Lecture / Ecriture
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Deux hommes de bien de Arturo Perez-Reverte

Arturo Perez-Reverte
  Le cimetière des bateaux sans nom
  Le Tableau du Maître flamand
  Club Dumas
  Le Peintre de batailles
  Le soleil de Bréda - Capitaine Alatriste - 3
  Le maître d'escrime
  Corsaires du Levant - Le capitaine Alatriste - 6
  Cadix, ou la diagonale du fou
  Le pont des assassins - capitaine Alatriste - 7
  Deux hommes de bien
  La patience du franc-tireur

Ecrivain espagnol né en 1951.
Il fut reporter de guerre pour la presse puis pour la télévision espagnole.
Il se consacre aujourd'hui exclusivement à la littérature.
Il a commencé sa carrière de romancier en 1986.
Il est membre de l'Académie royale espagnole depuis 2003.

Deux hommes de bien - Arturo Perez-Reverte

Siècle des Lumières, mais pas partout
Note :

   Arturo Pérez Reverte est né à Carthagène, Espagne, en 1951. Il a été reporter de guerre pendant plus de vingt ans. Avec quinze millions de livres vendus dans le monde entier et traduits dans quarante langues, plusieurs de ses romans adaptés au cinéma et à la télévision, il est l’auteur espagnol le plus lu. Aujourd’hui il partage sa vie entre la littérature et la navigation. Il est membre de l’Académie royale d’Espagne.
   
   " Une bibliothèque est une compagnie, un remède et une consolation. Une bibliothèque est un endroit où l'on trouve ce qu'il nous faut au moment opportun."
   
   Dès la première page, le narrateur prend à témoin le lecteur, ce qui parait normal puisque c'est d'un duel qu'il s'agit. Mais il souhaite d'abord nous conter l'origine de ce différend. Nous voilà donc partis en voiture à cheval, en cette fin de XVIIIème siècle, sur les mauvais chemins, souvent impraticables, entre Madrid et Paris, à la suite d'un bibliothécaire et d'un retraité de la marine tous deux membres de l'honorable Académie Royale espagnole. Leurs pairs les ont chargé de rapporter en Espagne une édition originale en 28 volumes de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Les académiciens souhaitent ainsi faire sortir l'Espagne de l'obscurantisme et de l'apathie où se complaisent l'Eglise et la royauté et ouvrir en grand les portes de l'avenir et de la raison à travers les penseurs, les philosophes et les scientifiques
   
   Le narrateur, écrivain sans doute, par ses recherches dans des documents, plans, archives cartes et livres de voyage, et en se rendant lui-même à Paris sur les lieux fréquentés par les deux académiciens, nous fait revivre ce périple semé d'embûches, d'incidents, d'attaques de gibiers de potence, d'autant plus qu'un certain Raposo, ancien soldat, qui survit d'expédients a été soudoyé pour empêcher ces "deux hommes de bien" de réussir leur mission.
   
   Malgré quelques longueurs et des propos parfois très érudits, laissez-vous embarquer dans cette aventure mélange de réalités historiques et de fiction, c'est une véritable épopée dans laquelle nous entraîne l'auteur. L'écriture précise et imagée nous décrit les visages et les lieux comme dans un tableau d'un peintre espagnol. Tout au long de leur long voyage les deux hommes devisent sur la religion "la plus grande tromperie qu'ait inventée l'homme", sur l'amour des beaux livres, sur les femmes et le libertinage. Des portraits savoureux dont celui de l'abbé Bringas, sorte de Mélenchon du XVIIIème siècle, poète révolutionnaire, qui en dépit de son titre n'est pas exactement un homme pieux, et qui sera le guide pittoresque de nos deux académiciens dans les salons parisiens hauts lieux de la mode et de l'élégance où l'on vient pour admirer et être admiré alors que dans les quartiers populaires on se prostitue pour une miche de pain.
   
    Un roman hommage à cet ouvrage majeur du XVIIIe siècle, première Encyclopédie française, synthèse des connaissances, symbole du siècle des lumières, et véritable arme politique dans un Paris pré-révolutionnaire.
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critique par Y. Montmartin




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Des Lumières pour l'Espagne
Note :

   L'Europe des Lumières s'arrêtait aux Pyrénées. Enfin presque puisqu'à Madrid, l'Académie royale — dont fait aujourd'hui partie l'auteur — avait décidé, avec l'accord du roi, d'acquérir l'édition princeps de l'Encyclopédie de d'Alembert et Diderot. Vingt-huit volumes qui, juste après 1780 quand se situe l'action, étaient devenus quasiment introuvables, et trahis par des rééditions approximatives.
   
   La fin de l'histoire est connue dès le premier chapitre puisque c'est en remarquant ces volumes à la bibliothèque de ladite académie que Pérez-Reverte nous avoue avoir eu l'idée de ce roman. Tout l'intérêt du roman sera donc contenu dans cette question : comment les deux académiciens — "deux hommes de bien" — missionnés pour se rendre à Paris afin de se procurer l'Encyclopédie sont-ils parvenus à leurs fins et donc, car c'est un vrai roman d'aventures, comment ont-ils pu triompher des embûches que des collègues hostiles leur réservaient ?
   
