Lecture / Ecriture
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La téméraire de Marine Westphal

Marine Westphal
  La téméraire

La téméraire - Marine Westphal

Une fin
Note :

   En deux mots
    Sali et Bartoloméo vivaient heureux jusqu’au jour où un AVC prive l’épouse de son mari et les deux enfants de leur père. On découvre alors qu’"il est une chose plus pénible encore que d’apprendre la mort d’un être aimé, c’est de l’attendre".
   
   Où?
    Le roman se déroule à Cheval entre l’Espagne et la France, à Bielsa en Catalogne, à Vielle-Aure et Saint-Lary dans les Hautes-Pyrénées ainsi qu’à Toulouse.
   
   Quand?
    L’action se situe de nos jours.
   
   Ce qu’en dit l’éditeur:
    "Pour le rendez-vous elle avait colorié sa bouche de coquelicot en tube, poudré ses pommettes, la totale. Elle apprendra que son rouge avait bavé sur ses incisives, ravageant son sourire un brin carnassier. Bartolomeo avait trouvé Sali jolie quoiqu’un peu ridicule, elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse."
   Sali, Bartolomeo. Un amour qui dure depuis trente ans. Mais un grain de sable enraye tout : sur les sentiers des Pyrénées, Bartolomeo est victime d’un AVC. Comment l’accompagner ? Comment croire à l’avenir ? Contre l’accident fatal, il reste un seul ressort : la volonté d’une femme, qui décide de réenchanter les derniers instants de son mari.
    La téméraire est un texte bouleversant qui embrasse la maladie dans une danse grave et généreuse."
   

   Ce que j’en pense
    Une image, un diagnostic ainsi qu’une question vont sans doute hanter le lecteur au moment de refermer ce livre poignant. Il y a d’abord ce décor, un lit médicalisé installé dans la pièce à vivre – la si mal nommée – d’un petit pavillon. Un homme immobile l’occupe, surveillé par une femme qui n’a plus d’âge.
    Le diagnostic est sans appel, il tient en trois lettres : AVC. "Que s’était-il passé ? Une grenade avait pété dans la tête de Lo Meo. À qui la faute, voilà le plus dur. Ils avaient dit qu’à ce stade même une rognure d’ongle aurait suffi, ses vaisseaux étaient devenus si petits, un rien pouvait faire barrage. Faire barrage. Couper la circulation. Route barrée, vies au caniveau. Un accident vasculaire cérébral comme un embouteillage en pleine campagne, l’horizon mangé par le dos rond des bagnoles."
   Pour l’épouse et pour ses enfants commence alors l’une des pires épreuves d’une vie, résumée dans cette phrase cinglante "il est une chose plus pénible encore que d’apprendre la mort d’un être aimé, c’est de l’attendre".
   Avec Sali, qui a choisi de veiller son mari jusqu’à l’épuisement, on se demande alors comment on réagirait dans une telle situation, tout en espérant ne jamais avoir à être confronté à ce drame. "Elle commença à violenter ses méninges à la recherche de son rôle dans l’histoire, la fin de leur histoire ; sa place n’était pas à côté, les bras chancelants et le cerveau pilonné, elle était avec."
   
   Pour un premier roman, Marine Westphal fait preuve d’une belle maîtrise dans la construction de cette histoire et surtout d’une écriture sèche, sans fioritures, sans pathos. De la sensibilité sans sensiblerie en quelque sorte. Mais un sens de la formule choc, d’où cette incroyable force qui se dégage de ce court roman que l’on prend comme un coup de poing et qui fait mal, nous laisse exsangues.
   
    Mais Sali ne jette pas l’éponge et décide de remonter sur le ring, "car elle avait un but, un incroyable objectif qui mobilisait toutes ses pensées et ses forces ; ne pas le laisser crever là, lui qui aimait tant l’impolitesse du vent et les grands espaces." Même si elle doit faire fi des conventions, se heurter à ses enfants qui ne comprennent pas cette initiative, elle avait encore le droit d’essayer de faire ça pour lui : sauver sa mort, puisqu’elle ne pouvait sauver sa vie."
   
   Après trente-six ans de vie commune et d’un bel amour qui ne peut s’éteindre sans un dernier geste, nous voilà entraînés dans un ultime voyage, une dernière randonnée… inoubliable.
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critique par Le Collectionneur de livres




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AVC
Note :

   Dès les premiers mots, je savais que ce roman percutant avait gagné son pari.
   Dans un pavillon qui ressemble à un cube, une pièce apparemment en désordre. Une femme avachie dans un fauteuil et le lit qui trône au milieu de la pièce de séjour. Dans le lit, le corps d’un homme victime d’un AVC.
   « avant c’était la pièce à vivre »
   
   Lo Meo et Sali sont mariés depuis plus de trente ans. Le couple qu’ils forment a donné naissance à une fille et un garçon.
   Lo Meo aime la nature. Son métier est de préserver cette nature intacte. Il maintient les sentiers en état et surveille les randonneurs. C’est en octobre que c’est arrivé. Il discutait sur les hauteurs du lac l’Oredon . Il discute avec un collègue de leur travail et en une fraction de seconde c’est la chute dans un autre monde.
   Il va rester quelques mois à l’hôpital mais il vit sans les machines donc il peut retourner à la maison.
   Aidée de deux infirmières, Sali veille sur lui. Espérant jour après jour, nuit après nuit, un signe, un geste infime d’un doigt, un clignement de paupière qui lui ramène son Bartoloméo tel qu’il était avant.
   Leurs enfants sont complètement perdus face à ce père. Maia se noie dans l’alcool et danse avec des corps inconnus. Gabin est figé dans sa peine.
   Sali contemple son mari et peu à peu une idée germe en elle. S’il doit mourir, ce sera dans un endroit qu’il aurait aimé. Elle reprend des forces pour accomplir son magnifique geste d’amour.
   
   Marine Westphal est infirmière et nous raconte non pas de manière chirurgicale mais poétique ce bouleversement du corps lors d’un AVC.
   « C’est une poussière qui se perd dans l’espace et vient percuter le destin, comme une aiguille un ballon d’anniversaire. Poc »
   

   Comment vit-on l’état végétatif de l’homme qu’on aime ? Sali ne peut le supporter mais son amour est si grand qu’elle va accomplir ce que certains se refuseraient.
   
   Un premier roman écrit avec des mots dans toute leur simplicité et qui nous entraine dans une danse d’émotions. Marine Westphal nous met face à face avec la maladie, en tout humanisme.
   Premier roman qu’il ne faut pas manquer de lire.
   On le referme avec un uppercut au cœur.

critique par Winnie




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