Lecture / Ecriture
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Dans la forêt de Jean Hegland

Jean Hegland
  Dans la forêt

Dans la forêt - Jean Hegland

Post apocalyptique
Note :

   Elles sont deux, elles sont sœurs, Nell et Eva dix-sept et dix-huit ans. Elles ne sont pas tout à fait comme les autres, elles ne sont jamais allées à l’école, éduquées par un père un brin iconoclaste et une mère artiste. Elles vivent loin de tout, au bout du bout de la route dans les forêts au nord de la Californie.
   
   Pas d’école mais des livres pour l’une et la danse pour l’autre. Aujourd’hui elles sont prêtes à entrer à Harvard et à intégrer le corps de ballet de San Francisco.
   
   Oui mais voilà rêves et ambition vont en prendre un sacré coup. Autour d’elles le monde se délite : terrorisme, crise économique sans précédent, effondrement des infrastructures, des guerres lointaines mais qui ont un retentissement sur la société entière. d’abord l’électricité est coupée certains jours, puis totalement, plus de téléphone, plus d’approvisionnement, tout s’arrête...
   
   Ces changements les deux sœurs et leur père ne les voient pas arriver car la mère malade vient de mourir. Le chagrin prend le pas sur la désolation du pays. Quand le père est victime d’un accident mortel Nell et Eva vont devoir faire face seules. C’est à travers le journal de Nell que nous les découvrons.
   
   Pas d’inquiétude, je n’ai trahi aucun secret tout cela on l’apprend dans les trois premières pages.
   
   Je le dis tout net je n’aime pas les romans apocalyptiques, j’ai détesté "La Route", oui oui je sais vous avez tous et toutes adoré ce roman mais moi je n’ai pas marché. J’ai lu sans déplaisir "Vongozero" mais sans vraie passion. Alors pourquoi ici me suis-je laissée prendre ?
   
   Eh bien pour l’écriture (la traduction est parfaite) et la construction du roman. Par touches fines et retours en arrière particulièrement bien menés, on découvre la vie de cette famille, les liens qui les unissaient, la passion de Nell pour le savoir, l’éblouissement d’Eva pour la danse.
   
   Tout l’art de Jean Hegland est d’instiller doucement le doute, les petites ratées, les changements imperceptibles, bref tout ce que la famille ne voit pas et qui va modifier leur vie de façon brutale et sans retour possible.
   
   C’est magnifiquement évoqué. Une vie pleine et belle, un avenir radieux qui s'annoncent et brusquement l'obligation de vivre autrement, de compter l'une sur l'autre et sur la nature pour survivre.
   
   C’est un roman très poétique, lyrique, poignant par moment. J’ai aimé ces deux personnages, leurs rêves, leur volonté à survivre. La forêt qui les entoure est un personnage du roman et Jean Hegland en parle magnifiquement.
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critique par Dominique




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Apocalyptic nature writing
Note :

   C'est un coup de cœur !
   
   Deux sœurs adolescentes, Nell et Eva, se retrouvent seules à gérer le quotidien dans un no man's land pourtant familier : leur maison, leur antre, isolées et éloignées de toute civilisation, en pleine forêt. Les voisins les plus proches se situent à cinq kilomètres et ont disparu comme la plupart des êtres humains normalement constitués : une crise économique suivie d'un désastre écologique interdit tout moyen de subsistance lié au commerce : plus d'essence, plus d'électricité, des magasins à l'abandon, un monde dans le déclin et des âmes humaines en perdition.
   
   Remarquable récit, Dans la forêt montre une impressionnante maîtrise d'écriture de la part de Jean Hegland. Tout est décrit comme le style de nature writing l'exige : les deux héroïnes évoluent en parfaite harmonie avec leur environnement. Chacune fait preuve d'un caractère bien trempé, apprend à céder, épaule l'autre. Des moments d'accalmie sont interrompus par des arrivées tantôt fugaces tantôt traumatisantes : loin de dresser un monde idyllique, Jean Hegland y narre la survie tout simplement. Impressionnant !
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critique par Philisine Cave




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Lire et danser
Note :

   Disons le tout net j'ai eu un gros coup de cœur pour ce roman, à l'ambiance post apocalyptique.
   
