Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Album de Gudrùn Eva Minervudottir

Gudrùn Eva Minervudottir
  Pendant qu'il te regarde tu es la Vierge Marie
  Album

est une écrivaine islandaise née à Reykjavik en 1972.

Album - Gudrùn Eva Minervudottir

L'enfance d'une fillette Islandaise
Note :

   "Elle avait l'habitude de faire disparaître les cigarettes peu à peu dans sa bouche comme des sucettes. J'y goûtai, elles étaient excellentes et j'en avais mangé deux et demie quand elle se dressa au-dessus de moi, tout ensommeillée, l'air doux avec ses cheveux noirs et lisses descendant jusqu'à la taille... pour se transformer instantanément en folle à lier, les cheveux tourbillonnant autour du visage comme un nuage noir tandis qu'elle me soulevait du sol et dévalait l'escalier en chemise de nuit, à une telle vitesse que les secousses me donnaient la nausée".
   

   Des chapitres d'une ou deux pages, des histoires sérieuses, amusantes ou décalées, cet album résume l'enfance d'une fillette Islandaise. Nous la suivons de la petite enfance à l'âge adulte. Rien n'est très précis dans ses souvenirs, ce sont des images, des sensations, des fragments et c'est pourtant suffisant pour se faire une idée de son environnement. Les différents hommes qui traversent la vie de sa mère, son presque frère, les déménagements à la campagne, la vie à la ferme, une nouvelle petite sœur, tout est évoqué un peu en vrac.
   
   Elle fait des bêtises, est assez casse-cou et téméraire pour ne pas avoir l'air de se dégonfler auprès des autres. Ses réflexions sur les adultes et ce qu'ils font ne manquent pas de piquant. L'ambiance est un peu étrange, poétique, on a quelquefois de la peine pour elle, mais c'est une petite bonne femme pleine de ressources et de force qui fait face à tout ce qui se présente avec un certain aplomb.
   
   Un livre qui m'a rappelé parfois "Le livre d'un été" de Tove Jansson.
   
   "Ma mère avait un nouveau fiancé et nous nous étions tous installés chez lui : femme, filles et chien, dans une maison individuelle du quartier d'Arbaer. Il ne m'emballait pas du tout et si l'on m'interrogeait sur le nouvel ami de maman, je répondais que c'était un biznessman bedonnant. Je me vengeai d'elle en cessant totalement de prononcer le mot maman ; désormais elle s'appellerait Minerva et je manifestai mon dédain pour le concubin en affichant un visage totalement inexpressif (comme une actrice d'âge mûr dont on disait qu'elle ne souriait jamais de peur d'avoir des rides)."

   ↓

critique par Aifelle




* * *



Bref...
Note :

   "Un matin, je me réveillai avec mes premières règles dans ma culotte. Je décidai de faire comme si je n'avais rien remarqué, car il y a des limites à ce dont on peut s'accommoder à la fois, et je descendis à la cuisine d'une humeur de chien."
   

   J'avais manqué cet Album de Gudrùun Eva Minervudottir (dont j'avais beaucoup aimé le recueil de nouvelles « Quand il te regarde tu es la vierge Marie ») et j'ai sauté dessus à sa sortie en poche.
   
   Placé sous le signe de la brièveté, tant par le nombre de pages (112 ) que par les chapitres très courts, ce texte est aussi le royaume de l'ellipse. Pourtant on se retrouve très bien dans ce récit autobiographique de l'enfance de Minervudottir. L'autrice a raison de faire confiance à son lecteur, qui comble les trous et savoure d'autant plus le style imagé et plein d'énergie de ce récit hors-normes.
   
   Que la narratrice tricote "des foulards blindés, les mailles devenant sans cesse plus petites et plus serrées jusqu'à faire grincer les aiguilles et demander beaucoup d'efforts pour passer de l'une à l'autre", grimpe à cru sur un cheval (un pur joyau que ce texte) et le fasse obéir "par la pensée", elle n'est jamais dupe des pièges de la mémoire et n'embellit pas" la péquenaude" qui n'avait pas "l'usage du monde".
   
   S'opèrent ainsi de singuliers virages qui minent le récit autobiographique et l'éloigne de toute tentation de mièvrerie. J'ai adoré !
   
   Traduction de l'islandais, toujours aussi réussie de Catherine Eyjolfsson.

critique par Cathulu




* * *