Lecture / Ecriture
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Comme un conte de Graham Joyce

Graham Joyce
  L'enfer du rêve
  Lignes de vie
  En attendant l’orage
  Les limites de l’enchantement
  Comme un conte

Graham Joyce est un écrivain britannique de fantastique, né en 1954 et décédé en 2014.
Il a aussi publié sous le pseudonyme de William Heaney.

Comme un conte - Graham Joyce

Presque bien
Note :

   Voilà un roman qui a failli être un coup de cœur. Failli seulement…
   
   Repéré dans le catalogue Bragelonne, et auréolé de quelques prix non négligeables (Imaginales 2015, British fantasy award 2013…), le roman de Joyce avait piqué ma curiosité car le récit me rappelait évidemment la légende de Thomas le Rimeur. Ici, c’est une jeune fille qui, disparue pendant 20 ans, se présente dans sa famille un soir de Noël. On peut imaginer le choc subi par les parents et son frère aîné, d’autant que Tara, notre héroïne, est bien troublante. Son apparence physique a très peu changé et son absence repose sur une histoire à dormir debout : elle aurait été retenue dans le monde des fées durant toutes ces années !
   
   Une histoire bien originale comme je les aime qui met donc en scène une famille anéantie par le retour de Tara et qui tente de retrouver un sens à cette tragédie, chacun à sa façon, tout en livrant quelques secrets sur le monde féérique. Si le frère de Tara, buté et rancunier, Peter, refuse de croire sa sœur, au point de lui payer des consultations chez un drôle de psy, il n’en va pas de même pour Ritchie, l’ex-petit ami, looser attachant, dont les retrouvailles avec Tara sont douloureuses.
   
   C’est bien le personnage le plus sympathique de ce récit, celui qui m’aura le plus touchée en tout cas, avec, peut-être, Jack, le neveu de Tara, lancé bien malgré lui dans un quête pour racheter une mauvaise action.
   
   Ritchie apporte chaleur et humanité en opposition à Tara, lointaine, énigmatique et inaccessible. Tandem pourtant attachant et j’avoue avoir été tour à tour triste et heureuse pour ces deux-là. Le récit est plein de délicatesse et non dénué de poésie, et puis il pousse à réfléchir, encore et encore, sur le pouvoir de notre imagination, sur notre tolérance à accepter la présence du Petit Peuple à nos côtés, que cette vie soit réelle ou rêvée.
   
   Bref, tout aurait été parfait jusqu’à l’incursion de Tara chez les fées ou elfes, bien qu’ils n’aiment pas qu’on les nomme ainsi… Bon sang, mais qu’est-ce que c’est que cette communauté hippie dont les membres ont pour unique passe-temps de forniquer de toutes les manières possibles !! Au secours ! Quelque peu choquée d’abord par la vulgarité des propos qui tranche singulièrement avec le ton de l’ouvrage, je me suis surprise à rire face au ridicule achevé de certaines situations : le passage du lac vaut son pesant de cacahuètes, croyez-moi ! Adieu mystère, poésie et onirisme, Joyce choisit le trivial pour… quoi, au juste ? Démontrer que Tolkien avait tout faux ? Que les Elfes sont de parfaits païens qu’il ne fait pas bon fréquenter ? Je ne sais absolument pas quel message l’auteur a voulu faire passer, mais ce que je sais, c’est que sa vision des fées est la faute de goût qui m’a poussée à classer ce roman parmi les livres très sympas, plutôt que le chef-d’oeuvre inoubliable qu’il aurait pu être… C’est dommage mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier tout de même Comme un conte, tout en regrettant le potentiel gâché.
   
   Par curiosité, je ne renoncerai pas pour autant à lire un second roman de cette écrivain, si quelqu’un à un titre à me conseiller, je suis preneuse.
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critique par Folfaerie




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Vague gloubiboulga
Note :

    Lauréat de plusieurs prix prestigieux, construit sur une intrigue plutôt originale et alléchante, mélangeant enquête rationnelle et fantasy, Comme un conte ne manque pas d'atouts pour attirer le lecteur.
   
   C'est vrai, le début du roman est plutôt prenant, avec le retour inexpliqué d'une Tara étrangement inchangée malgré les vingt années écoulées, et manifestement amnésique ou affectée d'une forme de mythomanie particulièrement développée. Mais plus Tara évoque les véritables circonstances de sa disparition, plus le charme se brise, et c'est le cas de le dire : comment adhérer un seul instant à son histoire d'enlèvement, au milieu d'une forêt féérique, par un homme séduisant, monté sur un cheval blanc et l'emmenant dans un monde extraordinaire, peuplé d'êtres exceptionnels... dont la principale activité consiste visiblement à forniquer au vu et au su de tout le monde, dans toutes les positions possibles ? Voilà des créatures bien surprenantes. Et lorsqu'ils arrêtent de faire catleya, les voilà qui plongent tout nus dans le lac, dans un grand délire orgiaque qui se conclut en orgasme collectif. Nous sommes très, très loin d'un monde à la Tolkien ou à la George R.R. Martin...
   
    Ajoutons à cela que les personnages sont peu attachants, à commencer par Tara, dont le comportement passif et immature agace vite le lecteur. L'idée de faire intervenir un psychanalyste chargé de faire la lumière sur les élucubrations de Tara est intéressante, mais tourne à la psychologie de comptoir et à un vague gloubiboulga mêlant "Freud pour les nuls" et travaux de Bruno Bettelheim sur l'interprétation des contes de fées. Ainsi, le personnage d'Ekko, aux mœurs particulièrement libérées, évoqué par Tara devient chez le psy Echo, donc une projection évidente de l'inconscient de Tara, adolescente prude et fleur bleue. Pour la subtilité, on repassera...
   
    De plus, le mélange étonnant entre franche vulgarité (les fées ont un langage fort peu châtié, sachez-le) et scènes d'une naïveté confondante (cf. le passage où Tara, à l'aide d'une guitare, charme les souris qui ont élu domicile chez Richie, façon Joueur de flûte de Hamelin) ne prend pas vraiment, et est plus déconcertant qu'autre chose.
   
    Enfin, le style, peu travaillé, les longueurs (l'intrigue tient sur timbre-poste mais est délayée sur 250 pages) et les invraisemblances déconcertantes, comme le fait qu'aucun personnage ne songe un instant à prévenir la police du retour inexplicable de Tara vingt ans après sa disparition et son éventuel assassinat, achèvent de rendre ce livre insipide et décevant, malgré les prestigieuses récompenses qu'il a reçues.
   
    Bref, Comme un conte est un roman qui aurait pu être intéressant par sa façon de jouer sur le folklore britannique et sa trame intrigante, mais qui ne tient pas ses promesses et frustre par sa fin, complètement bâclée et prévisible de surcroît. Comme quoi, les contes de fées ne finissent pas toujours bien.

critique par Elizabeth Bennet




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