Lecture / Ecriture
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Défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message

Vincent Message
  Les veilleurs
  Défaite des maîtres et possesseurs

Né en 1983, Vincent Message enseigne la littérature à l'université Paris 8 Saint-Denis. Paru au Seuil en 2009, son premier roman Les Veilleurs a été récompensé par le prix Laurent Bonelli Virgin-Lire et le prix de la Vocation.
(Source éditeur)

Défaite des maîtres et possesseurs - Vincent Message

La grosse claque !
Note :

    On ne peut guère accuser Vincent Message d'inonder le marché de ses romans: le précédent, "Les veilleurs", date de 2009. Ce nouveau est moins épais mais tout aussi déstabilisant et original. Je dirais même, 'la grosse claque!'.
   
    J'ai eu la chance de ne rien en savoir avant d'y plonger, mais juste écrire 'Foncez' ne serait pas sérieux, alors voilà.
   
   Où? Sur Terre. Une Terre ayant déjà pas mal souffert de désastres écologiques dus aux hommes.
   
    Quand? A une époque indéterminée, un bout de temps après l'arrivée sur Terre de voyageurs nomades, qui finalement dirigent tout, ont reproduit nos façons de fonctionner, avec privilégiés, pauvres, etc., y compris à l'égard des animaux, ceux qui travaillent pour nous, ceux qu'on mange, et ceux qui tiennent compagnie. Et les hommes? Traités comme nous, humains, traitons actuellement les animaux. Oui, les trois catégories précédentes...
   
    Avant de filer en pensant 'ouh là, anticipation/imaginaire, pas mon truc' ou 'défense des animaux, ça va comme ça' ou 'écologie, ouais', sachez qu'on tient là un drôlement bon bouquin. Et plus subtil qu'on ne pourrait croire. Rien que le choix du décalage homme/animal en étranger de l'espace/homme est fort intelligent, et rien de tel que la visite d'une exploitation agricole et d'élevages d'humains pour vous plonger dans le malaise. On a beau aimer les vaches et les moutons, quand c'est transposé avec des hommes, là ça flingue!
   
    L'évolution de Malo, son désir de sauver Iris donnent la touche romanesque sans laquelle un tel roman serait juste démonstratif. Il m'a fallu quelques chapitres pour comprendre où j'avais mis les pieds, et je ne l'ai plus lâché! Et puis, c'est fichtrement bien écrit, en plus. Bref, à découvrir absolument!
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critique par Keisha




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Animal, on est mal
Note :

   "Je m'étonne de choses banales, mais c'est pour expliquer de quelle manière je me suis retrouvé embarqué. A certaines heures de ma jeunesse, j'ai cru, glorieusement, naïvement (je ne sais plus trop ce que j'avais bu), avoir l'énergie qu'il fallait pour changer le système, et le système en un tournemain m'a porté là où il voulait, pour me faire faire ce qu'il voulait".
   

   J'étais prévenue que c'était un roman qui cognait fort. Heureusement j'avais oublié les billets de blogs lus ça et là et je l'ai ouvert sans trop savoir où j'allais.
   
   Un zeste de science-fiction, une pincée de dystopie, une inspiration puisée dans les contes philosophiques du XVIIIe et surtout une narration impeccable font que l'on avance les yeux de plus en plus écarquillés et croyez-moi on avale de travers plus d'une fois.
   
   Au début, Malo Claeys, le narrateur rentre dans son appartement et se rend compte qu'Iris, sa compagne, n'est pas là. Inquiet, il apprend plus tard qu'elle a été victime d'un accident et a été transportée à l'hôpital, où il va la rejoindre.
   
   Voilà, un fil est tiré et nous allons de surprise en surprise. Il s'avère qu'Iris est une clandestine et si Malo ne fournit pas ses papiers, elle ne sera pas soignée. Ce monde ressemble beaucoup à notre présent, avec des différences notables, le curseur est poussé juste un peu plus loin dans certains domaines.
   
   Je ne veux pas trop en dire et vous laisser le plaisir de la découverte. Nous nous rendons compte rapidement que Malo et Iris ne sont pas de la même espèce. Les hommes ne sont plus dominants sur la terre et les nouveaux maîtres les traitent comme eux-mêmes traitaient les animaux.
   
   Ce décalage de place est impitoyable pour disséquer toutes nos erreurs et nous mettre le nez dans ce que nous ne voulons pas voir habituellement. La pollution a gagné du terrain, il n'y a plus d'oiseaux, les relations entre les êtres sont codifiées à l'extrême et malheur aux transgresseurs. Mais ce qui sidère avant tout, c'est le traitement réservé aux hommes et comment l'auteur fait exploser nos hypocrisies et notre aveuglement. S'il a voulu défendre la cause animale, c'est plus efficace à mes yeux que toutes les vidéos trash balancées sur internet.
   
   Mais c'est aussi un grand roman d'amour, avec un suspense. Malo arrivera-t-il à sauver Iris ?
   
   Je viens de le terminer et je crois que je vais mettre un petit moment à digérer ce que j'ai lu. C'est un roman qui me marquera. Je le qualifierais d'indispensable.
   
   "Quand on y pense, ce n'est pas rien tout de même : être au chevet. Il y a des choses qui partout dans le monde nous appellent, à voix haute ou à voix muette, et qui ont besoin pour survivre ou pour mourir paisiblement que toutes affaires cessantes nous nous rendions à leur chevet. Une fois de plus : est-ce que nous entendons ? est-ce que nous répondons ?"

critique par Aifelle




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