Lecture / Ecriture
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Les confessions de l'Ange Noir de Frédéric Dard

Frédéric Dard
  Un tueur, Kaput
  On n'en meurt pas
  Les confessions de l'Ange Noir

Voir aussi San-Antonio

Les confessions de l'Ange Noir - Frédéric Dard

A l'ancienne !
Note :

   Si le personnage de San Antonio apparait pour la première fois dans « Réglez-lui son compte ! » en 1949 aux éditions Jacquier, c'est bien dans la collection Spécial Police qu'il prendra véritablement son envol en 1950 avec « Laissez tomber la fille » en décembre (Spécial Police N°11). Mais en 1952, Frédéric Dard invente un nouveau personnage qui devient le double maléfique du célèbre commissaire, L'Ange Noir, dont les quatre aventures seront publiées aux éditions de La Pensée Moderne créées par Jacques Grancher, avec des couvertures signées Jeff de Wulf.
   
   A noter que Jacques Grancher était le fils de l'écrivain et journaliste Marcel E. Grancher qui édita le premier roman de Frédéric Dard. Aussi on peut supposer que Frédéric Dard proposa ces quatre titres afin d'aider la jeune maison d'édition qui avait débuté sous le nom de La Pensée Nouvelle, et en remerciement au père de l'éditeur.
   
   En 1978, les éditions Fleuve Noir rééditent ces quatre romans en un seul volume sans que soient référencées les précédentes publications. Pas d'appareil critique, juste en quatrième de couverture une présentation par San-Antonio.
   
   « C'est marrant comme ils sont écumeurs, les Editeurs. Cette manie qu'ils ont, une chose qui marche, de lui racler les os, d'en sucer la moelle et de mettre à bouillir ce qui reste pour en faire du consommé.
    Note qu'ils bâtissent notre fortune en agissant ainsi, les chéris. Ils tiennent à ce qu'on ne manque de rien, nous autres z'auteurs; à ce qu'on travaille bien à l'aise dans les conforts productifs. Et ils ont raison : ça incite.
    Pour t'en venir leur nécrophagie, je vois, moi, la manière exquise dont ils déterrent de la fosse commune les cadavres de mon époque dents-longues-haleine-fraîche ! La dextérité qu'ils mettent à les ressusciter, à les toiletter, à les farder et à les lancer sur le marché.
    Va gagner ta vie, somnambule !
    Ainsi de L'Ange Noir.
    Du temps que je la pilais, histoire de me dépanner l'estom', j'avais pondu cette prose surchoix.
    Un vrai nectar !
    Du San-Antonio d'avant San-Antonio en somme.
    Tu vas voir, tout y était déjà : la trouduculence, la connerie, le m'enfoutisme, et même le reste.
    Surtout le reste!
    Sauf que l'Ange Noir n'est pas un policier héroïque mais un vilain massacreur.
    Et voilà qu'il a obtenu une remise de peine.
    Je le croyais condamné à perpète : mon œil !
    Il retourne au charbon, le doigt sua la gâchette.
    Fringué à neuf, mon tueur de charme part conquérir un public.
    Un conseil, jolie fillette. Si tu l'aperçois, change de trottoir.
    San-Antonio.
   

   Comme on peut le lire, San-Antonio alias Dard avait trouvé son double maléfique que San-Antonio présente lui-même, avec cette dérision et cet humour si caractéristiques. Se moquant gentiment des éditeurs qui ressortent des placards dans lesquels avaient été enterrés des œuvres de jeunesse. Mais au moins Dard possède l'élégance de ne pas cracher dessus, on ne renie pas un bébé, quel qu'il soit, beau ou handicapé.
   
   De l'Ange noir, on ne sait pas grand chose, que ce que le narrateur a bien voulu dévoiler de lui-même. Il a atteint la trentaine, ressemble vaguement à Tyrone Power, du moins c'est ce qu'une jeunette lui affirme et il est né à l'arrière d'un camion transportant des vélos. Sa mère n'y a pas résisté et il s'est retrouvé comme Moïse au milieu des porte-bagages. S'il y en avait. Bon, on ne va pas faire dans l'humour noir, mais je me demande s'il y a avait des Rustines. De toute façon le camionneur n'avait rien entendu à cause du boucan que faisait son vieux Mac, et que l'Ange Noir était trop petit pour intervenir en urgence.
   
