Lecture / Ecriture
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Easter Parade de Richard Yates

Richard Yates
  La fenêtre panoramique
  Onze histoires de solitude
  Easter Parade
  Un été à Cold Spring

Richard Yates est un écrivain américain né en 1926 et décédé en 1992.

Easter Parade - Richard Yates

Féminines désillusions
Note :

   1ere publication 1976.
   
   Par l’auteur de "La Fenêtre panoramique", ce roman tout aussi bon, et nettement moins connu.
   
   C’est l’histoire d’Emily Grimes, née en 1935, du côté de NY, de parents divorcés, avec une sœur de 4 ans son aînée, Sarah.
   
   Leur mère, Pookie, un peu fofolle, et changeant tout le temps de job, déménage tous les ans, et elles voient leur père 3 ou 4 fois l’an. Celui-ci est préparateur de copie pour le journal Sun. Le roman débute par une visite à l’imprimerie du Sun, destinée à montrer aux filles à quel point leur père est un personnage important… mais seule Sarah est vraiment subjuguée...
   
   Emily se rend compte en grandissant, qu’il n’est pas vraiment journaliste et que le Sun est un journal médiocre. Leur mère, elle va comprendre à l’adolescence qu’elle n’a plus grand-chose à lui dire.
   
   Sa sœur Sarah se fiance avec un de leur voisin, Tony, qui "ressemble à Laurence Olivier". Sarah et lui ont été photographiés et très admirés pour la parade de Pâques, mais les désillusions viennent vite…
   
   Emily d’abord envieuse, découvre assez vite, que Tony n’a pas fréquenté une public School anglaise, comme il s’en vante, qu’il n’est "pas tout à fait ingénieur" (en fait, il est simple mécanicien…) et que s’il a l’air de présenter bien, il est en fait très mal élevé, et pire, va se révéler violent et de tendance alcoolique…
   
   C’est une grande partie de la vie d’Emily, que retrace le récit, une fille pas vraiment comme les autres, puisqu’elle va obtenir un diplôme universitaire, travailler pour son indépendance, et choisir les liaisons amoureuses plutôt que le mariage, dans lequel s'embourbe sa sœur.
   
   En dépit de son esprit rationnel, elle va endurer de nombreuses désillusions, concernant les gens de sa famille et ceux qu’elle va fréquenter. Plus que des désillusions, d’ailleurs, un vrai désespoir !
   
   Mais cela reste tout à fait vraisemblable. Easter Parade est écrit simplement de façon très réaliste, récit admirablement conduit, et vraiment lucide. On décrit la difficulté des femmes à s’épanouir, à exister au milieu du 20 eme siècle aux Etats Unis. C'est aussi un tableau de société où, derrière les apparences parfois flatteuses, se dissimulent la misère morale et intellectuelle.
    ↓

critique par Jehanne




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Le désespoir dans l'alcool
Note :

   Richard Yates reste un romancier américain assez largement et injustement méconnu en France. Il est pourtant aussi considérable qu’un John Cheever mais, à la différence de ce dernier qui s’était fait une spécialité de l’étude critique des mœurs de la haute société, l’œuvre de Yates est toute entière tournée vers la description sans concession de la classe moyenne étatsunienne.
   
   Richard Yates mourut à l’âge de 66 ans d’alcoolisme et de tabagisme qui lui avait valu d’ailleurs de souffrir de tuberculose quelques années auparavant. Toute sa vie, il rêva d’être reconnu, de figurer en première page de la critique littéraire du New-York Times. Jamais de son vivant ceci n’arriva. Marqué par une enfance difficile (mère alcoolique et en échec professionnel permanent, sœur battue par son mari violent), il donne à ses personnages de nombreux traits de ce qu’il eut lui-même à connaître.
   
   Dans la culture américaine, la parade de Pâques (Easter Parade) correspond à la tradition selon laquelle les citoyens qui le désirent revêtent leurs plus beaux atours pour défiler dans la rue principale de leur ville la veille de Pâques. Pour les deux sœurs encore adolescentes que sont Sarah et Emily, ce moment marquera l’apogée symbolique de deux vies de femmes qui ne connaîtront que déceptions, échecs et descente aux enfers.
   
   Avec une écriture simple, trouvant le mot juste pour aller toujours à l’essentiel, Yates nous donne à voir que, dans le monde des alcooliques, le prochain verre n’est jamais loin. C’est déjà l’alcool qui rendit la mère des deux sœurs d’abord ridicule en société avant de la conduire directement à l’asile psychiatrique. C’est encore l’alcool qui servira de refuge à l’aînée, Sarah, pour accepter l’intolérable, justifier la violence infligée par un mari qui, très vite, quitta son masque de jeune homme correctement éduqué en Angleterre, à l’accent raffiné et charmant, pour endosser l’habit d’un rustre vulgaire lui-même dépendant à l’alcool.
   
   Quant à Emily que son entourage voit à tort comme une jeune femme libre et séduisante, elle ne fait qu’enchaîner les échecs amoureux sans jamais réussir à vraiment trouver un emploi gratifiant malgré de brillantes études et une intelligence certaine. La faute à l’alcool, encore, qui la pousse sournoisement à choisir les hommes qui lui ressemblent, instables, souvent alcooliques aussi, affublés de problèmes en tous genres totalement insolubles car profondément englués dans leurs propres contradictions. Alors, de là, il n’y a qu’un pas à franchir pour qu’Emily trouve à son tour dans la consommation de boissons alcoolisées variées – mais surtout répétées à une fréquence qui augmente en proportion à ses échecs – l’illusion d’un exutoire qui ne peut que la conduire dans une impasse aussi sordide que celle que semblent avoir connue tous les membres de sa famille sur deux générations.
   
   Il y a peu d’espoir chez Yates. Ses romans sont à l’image de sa vie : désespérée, consciemment suicidaire avec une logique pourtant visant à ne jamais renoncer sans pour autant avoir tiré tous les enseignements des échecs précédents. Il y a une sorte d’implacabilité qui confine à la fascination.

critique par Cetalir




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