Lecture / Ecriture
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Nora Webster de Colm Toibin

Colm Toibin
  La bruyère incendiée
  Brooklyn
  Le bateau-phare de Blackwater
  L'épaisseur des âmes
  Désormais notre exil
  Bad Blood
  Le Maître
  Le testament de Marie
  La couleur des ombres
  Nora Webster

Colm Tóibín est un écrivain irlandais né en 1955.

Nora Webster - Colm Toibin

Chape de plomb
Note :

   Voisine d’Eilis (in Brooklyn) qui est partie faire sa vie aux USA, Nora Webster, restée à Enniscorthy, vient d’y perdre son mari à 46 ans.
   
   Sa fille aînée finit l’université, la seconde Aine finit son secondaire, et elle a deux garçons à la maison : Donal qui s’est mis à bégayer et se passionne pour la photographie et Conor qui n’a guère que 9-10 ans.
   
   Manquant d’argent, elle vend leur maison de vacances au bord de la mer, reprend un emploi de comptabilité mal payé qu’elle avait laissé plus de 20 ans auparavant pour se marier. En outre, elle laisse se développer son penchant pour la musique, prend des cours de chant avec une ancienne religieuse, fréquente un club de musique, s’offre un appareil avec une chaîne hi fi, et des disques.
   
   Nous sommes à la fin des années 60 et tout cela n’a l’air de rien, mais c’est une période importante pour Nora qui apprend à vivre sans son mari.
   
   A revivre, et à vivre mieux… !
   
   Elle expérimente toute sorte de stratégies d’évitement, et de fermeté vis à vis des gens qui l’entourent ; des fâcheux comme cette chef de bureau qui lui mène la vie dure, le principal du collège de son fils qui le rétrograde dans la classe inférieure, ces voisines qui, à force de sollicitations, et d’empathie relativement hypocrite, l’énervent, ses sœurs difficiles à vivre… elle apprend à tirer le maximum de chaque situation et de chaque personne. Les événements extérieurs font leur apparition : l’IRA, la guerre civile en Irlande, la marche sur la Lune…
   
   J'ai aimé ce portrait de femme (et celui de l’un de ses fils Donal personnage intéressant) mais l’atmosphère de cette communauté ultra catholique me pèse un peu.
    ↓

critique par Jehanne




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Lutte pourle droit d’exister
Note :

   L’Irlande de la fin des années soixante est un pays encore largement ancré dans les traditions. Celle d’une pratique religieuse assidue marquant la séparation nette entre le Nord et le Sud ; celle d’une société patriarcale dans laquelle l’homme travaille tandis que la femme tient le foyer et s’occupe des enfants engendrés en aussi grand nombre que possible. Tout ceci sous le poids du regard des voisins dans un mélange de bienveillance, de suspicion, de jalousie et de pression à la conformité sociale.
   
   Une vie dans laquelle s’était coulée pendant plusieurs décennies Nora Webster. Du moins jusqu’au décès dans d’atroces douleurs de son mari Maurice, un enseignant engagé politiquement, respecté par toute la communauté catholique locale.
   
   Avec la disparition de l’homme de sa vie, Nora se retrouve face à une multitude de défis dont le moindre n’est pas d’éduquer et de subvenir aux besoins de quatre enfants dont deux garçons encore adolescents et fortement marqués par la disparition de leur père. Privée des ressources de l’homme de la famille et dotée d’une chiche pension, Nora doit trouver des solutions. Il lui faudra d’abord vendre la maison de vacances de famille, un déchirement qui marque la rupture symbolique avec une vie d’avant qui n’est plus. Puis reprendre un travail mal payé sous les ordres d’une furie qui lui fera payer certaines petites vexations endurées du temps où Nora et elle travaillaient ensemble une vingtaine d’années plus tôt.
   
   Mais Nora est avant tout une femme de caractère, à l’indépendance farouche, refusant de se laisser broyer par un système pesant. Une personnalité qui la poussera à se syndiquer, geste inimaginable dans un monde paternaliste, comme elle la mènera à découvrir le monde de la musique classique et celui du chant qu’elle va se mettre à pratiquer. Une manière de se réconcilier avec une mère qui fut une chanteuse d’église remarquable mais avec laquelle son caractère l’amena à se fâcher pour le restant de ses jours.
   
   Chaque décision qui sort de l’ordinaire devient pour Nora une sorte d’acte politique plus ou moins conscient la faisant s’affirmer en tant qu’être humain de plein droit prête à se battre pour les siens et se donnant peu à peu le droit d’exister par elle-même et pour elle-même.
   
   A l’aide d’une langue simple et d’une histoire assez largement inspirée de sa propre histoire personnelle, Colm Toibin nous livre un roman à la fois intimiste et politique, celui d’une Irlande sur le point de se déchirer dans une terrible guerre civile dont nous voyons poindre les horribles prémices.

critique par Cetalir




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