   Donc on ne sait rien de la jeunesse de l'Ange Noir, ni même de son identité. D'ailleurs même le juge ne le sait pas, pourtant si vous pouviez compulser son casier judiciaire, vous sentirez votre cerveau se ratatiner et devenir à peine plus gros qu'une larme de fourmi; si vous avez encore des tifs sur le dôme - ce que je vous souhaite de tout cœur - ils se lèveront tout droit comme si on leur jouait la Bannière étoilée. Ah oui, j'ai oublié de préciser que l'Ange Noir perpètre ses méfaits et ses meurtres à Chicago et sa région.
   
   Au moment où on entame la narration de sa première aventure, l'Ange Noir est en voiture en compagnie de son ami-amante Sissy. Elle demande à ce qu'il s'arrête devant une boutique, devant récupérer un paquet. Et quand elle réintègre le véhicule elle signale à son compagnon qu'ils sont épiés. Effectivement ils sont suivis par un cabriolet et l'Ange (on joue les raccourcis) parvient à museler son suiveur. Comme il est pas loin d'une turne qu'il connait, l'Ange emmène son prisonnier et le fait parler, désireux de savoir le pourquoi du comment de la filature. Et comme il est bon prince, une fois que le mec a tout dégoisé, il lui offre des pruneaux dans l'estomac, se moquant comme de ses première couches de savoir si c'est la saison ou pas.
   
   Brèfle, le gars au ventre en passoire lui a dit, avant de clamser, qu'il travaillait pour un dénommé Little Joly. Or quand l'Ange arrive chez Joly, c'est pour se rendre compte que ce n'est pas joli-joli. Il est face à un cadavre et la Maison Poulaga est déjà sur place. Arraisonné, il est placé en prison. Mais c'est sans compter sur son esprit d'initiative, sur celui de son avocat et surtout celui de Sissy la débrouillarde. Et lors de la reconstitution du prétendu meurtre de Little Joly, il parvient à s'évader avec la complicité de Sissy. Tous deux forment un couple à la Bonny and Clyde, sauf que les poulets les poursuivent et que Sissy reçoit une Valda dans la tronche, tout en conduisant, ce qui est fortiche de sa part. L'Ange se retrouve dans la nature, quelques poulets au fesses et il se réfugie dans une bicoque qui transpire le pognon comme un glaçon sous la canicule. Heureusement il est sauvé par la jeune fille de la maison qui lui démontre immédiatement qu'il ne lui est pas indifférent et pour cela elle n'hésite pas à lui faire partager sa douche et sa couche. Suite dans le bouquin qui relate d'autres avatars tout aussi mouvementés.
   
   L'écriture est nerveuse, métaphorique et se révèle un antidote à la morosité. Et le mieux est de placer ici un exemple concret au lieu de s'épandre en long, en large et en travers, sur plusieurs pages, ce qui risquerait de provoquer un certain assoupissement du lecteur.
   
   Le contexte : L'Ange Noir et Sissy sont dans une voiture, Sissy tenant allègrement le volant :
   « L'aiguille du compteur se déplace aussi vite que celle d'un pèse-bébé sur lequel vient de grimper un éléphant. En moins de temps qu'il n'en faut pour éplucher un œuf dur, nous sommes à cent-dix. »
   

   Bon, je ne vais pas vous importuner plus longtemps, et si vous appréciez San-Antonio dans ses œuvres et ses écrits, n'hésitez pas à vous plonger dans les Confessions de l'Ange Noir, elle ne manquent ni de sel, ni de piquants, ni de justesse dans certains propos. Une récréation à ne pas dédaigner.
   
   
   Sommaire :
   
   Le boulevard des allongés (1952)
   Le ventre en l'air (1953)
   Le bouillon d'onze heures (1953)
   Un Cinzano pour l'Ange Noir (1953)

critique par Oncle Paul




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