une lectrice capable d'être émue, quitte à se blinder, mais qui fonctionne aussi pas mal avec sa tête. Au départ j'avais un peu peur de m'y lancer, dans ce livre; oui, je connaissais les grandes lignes de l'histoire, avec ce fil Facebook évoqué dans le récit - je me demande ce qu'est devenu le nounours, tiens- bref je craignais une curiosité malsaine et un peu de voyeurisme de ma part.
    Ouf, non, pas du tout.
   
    Ce fichu bon bouquin va plus loin et fait réfléchir (voir par exemple p 89 l'adresse à Iblis), ne contient pas un gramme de haine, sait demeurer pudique en dépit de tout (p 249, le lecteur ne saura rien, et tant mieux) et ne se lâche pas surtout grâce à un découpage dynamique, les points de vues variés, et l'écriture de l'auteur, y compris son vocabulaire étendu (j'adore, il est le premier à se moquer de son appétence pour le mot irréfragable p 248 - mais deux occurrences auparavant dans le livre)

critique par Keisha




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