Lecture / Ecriture
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La route sombre de Jian Ma

Jian Ma
  Nouilles chinoises
  Chemins de poussière rouge
  La route sombre
  Chienne de vie !

Ma Jian (马建) est un écrivain, poète, photographe, peintre et romancier chinois né à Qingdao en 1953.

La route sombre - Jian Ma

Très rude
Note :

   Ma Jian, né en Chine en 1953, est un écrivain, poète, photographe, peintre et romancier. Ma Jian a travaillé comme horloger puis comme peintre de la propagande. Il a également occupé un poste de photo-reporter pour un magazine d’état. A l'âge de trente ans, il quitte son travail pour voyager trois ans durant à travers la Chine. En 1987, Ma Jian quitte Pékin pour s'installer à Hong Kong, mais poursuit cependant de nombreux voyages partout dans le pays, notamment pour soutenir la cause des militants pro-démocrates de la place Tianamen en 1989.
   
   Après Hong Kong, il déménage en Allemagne, puis à Londres, où il vit désormais. Il est condamné à l'exil perpétuel depuis que ses livres ont été censurés par le gouvernement chinois.
   
   Le livre :
   "La route sombre" raconte comment la politique de l'enfant unique, mise en place à la fin des années 70 (quelque peu adoucie en 2013 seulement), a condamné des milliers pour ne pas dire des millions de familles à fuir pour échapper aux foudres du planning familial. Il s'agit bien d'un roman qui s'attache aux pas d'un couple qui attend un deuxième enfant, en toute illégalité donc, mais la fiction ne fait que refléter une réalité avérée d'une violence à peine imaginable. Avortements sauvages, viols, centres de détention et de "rééducation", corruption, bébés morts flottant sur les fleuves : le tableau est d'une horreur totale et la tentation est forte de refermer le livre avant la fin. Un cauchemar. En Chine, le ventre des femmes appartient au gouvernement et quiconque s'oppose à cet état de fait s'expose à toutes les "punitions" possibles, jusqu'à la mort.
   
   Mon avis :
   Ce roman est un témoignage accablant sur les dérives de la politique du planning familial chinois dite de "l’enfant unique" .
   Mais c’est avant tout de la place de la femme et de la petite fille dans la société chinoise et de la "violence du contrôle social" et du "contrôle par l’homme du corps de la femme" qu’il est avant tout question.
    C’est aussi un constat sans failles sur la corruption qui règne en Chine avec comme corollaire les conséquences environnementales et sanitaires sur la population.
   Ecrit dans une langue crue, c’est un livre sombre comme l’indique son titre mais un témoignage fort à lire absolument.
   
   "Quand la femelle panda attend un petit, la nation entière se réjouit. Mais quand une femme tombe enceinte, on la traite comme une criminelle. Dans quel pays sommes nous ?"
   

   Cette phrase résume à elle seule, ce terrible roman, atroce et insoutenable par instants. Ce livre raconte la condition féminine sous le joug d’une politique familiale de l’enfant unique. Les personnages évoluent en permanence dans un milieu pollué et nauséabond. Le délire de l’héroïne, à la fin du livre peut surprendre le lecteur, mais ce superbe roman reste un témoignage sur l’apocalypse humaine et environnementale en Chine dans les années 1990.
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critique par Y. Montmartin




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Totalitarisme
Note :

   Je ne sais plus du tout où j’ai entendu parler de cet auteur. Mais bon, j’ai dû en avoir vent quelque part, hein, vu que je l’avais! Bref, les mystères de ma pile à lire. Toujours aussi mystérieusement-mystérieux.
   
   J’étais donc dans un trip "Chine" parce que j’étais justement sur le fleuve Yangtze et qu’une partie du roman se déroule dans le coin. Avec le titre, je me doutais bien que ce n’était pas super joyeux mais dans ce cas-là, j’avoue que le contenu et particulièrement dérangeant. Bon, peut-être que ça m’a davantage touchée parce que j’étais dans le contexte et tout, mais sérieusement, quand vous prenez ce livre, il faut s’attendre à lire l’horreur. Sans nom. On ne tombe pas dans le gore mais c’est extrêmement dur et on ne nous épargne rien (mais alors rien).
   
   C’est donc l’histoire de Meili, une paysanne du sud de la Chine. Elle s’est mariée à Kongzi, l’instituteur du village, a une petite fille de deux ans, Nannan, et est enceinte de son deuxième enfant, en espérant que ce soit un garçon. Ils vivent dans le village des Kong, car Kongzi est le descendant direct du grand Confucius de la 76e génération et il veut une descendance mâle. Or en Chine, il y a la politique de l’enfant unique et bien vite, le Planning Familial débarque dans le village pour stériliser les femmes, les avorter ou encore leur poser un stérilet. Du coup, ils sont illégaux, vont devoir payer une amende… et décident de fuir.
   
   Tout d’abord, j’avoue que je pensais que ce roman se déroulait pendant la révolution culturelle tellement on sent l’oppression et la brutalité du gouvernement, qui semble posséder tout le pays, jusqu’à l’utérus des femmes. Puis, je me suis souvenue que la politique de l’enfant unique datait d’APRÈS la révolution culturelle. Ensuite, j’ai vu des allusions aux jeux de Pékin et au barrage des Trois Gorges pré-inondation. Alors, THE réalisation. C’est un roman contemporain, ou presque. Tout ça, ça se passe maintenant. Ok. Ca fait peur. Bien sûr, nos guides nous avaient parlé de cette politique, de leurs frustrations, et parfois de l’impression d’avoir été une génération sacrifiée, mais je n’avais pas réalisé que l’emprise du gouvernement allait jusque là. J’avais cru comprendre entre les lignes la nette différence entre les paysans et les citadins, mais à ce point? Des arrestations juste pour être dans les rues? Des avortements à 8 mois de grossesse? Où la famille doit en plus PAYER pour les services? Des amendes pour tout et pour rien? Même maintenant, ça me semble complètement fou. Sachant que l’auteur est connu pour sa vision critique pour son pays, j’ai tendance à me dire qu’il y a du vrai là-dedans.
   
   Le roman se déroule donc sur plusieurs années. Nous voyons évoluer Meili, une jeune femme intelligente qui n’a pas eu la chance d’aller à l’école. Au départ, elle vénère son mari, qu’elle trouve plus brillant qu’elle (il faut dire qu’il le lui rappelle souvent) mais qui la considère comme un instrument pour avoir un héritier mâle, ce qui l’obsède au plus haut point. Entre le gouvernement et son mari, elle ne s’appartient plus. Dans le roman, elle commence graduellement à se considérer comme une personne avec des capacités et des droits et on sent une réelle – mais graduelle – évolution.
   
   Bien entendu, on pourrait reprocher une accumulation de malheurs (rien n’est épargné à la famille… mais alors, RIEN) mais l’attitude de Meili m’a permis de ne pas être excédée par cet aspect qui m’énerve terriblement normalement. Le personnage du mari, bien que compréhensible dans le contexte, m’a insupportée à partir du début. J’ai beaucoup aimé la voix poétique et surnaturelle de l’Enfant et le regard de l’auteur sur des problématiques très actuelles en Chine, soit la politique de l’enfant unique (assouplie en 2013), sur la vie des paysans, le statut et la vie des irréguliers ainsi que sur la pollution en Chine, que je n’ai pas du tout vue lors de mon voyage.
   
   Un auteur (yep, c’est un homme) que j’ai très envie de découvrir davantage. Je lirai certainement ses autres romans.

critique par Karine




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