Lecture / Ecriture
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Le philtre de Stendhal

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Stendhal, de son vrai nom Marie-Henri Beyle, est né le 23 janvier 1783 à Grenoble et mort le 23 mars 1842 à Paris.

Le philtre - Stendhal

Romantisme raisonné
Note :

   Je suis en train de lire les nouvelles de Stendhal et je vous parlerai d’abord de celle intitulée Le Philtre imité de l’Italien Sylvio Malaperta.
   
   Nous sommes en 182… Une nuit, à la sortie d’un café, Liévin, un jeune officier dont le régiment est en garnison à Bordeaux, voit une jeune femme s’échapper d’une maison et tomber à ses pieds. Il la relève et s’aperçoit qu’elle est en chemise. Elle lui demande de l’aide contre les hommes qui se sont introduits chez elle et elle le supplie de lui trouver une tenue décente. Le jeune homme l’amène chez lui et, respectueux, la laisse seule. Il revient le lendemain matin avec des vêtements et s’aperçoit alors que la jeune femme, Léonor, est d’une grande beauté. Il tombe amoureux d’elle ! Celle-ci lui raconte son histoire. Mariée à un mari vieux et jaloux, elle a pris pour amant un homme de condition inférieure, sans scrupules, qui l’a abandonnée en lui volant ses biens et l’a laissée aux mains de malfrats à qui elle a pu échapper.
   
   Un récit romantique
   Le récit est éminemment romantique et paraît contenir le germe de quelques romans stendhaliens : Un jeune officier, ce pourrait être Fabrice del Dongo, vient chevaleresquement en aide à une jeune femme en détresse. Comme Julien Sorel, il est pauvre et n’est pas sans faiblesses dès que l’on touche à son orgueil. Ainsi, il hésite à la secourir de peur du ridicule si ses amis le voyait avec une fille dévêtue dans la rue. Son sens de l’humanité ne prévaut que de peu ! Mais quand il entend son accent et comprend qu’elle est espagnole son imagination s’enflamme; on sait que, pour les jeunes têtes romantiques, les espagnoles sont d’un exotisme irrésistible et dotées d’un caractère passionnée. Sa seule crainte : "Mais si elle était laide !".
   
   Léonor est à la hauteur de l’imagination de l’officier, d’une grande beauté, mal mariée, victime d’un amant qui a abusé de son amour. Elle a quitté la sécurité et le confort d’un riche foyer, détruit sa réputation. Elle ne sait pas où aller mais elle aime toujours ! C’est elle aussi un héroïne romantique dont la passion fatale et le courage sont hors du commun.
   
   Une chute brutale

   A la fin, elle avoue à Lievin qu’elle ne cessera jamais d’aimer cet homme malgré son infamie. "Peut-être m’a-t-il fait prendre un philtre, me disais-je, car je ne puis le haïr". Liéven est désespéré par cet aveu. Après ce récit déjà très ramassé, tout se précipite. Le dénouement intervient brutalement, une chute qui, je ne vous le cache pas, m’a laissée perplexe. J’avoue que ce dénouement lapidaire me cause bien des surprises, pour ne pas dire une certaine déception.
   
   Je sais bien que le romantique Stendhal refusait les excès romantiques et que son style est parfaitement maîtrisé, très classique et très retenu quand ses personnages ne le sont pas. De plus, l’écrivain n’utilise jamais les ressorts tragiques de l’émotion, l’apitoiement ou les larmes et veut rester à distance. Mais pour cette nouvelle, moi, je suis restée sur ma faim.
   
   J’ai trouvé un essai d’explication dans une communication de Béatrice Didier que vous pouvez lire dans son ouvrage qui s’intitule Le statut de la nouvelle chez Stendhal (1974).
   
   J’y apprends, entre autres, que Le Philtre n’est pas imité d’un récit italien comme Stendhal l’affirme mais est l’adaptation d’un ouvrage littéraire français de Paul Scarron. Béatrice Didier y explique que dans la plupart des nouvelles de Stendhal, le lecteur a plutôt l’impression de lire un petit roman. Il n'en est pas de même pour Le Philtre et Le coffre et le revenant, l’un imité de Paul Scarron, l’autre de Prosper Mérimée où Stendhal suit un schéma narratif préétablie : "on assiste à un resserrement de l’intrigue et une rapidité du tempo qui n’appartiennent peut-être pas au registre purement stendhalien."

critique par Claudialucia




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