Lecture / Ecriture
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Petites morts à Beyrouth de Youssef S. Germanos

Youssef S. Germanos
  Petites morts à Beyrouth

Petites morts à Beyrouth - Youssef S. Germanos

Petite SF pour la plage
Note :

   Paris, 2058. Une nouvelle technologie, la rétrovision, permet désormais à certains chercheurs de visionner le passé : de l'assassinat de Kennedy à la construction des pyramides, en passant par la mort de Socrate ou celle d'Hitler, tous les événements du passé peuvent à loisir être visionnés, décortiqués, analysés.
   
   Christian K., malgré ses origines libanaises, n'a jamais connu le pays de ses parents. À 45 ans, alors qu'il vient de connaître une rupture amoureuse, il décide de quitter sa ville, Montréal, et de se rendre en Europe. Dans un train, par hasard, il tombe sur un ouvrage d'ethnologie expressionnelle, une nouvelle discipline à la mode, et se passionne aussitôt pour ce domaine d'étude, au point de se lancer, quelques mois plus tard, dans une thèse sur le sujet. Son domaine d'étude : le Liban, et plus particulièrement Beyrouth, de 1973 à 2012.
   
   Mais très vite, à mesure que les images de la capitale libanaise défilent, il oublie son projet de thèse et se concentre de plus en plus sur des scènes où apparaissent des membres de sa famille, et en particulier ses parents. Ces images prennent une saveur particulière pour Christian, lui qui n'a jamais connu son père, mort avant sa naissance.
   
   Aussi lorsque ce dernier, par-delà les années, semble établir avec son fils une curieuse correspondance privée, Christian sent ses certitudes vaciller. Comment est-ce possible ? À vouloir à tout prix trouver la réponse à cette question, Christian va se lancer dans une entreprise à la limite du voyeurisme... au risque de découvrir une vérité qu'il préférerait peut-être ignorer.
   
   Avec sa couverture rose métallisée, évoquant l'emballage d'un préservatif, et son titre suggestif, "Petites morts à Beyrouth" surprend d'entrée de jeu, d'autant que la quatrième de couverture, plutôt sobre, semble contraster avec ce côté sulfureux et tape-à-l'œil.
   
   C'est bien un ouvrage atypique que ce premier roman écrit par Youssef S. Germanos. Mêlant récit intimiste, science-fiction, enquête policière et satire de la société, croisant les époques et les intrigues, il surprend par sa complexité narrative et son réseau de personnages. Néanmoins, si l'idée d'une nouvelle technologie permettant de visionner le passé est plutôt ingénieuse et intéressante, l'exploitation qu'en fait l'auteur est un peu décevante.
   
   En effet, la narration, bien que portée par un style travaillé et original, a tendance à se perdre dans des intrigues secondaires qui sont trop superficiellement abordées pour être véritablement dignes d'intérêt : par exemple, l'enquête policière sur un terroriste ayant décidé de saboter le Centre de Rétrovision, après un début plutôt prometteur, est quasiment abandonnée, et finalement résolue en deux pages, de manière invraisemblable et peu convaincante. De même, l'intrigue amoureuse entre le héros et une jeune femme nommée Ilona est trop convenue pour apporter un véritable relief au récit.
   
   C'est finalement l'impression majeure qui se dégage de ce roman, celle d'avoir dans les mains un ouvrage inabouti. Les personnages, eux aussi, sont trop rapidement esquissés, trop simples, trop évanescents pour être entièrement convaincants : Ilona, Jawad, Darine, Thierry Moulin, Abdallah Rivenstein, tous ne font qu'apparaître épisodiquement, sans jamais vraiment prendre corps, comme s'ils n'étaient en définitive que des images sur un écran, insaisissables, fantomatiques. Même le héros, avec sa manie désagréable de nous livrer ses pensées à grands renforts de doubles guillemets, n'emporte pas entièrement l'adhésion du lecteur, tant certaines de ses motivations et de ses réflexions nous échappent.
   
   Enfin, et c'est peut-être le point le plus frustrant, l'auteur peine à véritablement donner vie à Beyrouth, cette capitale si particulière, son atmosphère à la fois festive et inquiétante, où la vie tente à chaque instant de prendre le dessus sur la mort. Elle semble malheureusement bien éteinte, cette ville où se croisent tant de personnages et d'intrigues, où naissent et meurent tant d'histoires d'amour et d'amitié.
   
   En somme, "Petites morts à Beyrouth" constitue un premier roman prometteur, mais laissant une impression d'inachevé. En étoffant un peu son intrigue et ses personnages, et en approfondissant son sujet principal, l'auteur aurait pu donner corps à un ouvrage qui ne manque pas de qualités par ailleurs.

critique par Elizabeth Bennet




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