Lecture / Ecriture
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La Daronne de Hannelore Cayre

Hannelore Cayre
  Ground XO
  Commis d'office
  Comme au cinéma - Petite fable judiciaire
  La Daronne
  Toiles de maitre

Hannelore Cayre est une romancière, scénariste et réalisatrice française, née le 24 février 1963 à Neuilly-sur-Seine. Elle est également avocate à la cour d'appel de Paris en tant que pénaliste et collabore à la Revue XXI.
(Wikipédia)

La Daronne - Hannelore Cayre

Leçon de morale élastique
Note :

   Prix Le Point du polar européen 2017
   

   Je ne me rappelle plus où j’ai entendu parler de ce roman. Toujours est-il que, sans que je sache pourquoi, il a atterri dans ma boîte. Je pense que certains ont des antennes! Ceci dit, je vais retrouver tout à l’heure, quand je vais chercher des liens, où j’ai pris l’idée. Mais je ne veux pas voir avant pour ne pas m’auto-influencer dans mon billet… bref, j’ai mes routines quand je blogue, depuis le temps! Mais revenons au sujet!
   
   Patience Portefeux est quiquagénaire et elle a dû mal à joindre les deux bouts. Veuve depuis l’âge de 27 ans, elle est mère de deux filles et a vu sa mère, maintenant placée en maison de retraite pour 3000 euros par mois (au frais de sa fille) dilapider l’héritage familial à coup de virées de magasinage dans les Grands Magasins. Elle est traductrice judiciaire arabe-français et, pour l’instant, elle travaille surtout – au noir – pour la police, à traduire des écoutes téléphoniques de dealers parlant arabe. À force, elle a presque l’impression de les connaître. Puis, un jour, quand elle aura l’occasion de traverser la ligne… pourquoi pas!
   
   Au début, j’ai eu du mal. L’univers étant tellement éloigné du mien que je n’accrochais qu’à moitié. Puis, Patience se décide et nous découvrons la fameuse Daronne du titre. Nous glissons alors vers un roman noir et grinçant mais aussi jubilatoire, avec un personnage à la morale élastique et aux idées réjouissantes… dans un roman! C’est qu’elle connaît les rouages du système, la dame! Et le pire dans tout ça, c’est qu’on se surprend à prendre pour elle, limite à l’appuyer!
   
   Vous aurez donc compris que ma lecture a été un peu en dents de scie. Surtout que j’ai beaucoup aimé la fin mais que je l’ai trouvée très rapide… et que j’en aurais aimé un peu plus. L’auteur en profite aussi pour écorcher au passage le système judiciaire et ses aberrations ainsi que l’univers des maisons de retraite, sur la vieillesse. Je suis donc moins enthousiaste que les copines (oui, je viens d’aller lire les billets) mais c’est tout de même un très bon moment de lecture!
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critique par Karine




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Ça dézingue dans tous les sens
Note :

   "On dit de moi que j'ai mauvais caractère, mais j'estime cette analyse hâtive. C'est vrai que les gens m'énervent vite parce que je les trouve lents et souvent inintéressants. Lorsque par exemple ils essayent de me raconter laborieusement un truc dont en général je me fous, j'ai tendance à les regarder avec une impatience que j'ai peine à dissimuler et ça les vexe. Du coup, ils me trouvent antipathiques. Je n'ai donc pas d'amis ; seulement des connaissances".
   

   Autant le dire d'emblée, c'est un coup de cœur. Et pourtant, les thèmes traités n'ont rien de glamour, ni d'attirant : le trafic de drogue, le fonctionnement de la police, le terrorisme, le déclassement social, la grande misère des vieux dans les Ephad etc.
   
   Avec une toile de fond des plus sombres, l'auteure parvient à nous faire rire, en menant son histoire tambour battant, dans un langage très éloigné de la langue de bois et du politiquement correct.
   
   La narratrice a eu une enfance originale, entre une mère juive hantée par ce qu'elle a vécu dans sa jeunesse et un père qui fait des affaires lucratives et discrètes, vu leur caractère assez illégal. C'est pourquoi la famille vit chichement toute l'année, mais s'éclate dans le luxe pendant les vacances, loin des yeux du fisc.
   