   Nell est passionnée de littérature, mais elle n'a plus rien à lire dans un monde où tout ou presque manque (essence, nourriture, électricité...). Elle compense donc sa boulimie de lecture, en lisant l'encyclopédie, page par page, pendant que sa sœur Eva essaie de continuer à vivre sa passion pour la danse, même sans musique. Catastrophe écologique, problème économique, l'auteure ne s'attarde pas vraiment sur ce qu'il s'est passé. Toujours est-il qu'on est dans un monde où les humains sont privés de bien des choses. Le focus est mis sur une famille et la façon dont les deux sœurs adolescentes (17 et 18 ans) vont devoir vivre ou plutôt survivre "Dans la forêt", où elles ont toujours habité. Habituées malgré tout à avoir très peu de lien social puisqu'elles n'allaient pas à l'école même lorsque la vie était normale, ce qui ne les empêchaient pas de s'instruire et d'avoir des ambitions scolaires et professionnelles.
   
   Dès les premières pages, on se retrouve happé par ce livre, plongé dans un monde où pas une seule minute on ne s'ennuie, et qu'on quitte à regret. Des événements vont venir déstabiliser un quotidien déjà fragile, qui fait que la lecture reste passionnante jusqu'à la fin. A la fois sombre -de par cet univers apocalyptique où la population semble avoir disparu- et lumineux, en raison du portrait de ces adolescentes, au cœur d'une Terre vidée de tout.
   
   Au final, un roman singulier, porté par une superbe écriture. Une des très belles surprises de cette rentrée littéraire 2017.
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critique par Éléonore W.




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Le journal de Nell
Note :

   "Une fois que Père a arrêté d'aller travailler, nous étions si coupés de tout, même de Redwood, qu'il était parfois difficile de se rappeler qu'il se passait quelque chose d'inhabituel dans le monde, loin de notre forêt. C'était comme si notre isolement nous protégeait. En juin dernier, quand la lune a brillé toute rouge à cause des incendies d'Oakland, on aurait dit un avertissement nous enjoignant de ne pas nous éloigner de la maison, et les nouvelles que nous avions les samedis soirs ont confirmé ce message. Aussi avons-nous pris notre mal en patience en attendant l'automne. Comme Père ne manquait pas de me le rappeler chaque fois que je rêvais d'aller en ville, ici au moins nous avions un garde-manger bien rempli, un jardin et un potager, de l'eau douce, une forêt pleine de bois de chauffage et une maison. Ici au moins nous étions protégés des obsessions, de la cupidité et des microbes des autres. Ici au moins un aspect reconnaissable de nos vies interrompues demeurait - et demeure encore même aujourd'hui."
   

   C'est à travers le journal de Nell que nous entrons dans la forêt où elle vit avec sa sœur, Eva. Elles ont dix-sept et dix-huit ans et des rêves forts. Pour Nell, l'entrée à Harvard, qu'elle prépare d'arrache-pied et pour Eva, la danse et le corps de ballet de San Francisco.
   
   Elles ont grandi avec leurs parents à l'écart de tout, pas scolarisées, allant à la ville seulement lorsque c'était nécessaire. La mère est une artiste et le père un original qui a des idées bien arrêtées sur la société et la liberté.
   
   La maladie, puis la mort de la mère jettent la famille dans le désarroi et occultent un peu les changements qui s'opèrent insidieusement. Des coupures d'électricité, d'abord espacées puis de plus en plus rapprochées ; ensuite ce sera le téléphone. L'ambiance en ville devient lourde, il est question d'épidémie, de crise économique, de troubles divers, l'approvisionnement devient difficile. Nous ne saurons jamais vraiment ce qui se passe, seulement que les deux filles se retrouvent seules après un accident qui coûte la vie au père.
   
   Ce roman est sorti en 1996 et nous arrive seulement maintenant, on se demande pourquoi. C'est une histoire captivante où l'on suit jour après jour l'évolution des deux sœurs. Elles sont très soudées et ont un lien étroit, mais l'isolement, les privations et l'avenir incertain créeront des tensions inévitables. Elles vivent d'abord dans l'attente d'un retour à la normale, avant de comprendre qu'il ne se produira pas et qu'il faut s'y prendre autrement.
   
