Lecture / Ecriture
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Watership Down de Richard Adams

Richard Adams
  Watership Down

Watership Down - Richard Adams

Une histoire de lapins, mais pas que
Note :

   Si on m'avait dit qu'à mon âge (respectable), j'allais me retrouver à lire les aventures d'une bande de lapins de garenne, sans que mon intérêt faiblisse (et je parle d’intérêt, pas d'amusement), et ce, pendant plus de 500 pages, très sincèrement, je ne l'aurais jamais cru. Déjà, c'était avec de lourdes hésitations que j'avais pris ce volume, sur l'insistance répétée d'une bibliothécaire et les critiques élogieuses que j'avais pu lire. Le genre de lecture où l'on s'aventure finalement en se promettant de ne pas insister si on n'est pas rapidement convaincu.
   
   Mais rapidement convaincue, je l'ai été. Oubliez toutes les histoires de gentils animaux qu'on peut se laisser aller à lire parfois en se sentant un peu nunuche (à juste titre, d'ailleurs) mais après tout, on n'en meurt pas. Oubliez. Parce qu'immédiatement, on est hors de toute ambiance bêt-ifiante. Ce peuple de lapins est un vrai peuple, menacé d'extermination, et où certains, se sauvant, auront à expérimenter ou rencontrer plusieurs formes de gouvernements, en peser en leur chair les avantages et les inconvénients, et faire leurs choix. Cela est un peu du même genre que les aventures de Bilbo le Hobbit. Quand vous le lisez, vous ne pensez plus que ce sont les aventures de sorciers et de lutins. Ce que vous découvrez, ce sont des mondes, des problématiques, des situations à expérimenter, des personnages attachants, parce qu'on reconnaît en eux une part de nous que nous aimons, d'autres effrayants, car ils incarnent des choses qui nous font peur, d'autres encore qui nous évoquent des êtres que nous connaissons. Des courages, des lâchetés, des aventures, des choix, des idéaux, bafoués ou au contraire victorieux. Ces êtres, traversent des moments difficiles, expérimentent des solutions, et nous les font tester avec eux, eh oui, ce sont des lapins, des lutins, des animaux de ferme, mais non, c'est nous, on n'en doute pas une minute. Comme les hommes, ils puisent même dans la mythologie pour comprendre ce qui leur arrive se donner du courage et guider leurs pas.
   
   J'ai évoqué les animaux de ferme parce que j'ai également songé à "La ferme des animaux" d'Orwell. "Watership down" est bien moins politique ou historique, mais il est néanmoins social. C'est de société(s) qu'il parle, et de modes de vie, de gouvernements autoritaires ou non, de dictatures, de démocraties, d'autogestion... des modes de vie en notre monde.
   
   Ce livre, qui captivera les adultes, pourrait tout aussi bien être donné à des enfants (dès qu'ils sont de très bons lecteurs, parce que 5OO pages quand même) et il les captivera tout autant, car il est de ces chef-d'œuvres qui parlent à tous. Chacun trouve à y puiser à son niveau. Alors, au moins, essayez, lisez-le. Ne lui posez pas un lapin. Vous en sortirez enrichi.
   
   "Les lapins, dit-on, ressemblent aux humains par bien des aspects. Ils savent surmonter les catastrophes et se laisser porter par le temps, renoncer à ce qu'ils ont perdu et oublier les peurs d'hier. Il y a dans leur caractère quelque chose qui ne s'apparente pas exactement à de l'insensibilité ou de l'indifférence, mais plutôt un heureux manque d'imagination mêlé à l'intuition qu'il faut vivre dans l'instant."

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critique par Sibylline




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Un incroyable succès
Note :

    Il était une fois, dans une ville lointaine, soumise à la chaleur et la poussière (et plus vraiment au sultan local) une fantastique bibliothèque de dizaines de milliers de volumes dont l'existence promise détermina mon acceptation de vivre dans ladite ville (chaleur et poussière eurent plus tard raison de ma ténacité, mais c'est une autre histoire). Et dans cette bibliothèque, je découvris Les garennes de Watership Down, que près de vingt ans plus tard je me languissais de relire un jour (quitte à tenter la VO) tellement le souvenir en était éblouissant.
   
    Jusqu'au jour où Monsieur Toussaint Louverture décida d'en proposer une nouvelle traduction/parution. Mon cœur fit un bond, 'il me le fallait!'
   
    Petit stress quand même : allais-je autant aimer qu'à l'époque? Pffff! Vaine crainte, j'ai adoré.
   
   Hazel et Fyveer sont de jeunes lapins de garenne, trop jeunes pour être bien pris au sérieux quand Fyveer pressent une catastrophe. (En fait, le coin va devenir un lotissement). Cependant quelques uns se joignent à eux dans une odyssée parsemée de grands dangers, car renards et autres vilous rodent... Traverser une rivière et parcourir quelques kilomètres se révèlent toute une aventure, au cours de laquelle Hazel montrera la carrure d'un chef, apprenant aussi à écouter les intuitions de Fyveer, qui leur promet LE coin idéal, à savoir Watership Down. Et même arrivés là après moult péripéties, il leur faudra bien se procurer des hases pour la pérennité de leur petite tribu.
   
   Mais franchement, pourquoi un roman avec de simples lapins comme héros peut-il tenir sous le charme des millions de lecteurs?
   
    D'abord comme le dit l'auteur, il y a une bonne histoire. Avec du suspense, des petits héros sympathiques bien campés. Les détails sur la vie des lapins sont précis et basés sur la réalité, tout est vu au niveau de la garenne, mais le lecteur peut deviner de quoi il s'agit quand les humains interviennent. Les lapins parlent, mais des termes particuliers (et compréhensibles) ne font pas oublier qu'ils demeurent des lapins. Les péripéties de l'histoire sont coupées de légendes lapinesques passionnantes. Et puis la nature est parfaitement décrite (non, pas trop longuement).
   
   Oui, mais, quand même, un livre pour enfants, non?
    Laissons la parole à l'auteur: "J'ai toujours dit que Watership down n'était pas un livre pour enfants. J'ai dit : c'est un livre, et quiconque veut le lire, peut le lire."
   

    L'auteur, partant d'une histoire racontée à ses filles, s'est lancé dans l'écriture plutôt tardivement, il vit encore dans le Hampshire (96 ans!). Ce roman a connu un incroyable succès, de multiples interprétations lui sont tombées dessus, pourtant Adams dit "C'est seulement censé être une histoire, et c'est tout ce que c'est. Une histoire, une sacrée bonne histoire même, mais ça reste une histoire. Elle n'est pas destinée à être une parabole. c'est important je pense. Sa puissance et sa force viennent du fait que je la racontais dans la voiture."

critique par Keisha




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