   Un mariage heureux, deux petites filles, puis c'est la catastrophe ; la mort brutale du mari, lui-même dans des affaires qui n'assurent pas l'avenir. Il faut travailler : "Et puisque je n'avais rien d'autre à offrir au monde qu'une expertise en fraude en tout genre et un doctorat en langue arabe, je suis devenue traductrice-interprète-judiciaire".
   

   Lorsque le roman commence, la narratrice n'en peut plus de sa vie de misère, peinant à gagner trois sous, écrasée par la charge de sa mère qui lui coûte un bras depuis son AVC et à qui elle rend visite dans l'Ephad où elle est placée.
   
   C'est au cours d'une de ses visites qu'un concours de circonstances l'amènera à franchir une ligne rouge. De l'écoute des trafiquants, elle va passer à trafiquante elle-même sous le nom de "La Daronne".
   
   Racontée comme cela, c'est une histoire comme tant d'autres, mais voilà, il y a l'humour genre feu d'artifice de l'auteure. Ça dézingue dans tous les sens, elle n'y va pas par quatre chemins, les choses sont dites avec une verdeur réjouissante. On en apprend de belles sur le statut des traducteurs au sein de la police et si le trait est forcé par moment, on ne doute pas de la réalité de certaines situations.
   
   Un roman que vous ne lâcherez plus quand vous l'aurez commencé et qui vous fera passer un excellent moment.
   
   "C'est que je pourrais écrire une thèse sur les trafiquants de stupéfiants tant j'en ai écouté et tellement je les connais bien. Leur petite vie est à l'image de celle de n'importe quel cadre de la Défense : totalement dépourvue d'intérêt".
   

   L'auteure, Hannelore Cayre, est avocate pénaliste.
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critique par Aifelle




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Pas froid aux yeux !
Note :

   Ah, pour moi, elle l'a bien mérité, son Prix du Polar européen ! C'est qu’elle est excellente, cette Daronne. Solitaire comme seuls savent l'être les vrais héros, décidée, intelligente, prudente et courageuse... et pas faignante à l'ouvrage, avec ça. Elle m'a beaucoup plu.
   
   Et le cadre : loin des grands guignols invraisemblables où tout le monde tue tout le monde sans sourciller ou se venge dans la plus classique tradition western transposée 21ème siècle, on reste dans les limites de la (presque) totale vraisemblance. Ca a un petit air de quotidien moyen. On imagine très bien des quartiers où l'on verrait ces gens-là.
   
   Loin des classiques problèmes éthyliques du héros dépressif que sa femme a quitté et que sa fille inquiète, on a là une femme d'âge mûr qui n'a pas de problème particulier avec ses enfants grandis-partis et lointains, mais qui doit commencer à s'occuper de sa propre mère pour qui un EPHAD est devenu nécessaire, et qui sent dans sa chair la douleur du prix que cela coûte ! Pour un résultat qui n'en sera pas moins lamentable. La fin de vie, c'est un naufrage, pire que le radeau de la Méduse. Et encore, le personnel de l'établissement est au dessus de tout reproche. C'est loin d'être toujours le cas. Bref, si elle continue comme cela, elle va y laisser sa santé. Il lui faut absolument de l'argent, beaucoup, et elle n'en a pas. Et soudain, une opportunité incroyable se présente. C'est très risqué, mais elle n'a pas grand chose à perdre, elle va dans le mur. Faut du culot, du cran, mais en fait, elle en a toujours eu, on n'élève pas seule deux gosses, comme cela. Faut des connaissances, elle les a et même plus que son entourage ne le soupçonne, grâce à une parentèle très spéciale. La vieille expérience familiale remonte... et on y va.
   
   C'est un roman noir. On se demande jusqu'au bout comment tout cela va finir et si elle se tirera de ce champ de mines. Police, dealers, tout le monde la traque et la frôle sans se douter. Un excellent roman noir. Intelligent en plus, avec cette peinture de ce qui nous attend tous et qu'on ne regarde jamais en face. Et, ce que j'ai beaucoup apprécié, c'est qu'il nous fait réfléchir sur notre destinée, bien plus que les états d'âmes des héros dépressifs précédemment évoqués. Me suis régalée.

critique par Sibylline




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