   La construction de "Deux hommes de bien" n'a rien simpliste et c'est heureux. Au récit principal s'entremêle une sorte de “making off”où un narrateur qui semble bien être l'auteur nous éclaire sur son travail de documentation, sur les rencontres qui, à Madrid et à Paris, lui ont permis d'affiner sa connaissance des hommes des Lumières, sur ses déplacements mêmes sur les lieux des épisodes. Cette manière de procéder est finalement très judicieuse : l'auteur en se faisant narrateur par instants, montrant parfois ses hésitations, rompt avec le déroulement couru d'avance d'une histoire déjà écrite.
   
   Si l'on ne compte pas l'auteur, — encore que cet auteur s'attribue des ouvrages dont les titres ne sont pas ceux de la bibliographie de Pérez-Reverte ! — l'Amiral et le bibliothécaire sont les deux grandes figures du roman, lointaines réincarnations de don Quichotte et Sancho Pansa. Don Hermógenes Molina, le bibliothécaire, est un bonhomme tranquille, un catholique auquel les idées du Siècle donnent quelques frissons et courroux, et qui s'alarme très vite de la tournure d'une conversation un tantinet libertine. Grand et mince, don Pedro Zárate y Queralt, ancien officier de marine d'où son surnom, toujours prêt pour raconter des souvenirs de bataille navale, et justement auteur d'un dictionnaire de marine qui lui permit d'entrer dans l'auguste assemblée, s'affiche clairement comme athée, soucieux de mieux connaître les écrits des Lumières.
   
   Autour d'eux, parmi les nombreux personnages traités avec précision par le romancier, l'abbé Bringas est particulièrement important. C'est lui qui accompagne dans Paris nos deux voyageurs depuis qu'ils l'ont connu à l'ambassade d'Espagne venus saluer l'ambassadeur d'Aranda, libéral et franc-maçon. Bringas leur sert de guide dans la ville où il connaît tous les libraires ; il leur ouvre aussi les portes d'un salon, celui de l'accueillante Margot Dancenis, experte en mondanités et qui fera lire "Thérèse philosophe" à l'Amiral, après un duel mémorable avec son amant Coëtlogon. Bringas, cet abbé sans dieu, exilé d'Espagne, constitue une remarquable figure du Paris pré-révolutionnaire, (comme on en côtoie dans les ouvrages de Robert Darnton tel celui sur l'art de la calomnie). Il y a en lui quelque chose des différents journalistes et agitateurs des années 1780, ainsi connaît-il Marat qu'il fait venir comme médecin quand le bibliothécaire est souffrant. Ce Bringas, redoutable pique-assiette, choque souvent nos deux compères, surtout le bibliothécaire pour ses propos osés ou grossiers, et même l'Amiral quand il évoque l'urgence de l'échafaud pour éliminer l'aristocratie tant à Paris qu'à Madrid et faire triompher l'ère de l'Égalité.
   
   Mais il y a aussi les mauvais génies. Deux académiciens hostiles au projet pour des raisons différentes, Manuel Higueruela et Sanchez Terrón, financent un ancien dragon sans scrupules, Pascual Raposo, pour contrecarrer la tentative officielle. Pour Raposo, tous les coups bas sont permis. Le suspense est donc au rendez-vous. Cette plongée dans le bouillonnant Paris pré-révolutionnaire, en contraste avec Madrid où rôde encore l'Inquisition, est sans doute l'un des meilleurs écrits de Pérez-Reverte !
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critique par Mapero




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Le bibliothécaire et l'amiral
Note :

   Années 1780 peu avant le début de la Révolution française ; deux membres de l’Académie royale espagnole sont envoyés à Paris pour acheter et ramener les 28 volumes de l’Encyclopédie des Arts Sciences et Lettres, la première édition la seule vraiment complète. Il s’agit de Don Hermogenes et don Pedro ; l’un est le bibliothécaire de l’Académie, l’autre un ancien amiral de l’Armée, ayant participé à la bataille de Toulon, et depuis composé un dictionnaire de la marine. Tous deux sont sexagénaires, érudits, convaincus du bien fondé de la philosophie des Lumières . Ils ont, sans le savoir, des ennemis : deux autres académiciens embauchent un mercenaire pour leur mettre des bâtons dans les roues…
   
   Le récit commence par un duel qui intrigue le lecteur. Qu’à- t-il pu arriver pour qu’un de ces messieurs (des intellectuels, tout de même !) soit amené à se battre en duel ?
   
   Le récit est fort bien documenté, et l’auteur nous fait participer à ses recherches et à la mise en scène de son roman, sans que pour autant nous cessions de croire à la fiction qu’il créé à partir de faits réels. Les personnages secondaires sont très bien, notamment l’abbé Bringas, fort singulier personnage qui va guider les deux voyageurs dans un Paris prérévolutionnaire.
   
   Ce roman fait penser à Club Dumas (lu il y a longtemps…) mais dans ce récit des années 90, c’est un traité de démonologie que l’on cherchait…
   
   Une de mes lectures préférées de l'année dernière.

critique par Jehanne




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