Lecture / Ecriture
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La Belle de Fontenay de Jean Bernard Pouy

Jean Bernard Pouy
  La petite écuyère a cafté
  Spinoza encule Hegel
  A sec (Le retour)
  1280 âmes
  RN 86
  Cinq bières, deux rhums
  Le rouge et le vert
  Démons et vermeils
  Samedi 14
  Liliane, fais les valises
  Rémy Cooghe, combat de coqs en Flandre
  Calibre 16 mm
  Sous le vent
  Le Bar parfait
  S63
  La Belle de Fontenay
  Le Cinéma de papa

Jean-Bernard Pouy, né en 1946, est l'auteur de plus de soixante-dix romans noirs (dont onze à la Série Noire) et d'une centaine de nouvelles, directeur et créateur de collections.


* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

La Belle de Fontenay - Jean Bernard Pouy

Quelle patate !
Note :

   Jean-Bernard Pouy, né en 1946 à Paris, est un écrivain de roman noir et un directeur de collections littéraires. Il est notamment le créateur du personnage du Poulpe, aux éditions Baleine dont il est un des fondateurs. Il participe aussi à l'émission Des Papous dans la tête sur France Culture. Si son premier roman est paru en 1983, "La Belle de Fontenay" date de 1992.
   
   En 1991 (puisque la série Twin Peaks passe à la télé) en banlieue parisienne, Laura, une lycéenne de 17 ans, est trouvée morte dans la parcelle du jardin ouvrier occupée par Enric Jovilar, un vieil anarchiste retraité de la SNCF. D'abord soupçonné par la police - Laura venait souvent profiter du jardin – Enric est relâché. Il décide alors de mener sa propre enquête, en souvenir de la jeune fille mais aussi et surtout pour se retrouver lui-même, un baroud d’honneur, "la chasse à mon propre immobilisme, me remettre face aux raisons de mon malheur".
   

   L’idée originale de ce polar, c’est qu’Enric son héros narrateur, est un sourd-muet ! Une balle lui a traversé le crâne alors qu'il fuyait la guerre d'Espagne. Quant à la Belle de Fontenay, ce n’est pas Laura, mais la variété de pommes de terre qu’affectionne et cultive notre détective en herbe.
   
   Un sourd-muet qui enquête, vous devinez que ça va être coton pour lui, obligé de recourir à l’écrit, sur des bouts de papier, des nappes de restaurant etc. pour poser ses questions et obtenir des réponses. Du coup, le rythme s’en ressent, les investigations prennent leur temps mais le lecteur s’en fiche, il a bien compris que là n’est pas l’essentiel. Nous sommes dans un polar d’une autre époque, de ceux où l'atmosphère l'emporte sur l'histoire. Les jeunes générations risquent de n’en pas savourer les richesses, à savoir ces références au passé, politiques ou syndicales, les maos et les trotskystes, la mouvance soixante-huitarde, ainsi que l’esprit libertaire qui anime notre héros…
   
   Le champ d’action du "détective" va se cantonner au lycée où étudiait Laura, ses professeurs, ses élèves, la belle y piochant ses amants dans l’un et l’autre camp, et le Mickey-bar, un vieux troquet à l’ancienne (genre "c’était bien chez Laurette") où les gamins ont leurs habitudes – ce qui m’a rappelé de très bons souvenirs personnels, mais ceci est une autre histoire. J’ai dit que l’enquête prenait son temps, mais les cinquante dernières pages donnent un coup de fouet salutaire à l’intrigue.
   
   Un polar rétro mais avec toute l’affection que je puisse donner à ce qualificatif, très bien écrit avec des mots d’argot qu’on ne connait plus (camtar, chaussettes à clous…) et dont je me suis régalé et amusé. Un de ces romans que je classerais volontiers aux côtés de ceux de Léo Malet (1909-1996).
   
   "Je suis revenu dare-dare aux jardins, en me méfiant, en rasant un peu les murs, je n’avais aucune confiance en l’homme, et en l’occurrence en des membres possibles de la famille de Laura qui se seraient bien concocté une petite vengeance, un petit lynch de banlieue, vite fait, vite regretté, mais ça fait du bien. Mais tout était calme autour des potagers. La centrale électrique était toujours plus ou moins nimbée. Les trains de banlieue passaient à peu près à la même cadence. J’ai enfin semé mes patates, les recouvrant de terre avec amour. Deux jours après, j’ai été à l’enterrement de la petite qui, elle, dans les mêmes conditions, ne donnerait plus de saine récolte."

critique par Le Bouquineur




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