Lecture / Ecriture
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Le cœur à l’aiguille de Claire Gondor

Claire Gondor
  Le cœur à l’aiguille

Le cœur à l’aiguille - Claire Gondor

Un peu court
Note :

   En deux mots
   Leïla a un jour l’idée de coudre les lettres de son compagnon parti au loin pour en faire une robe. Une activité qui lui fait revivre tous les moments forts de sa vie. Un premier roman délicat, mais un peu court.
   
   Où?
   Le roman se déroule en France, en banlieue parisienne. On y évoque L’Afghanistan et Kaboul, Le Soudan et Khartoum ainsi qu’un lieu à la campagne.
   
   Quand?

   L’action se situe de nos jours.
   
   Ce que j’en pense

   Court roman? Longue nouvelle? Après tout qu’importe, puisque seul compte le plaisir que l’on prend à découvrir cette histoire aussi originale que prenante.
   
   Tout commence par une séance photo dans un bel endroit à la campagne. Si le photographe est satisfait de ses prises de vue, son modèle, une jeune femme en robe de mariée, a le regard un peu perdu.
   
   Mais on n’en saura pas davantage pour le moment, car Claire Gondor revient en arrière et nous entraîne alors dans le quotidien de Leïla. Au fil des pages, on comprend que cette jeune femme vit séparée de son homme. Dan est parti dans un pays chaud, laissant Leïla à une solitude bien difficile à combler. Toutefois, un peu comme au temps des croisades où les épouses comblaient l’attente du retour de leurs preux chevalier en effectuant des travaux d’aiguille, Leïla crée une robe avec son bien le plus précieux: les lettres qu’elle reçoit régulièrement de Dan et qui l’émeuvent tant. Elle ne sait trop comment est né cette idée, mais elle y voit un moyen de conjurer son sort funeste "La vie n’attendait pas que Leïla se relève. Il fallait construire à présent, et rassembler les morceaux de son existence en miettes. Les reprendre à l’aiguille, les ramasser au fil, en suivant les courbes d’un patron de robe. Suturer la douleur pour la faire taire enfin."
   

   Si on ne saura jamais vraiment quelle mission a été confiée à Dan, on va en apprendre un peu plus sur leur relation, leur rencontre, leur amour naissant et leur projet de mariage. On va aussi aussi découvrir que Leïla vient d’Afghanistan. Un pays qu’elle a fui avec sa famille et dont elle conserve la nostalgie. Des souvenirs entretenus par sa tante Fawzia, détentrice des belles histoires, des légendes et des recueils de poésie qui vont nourrir l’imaginaire de sa nièce autant que sa mélancolie.
   
   L’auteur brode son récit jusqu’à la 54e et dernière lettre, posant en quelque sorte la dernière pièce d’un puzzle qui révèle alors l’œuvre dans sa totalité. C’est finement joué, tellement même que l’on aurait aimé suivre cette belle langue encore un peu plus. Après avoir publié des recueils de nouvelles et des poèmes, c’est un peu comme si Claire Gondor n’avait pas osé franchir totalement le pas vers le "vrai" roman. Quoiqu’il en soit, on se réjouit de cette découverte et on attend le prochain roman, plus étoffé, avec impatience !
   
   Extrait
   "Elle n’avait jamais imaginé qu’un parfum pût l’émouvoir à ce point, qu’il pût l’ appeler tout entière, la mettre en mouvement, faire tressaillir son ventre. Son odeur comme un coup de sifflet la convoquant-sur-le-champ. Elle aurait pu passer des heures à le respirer ainsi, muette, le souffle court, les reins noués, jusqu’à sentir en elle quelque chose s’élargir, un instinct prendre forme, une faim brutale, carnassière, sans bride montrer soudain les crocs. Son odeur singulière, sa signature, attisait chez Leïla le sauvage." (p. 48)

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critique par Le Collectionneur de livres




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La robe de mariée
Note :

   Leila, glisse l’aiguille entre les mots d’amour. Elle surfile, elle faufile. Rien ne peut l’arrêter même cette canicule qu’elle cache derrière ses volets fermés sur son amour.
   
   Dans la boite, le paquet de lettres diminue. Elle brode sa robe de mariée de souvenirs.
   
   Chaque lettre correspondra à une partie du corps. Elle épinglera ses années de bonheur pour célébrer cet amour entre elle et Dan.
   
   Elle ne sait pas pourquoi elle s’accroche à ce travail de couture. Guérir ou souffrir ? Elle ne sait pas mais elle le doit.
   
   Petit à petit Leila dévoile son passé. La rencontre avec Dan dans une boite de nuit. Elle portait cette robe verte pour laquelle elle avait eu le coup de foudre.
   
   Dan et son regard si perçant. Dans et la fête foraine. Dan et leurs jeux d’amour. Dan et cette blessure qu’elle pique au bout de l’aiguille.
   
   Dan là bas brûlant sous le soleil.
    "La vie n’attendait pas que Leila se relève. Il fallait construire à présent, et rassembler les morceaux de son existence en miettes. Les reprendre à l’aiguille, les ramasser en fil, en suivant les courbes d’un patron de robe. Suturer la douleur pour la faire taire enfin."
   

   Comment expliquer qu’un livre et pas un autre vous lance des émotions. Impossible.
   
   J’ai aimé chaque mot de ce roman. J’ai imagine la silhouette de Leila perchée sur ses talons. L’ombre de Dan bien plus grande. J’ai suivi le travail de l’aiguille, imaginé la robe penchée, écouté le bruit du papier transpercé.
   
   Oui un véritable coup de cœur.
   
   "Lorsqu’elle relevait la tête, Leila voyait par les fenêtres grandes ouvertes les arbres malingres du square de Oiseaux-quels oiseaux, bien malin qui aurait pu le dire, elle-même n’en avait jamais vu un seul dans ce parc- et les enfants qui se brûlaient les genoux sur le métal du toboggan. Elle avait traversé l’été les ciseaux à la main, recluse dans son salon."

critique par Winnie




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