Lecture / Ecriture
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C’est le cœur qui lâche en dernier de Margaret Atwood

Margaret Atwood
  Faire surface
  Captive
  La femme comestible
  La servante écarlate
  L'odyssée de Pénélope
  Mort en lisière
  Le fiasco du labrador
  C’est le cœur qui lâche en dernier

Margaret Eleanor "Peggy" Atwood est une écrivaine canadienne née en 1939.
Elle a reçu le Prix Franz Kafka en 2017.

C’est le cœur qui lâche en dernier - Margaret Atwood

50 pour cent
Note :

   Rentrée littéraire 2017
   
   Il ne te restait que de vagues souvenirs de ta lecture de "La servante écarlate"… mais bien assez pour avoir envie de te pencher sur le cas de ce nouvel opus de Margaret Atwood en cette rentrée. Qu’en est-il donc ?
   
   Nous sommes aux Etats-Unis, près de Charmaine et Stan, deux jeunes adultes qui vivent dans leur voiture, et dans une société qui est entrée dans une misère noire depuis le dernier clash boursier. Alors, quand un organisme propose d’échanger sa liberté contre un travail et une maison, une vie normale… les deux jeunes gens, épuisés par leur quotidien difficile et sans avenir n’hésitent pas une seconde. Avant, ils avaient tous les deux un bon job, une maison, une situation, ils étaient même partis en voyage de noce au soleil… Leur nouveau lieu de vie se nomme Consilience, et ils reçoivent dès leur arrivée un emploi et une maison. Tout est très codifié, la décoration, l’organisation, et n’est valable qu’un mois sur deux. En effet, à la fin de chaque mois, il y a permutation, et le couple doit se rendre en prison… où ils seront séparés mais également logés, nourris et employés ! Le système a prévu que pendant leur absence, un autre couple s’installe chez eux, les affaires de chacun sont alors contenues dans des casiers colorés selon un code de couleur qui est également décliné sur leur moyen de locomotion, un scooter. Cependant, la fragile tranquillité de ce bonheur tout lisse bascule lorsque Stan découvre sous le réfrigérateur un mot de leurs alternants qui promet plus de folie que ce que leur vie de couple est devenue… Je suis affamée de toi. L’intrigue rentre à ce moment-là dans un genre qui peut rappeler la série Humans, et prend un rythme haletant.
   
   Tu as aimé lire ce captivant page turner, tout en ne lui trouvant pas une grande originalité ni beaucoup de qualités littéraires. Et puis tu n’as pas tellement compris comment un système carcéral pouvait devenir un modèle de société économique rentable. Cependant, tu ne veux pas bouder ton plaisir, car tu as réellement dévoré ce roman d’anticipation, qui mine de rien… attache véritablement son lecteur, et donne aussi à réfléchir.
    ↓

critique par Antigone




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Vie à mi-temps
Note :

   Depuis le temps que je me dis qu'il faut que je découvre les œuvres de Margaret Atwood. C'est chose faite avec C'est le cœur qui lâche en dernier. Un premier opus qui en augurera d'autres car je suis bien décidée à poursuivre!
   
   Que diriez-vous si en mal d'argent et une voiture comme abri nocturne, on vous proposait d'alterner chaque mois entre une résidence pavillonnaire et un dortoir de prison ? Que derrière cette idée saugrenue se cache une chose pas terrible ! Sauf lorsqu'on crève la dalle et qu'on rêve de paradis, on perd forcément un peu la raison. C'est le cheminement que nous propose le couple Charmaine-Stan.
   
   Bien sûr C'est le cœur qui lâche en dernier relève de la science fiction mais contrairement à Aldous Huxley et son Meilleur des Mondes, l'écriture n'est pas arrosée de termes techniques. C'est même très déconcertant de voir à quel point Margaret Atwood s'ingénie à rendre ce futur très probable. Le phrasé est libéré, il y a beaucoup de facétie de sa part, une volonté de faire réfléchir son lecteur de ne pas le laisser insensible tout en l'amusant par des situations relativement cocasses.
   
   La paire Charmaine-Stan, solide quoique un peu abîmée par des mois de galère, fait preuve de ressources insoupçonnées et sacrément de désir. Dans ce nouveau monde, il y a une forme de lâcheté dans l'abandon et aussi une décérébralisation totale des citoyens : tout part en vrille (les consciences comme les corps, appliqués à suivre les consignes et les rites, les esprits endormis par la tiédeur du tout sécuritaire). Pourtant, il n'y a aucun jugement de la part de l'auteure mais plutôt une analyse très fine de la société et des mécanismes qui conduisent des humains victimes de conditions de vie indignes à préférer l'autoritarisme... A méditer.

critique par Philisine Cave




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