   La forêt est un personnage à part entière, c'est elle qui leur permettra de survivre, à condition qu'elles en apprennent les règles. Les retours en arrière nous permettent de saisir comment la famille vivait et les efforts que doivent faire les filles pour se débrouiller avec les moyens du bord. La relation des deux sœurs est subtilement décrite, avec ses hauts et ses bas, leur prise de conscience ne suit pas forcément la même courbe.
   
   Dans ce genre de roman, la fin est toujours délicate et je l'attendais avec curiosité. J'ai d'abord été déroutée, avant de penser que oui, c'était une belle conclusion.
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critique par Aifelle




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Autarcie
Note :

   Journal d’une jeune fille de 17 ans, Pénélope, (surnommée tantôt Nell, tantôt Pumpkin…) qui vit dans la propriété de ses parents avec sa sœur Eva (18 ans), sur une période d’un an. Les deux filles sont dans une situation critique : à 50 km de San Francisco, et 15 de Redwood, la ville la plus proche, elles vivent seules, orphelines depuis environ six mois.
   
   Les parents sont morts l’un après l’autre et, en même temps, (comme si c’en était la métaphore), la qualité de vie aux USA s’est détériorée à toute allure : coupures d’électricité, puis cessation complète de distribution, y compris d’eau, et d’essence, magasins qui se vident et ferment, gens qui abandonnent leurs maisons et s’en vont à l’aventure, parfois chassés par des bandes de pillards. Une guerre (ou plusieurs) ont mis le pays KO, on ne sait trop s’il y a encore un gouvernement et ce qu’il fait… la vie se dégrade à tel point, que les gens meurent de maladie faute de médecins et de médicaments, introuvables… Toute cette situation de science fiction reste dans le flou : guerre, épidémies, assorties de catastrophes nucléaires et naturelles localisées mais répétitives. La romancière se saisit de la dégradation de la société comme argument pour son récit, mais ne se préoccupe pas de nous expliquer le pourquoi de cette sorte de "fin du monde" : on pense au roman "la Route" de Mc Carthy ; ma lecture est lointaine, il me semble que "La Route" avait davantage de puissance, mais il faudrait que je le relise…
   
   Les deux filles sont restées chez elles, et se sont débrouillées ; car avant le désastre, la famille pratiquait déjà une quasi- autarcie : loin de tout, à la lisière d’une forêt ; leurs parents avaient développé une façon spéciale de vivre : la mère avait délaissé sa carrière à la naissance du premier enfant, le père étant seul à avoir un lien social d’ailleurs modeste. Ils n’ont pas envoyé leurs filles à l’école et les ont éduquées à la maison, les jeunes de leur âge, elles les voyaient peu, et n’en fréquentaient pas sérieusement. C’est de l’expérience de leurs parents disparus qu’elles vont tirer leurs ressources. Il y a dans ce récit un côté "parents exemplaires, filles qui marchent sur leurs traces".
   
    Apparemment cette éducation leur permet de se débrouiller plutôt mieux et différemment des autres… pour ce qu’elles en savent, et autrui quand il se manifeste représente une menace ou une option vaine (le personnage d’Eli par exemple)…
   
   La narratrice est très attachante et on s’identifie à elle ; l’intrigue progresse bien, et la façon dont les filles tirent parti des plus petites choses, et des situations critiques, avec courage et adresse, rend la lecture agréable. La puissante relation sororale ajoute à l’intensité du texte. cette relation influence la fin de cette histoire; on aura l'impression que c'est la sœur qui gagne; la sœur dont les tendances schizophrènes sont renforcées par la situation
   
   La traduction est globalement bonne, et l’original, on le sent bien, écrit avec un bon sens du suspens, des descriptions soignées, parfois inventives, bref on ne peut pas s’empêcher d’aimer ce texte, même si dans la deuxième partie, la romancière ajoute une péripétie un peu trop romanesque, inutile, et peu convaincante.
   
   La fin nous fait réfléchir : le retour à l’état sauvage étant impossible, le retour à la civilisation également, on se demande comment la situation pourrait évoluer. Je n'ai pas digéré que Nell renonce à l’encyclopédie qui la reliait au monde, c’est moche.

critique par Jehanne




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