Lecture / Ecriture
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Le jour où Otilio Mendes vit le soleil de Ronaldo Correia de Brito

Ronaldo Correia de Brito
  Le don du mensonge
  Le jour où Otilio Mendes vit le soleil

Ronaldo Correia de Brito est un médecin et écrivain brésilien né en 1950.

Le jour où Otilio Mendes vit le soleil - Ronaldo Correia de Brito

Dans le chaudron du Nordeste
Note :

   Une dizaine de textes pour communiquer les souffrances et les passions enfermées dans le chaudron du Nordeste, dans la sécheresse des sertãos grillés par le soleil. Ronaldo Correia de Brito, dont on a déjà lu l'excellent roman "Le don du mensonge", excelle ici à ciseler des nouvelles où la haine la vengeance et la trahison ne cessent d'être présentes avec une écriture resserrée et suggestive, dans un contexte quasiment intemporel.
   
   L'art de la chute est poussé à l'extrême, quand l'indication décisive tient dans les derniers mots d'une phrase. La nouvelle éponyme, “Le jour où Otacilio Mendes vit le soleil”, brille également par sa chute, mais une chute pour une fois souriante. Otacilio menace sans cesse de se suicider, enfermé dans sa chambre avec son fusil. Excédée, Dolores n'attend plus que ça. Mais aussi qu'il entr'ouvre la porte pour la poule — elle pond dans la chambre, c'est la campagne, quoi ! — mais quand le coup de feu retentit, qui donc est mort : le paysan ou la poule ?
   
   Encore plus net dans la nouvelle “Tourbillon” : Leonardo exige de sa mère, toujours plongée dans ses chapelets, ses prières et ses généalogies, qu'elle lui dise avec qui sa femme Elzira est réellement partie. À chaque interrogation, quand elle se contente de réponde "avec les gitans", il brise une touche du piano qui témoigne du passé prospère d'une aristocratie terrienne aujourd'hui déchue qui importait tout d'Europe. Le frère disparu repose-t-il vraiment dans la sépulture de marbre ? Le lecteur résoudra facilement l'énigme.
   
   Ces nouvelles reposent pour la plupart sur des relations de couple ou des situations familiales tendues. Les questions d'héritage, les mariages ratés, s'ajoutent aux difficultés économiques. Un frère fâché avec sa sœur pleine de rancœur contre lui annonce qu'il fait un saut à la ville, or la nuit suivante il cherche à s'introduire chez elle pour la tuer, sans savoir que celle-ci vient opportunément d'héberger un voyageur courageux (“Inacia Leandro”).
   
   Lua, la fille de Maria la Noire est une bâtarde, mais son père, sans autre enfant qu'elle la prend pour héritière, à la plus grande fureur de son frère Joaquim et de son neveu : "ils regardaient Lua avec haine. Ils n'avaient jamais accepté sa filiation, son lien de sang, avec leur famille. Des terres étaient en jeu, des richesses. On parlait d'or enterré dans une malle en fer sous la tête de lit du colonel moribond". Le poignard de Lua défend son héritage et plus tard elle devient une âme tourmentée. Les enfants de la région en demanderont l'histoire pour se faire peur (“Lua Cambara”).
   
   Voici enfin Delmira que le mari empêche de sortir. "Delmira s'était habituée à sa prison domestique, acceptant de priver ses filles d'école et de ne recevoir aucune visite". Elle vit par les sons de la rue. Un jour débarque le Grand Cirque Nerino et l'espoir d'aller admirer un beau spectacle. "Les feux d'artifice étouffaient la musique, et elle était sûre qu'une détonation de révolver serait une explosion parmi tant d'autres". On devine la suite. (“Mensonge d'amour”).

critique par Mapero




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