Lecture / Ecriture
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Singe savant tabassé par deux clowns de Georges-Olivier Châteaureynaud

Georges-Olivier Châteaureynaud
  Mécomptes Cruels
  Singe savant tabassé par deux clowns

Georges-Olivier Châteaureynaud est un écrivain français, né à Paris en 1947. Il a obtenu le Prix Renaudot en 1982 pour le roman "La Faculté des songes" et le Prix Goncourt de la nouvelle en 2005 pour "Singe savant tabassé par deux clowns". Il est secrétaire général du Prix Renaudot depuis 2010.

Singe savant tabassé par deux clowns - Georges-Olivier Châteaureynaud

Sur le nuage de Châteaureynaud
Note :

   Le fantastique trimbale généralement avec lui un attirail de clichés et d'angoisses dont Georges-Olivier Châteaureynaud n'a que faire. Vous entrez confiant dans ses récits, les deux pieds fermement ancrés au sol et insensiblement le terrain devient spongieux, les repères mutent, une brume opaque enveloppe les choses, et c'est trop tard, le mystérieux vous a confondu, qui ressemble tellement à la réalité et vous la fait voir mieux, sans que le sourire soit jamais loin.
   
   Châteaureynaud cite volontiers Georges Bataille : "La littérature est l’essentiel, ou n’est rien". La sienne est insolite, métaphorique, poétique et donc précieuse. Que vous puissiez ramener chez vous, à la carte, des chers disparus à peu près vivants (qui pèsent des tonnes), que l'espace public dispose d'une machine automatique à fusiller (et qui ne rend pas la monnaie) ou que le perroquet d'une gitane vous prédise le temps qu'il vous reste à vivre (juste une fourchette, rassurez-vous), qu'en feriez-vous, qu'en ferions-nous ?
   
   Boum ! une jeune fille lancée à toute vitesse sur une trottinette heurte Ringo, producteur de cinéma : sonné, le pauvre est soigné et amoureusement câliné par la jolie qui dit s'appeler Clotho. Quand elle entraîne son cavalier chez ses deux sœurs, dont l'une porte un bijou en forme de ciseaux (couper la vie), on n'en doute plus, ce sont les Moires (les Parques) et la mythologie prend corps à travers "Les sœurs Ténèbre", ma nouvelle préférée, sans doute parce que c'est la plus inquiétante.
   
   Celle qui m'a le mieux déridé est "Civils de plomb", bien qu'elle ne soit pas foncièrement drôle. C'est tout le procédé de l'auteur de nous tenir dans un no man's land où les choses ne sont plus tout à fait ce qu'elles sont, jamais vraiment drôles, ni tangiblement graves.
   
   Tant d'imagination et d'esprit [*], le conteur de Palaiseau était sur un nuage en 2005 avec ce "Singe tabassé par deux clowns" ; il l'était encore en 2013 avec "Jeune vieillard assis sur une pierre en bois" qui m'avait autant enchanté (c'est vraiment le mot). J'espère en venir à son récent roman "Aucun été n'est éternel".
   
   
   [*] Tant d'imagination et d'esprit : un manque de finesse, pourtant, dans la confection des titres... Est-ce moi ? J'ai du mal avec "L'attraction sensationnelle", "Dans la cité venteuse", "Civils de plomb", ... Est-ce le même homme qui écrit ces beaux textes et qui les dénomme aussi platement ? (Il fallait bien reprocher quelque chose à ce magnifique recueil).

critique par Christw




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