Lecture / Ecriture
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Les hordes du vent de Marcello Fois

Marcello Fois
  Les hordes du vent
  Un silence de fer
  Plutôt mourir
  Mémoire du vide
  Sempre Caro

Marcello Fois est un écrivain italien né en 1960, en Sardaigne.

Les hordes du vent - Marcello Fois

Gênée ou agacée ?
Note :

   C’est un roman policier. Je vous le dis tout de suite parce que cela n’a rien d’évident. D’ailleurs on se demande un moment… Je sais, vous allez me dire « A bas les catégories ! C’est un bon roman, ou un mauvais, c’est suffisant comme catégorie »
   Oui… Certes… Toutefois, voyez-vous, je crains que là encore, les choses ne soient pas si simples. A savoir qu’il m’est rapidement apparu que, ce n’était sans doute pas assez passionnant pour faire un bon roman policier. Alors que cela manquait d’épaisseur pour faire un bon roman tout court.
   
   Cela se passe en Sardaigne (île natale de l’auteur), au 19ème siècle et là, non, ce n’est pas son époque natale, vu que nous avons affaire à un jeune romancier (né en 1960)
   
   Le héros est l’avocat (poète et détective ?) Bustianu qui, à cheval et suivi de son fidèle acolyte, sillonne l’île (dont en passant, on ne se prend guère à envier le climat) à la recherche de La Vérité.
   
   Il y a bien sûr là-dedans beaucoup de brigands sardes, fusil à portée de main, ombrageux, plutôt sans vergogne et durs à la douleur. Des carabiniers, certains honnêtes, d’autres moins. Et une affaire d’état eh oui, cela existait déjà.
   
   J’ai trouvé tout cela assez peu crédible dans l’ensemble, bien loin de nous, tant du point de vue du vécu quotidien que de la psychologie. Une tentative de lien a pourtant bien été établie par l’auteur en nous racontant le mal que le pauvre Bustianu avait à faire accepter à sa mère sa nouvelle fiancée.
   Et cela se passe fort mal en effet, mais comme on ne comprend jamais pourquoi il a tout fait sauf avoir au moins l’idée (sans doute trop élémentaire) de la lui présenter officiellement et que pas à un seul moment il ne tente de comprendre son point de vue elle, il a beau dire, on n’arrive pas à le plaindre vraiment. Après tout, qu’il se débrouille avec sa mère abusive. Ce qui fait que cette tentative de rapprochement-là, entre lecteur et héros, m’a également semblée ratée.
   
   Reste le style, qui vaut ici à ce livre 3 étoiles et non 2 ½ , c'est-à-dire de passer la moyenne. C’est que, comme je vous le disais en commençant, on se demande si c’est un roman policier ou un roman littéraire, tant il est évident que l’auteur a eu par moments le souci de la belle phrase, de la belle scène, du beau paragraphe, bref une préoccupation littéraire qui dépasse le cadre du polar. Et il y réussit parfois « Le vent dessine des arabesque de terre sur les pavés» (Oui, bon, ce n’est pas Rimbaud non plus). Ou « …le goût cyanotique de l’air qui sèche la gorge, le parfum jaune du foin cuit au soleil, l’exaltation rouge des braises, des viandes, de la mousse rubigineuse. » et d’autres jolies formules, quelques belles images, mais cela ne donne pas de façon continue un style vraiment littéraire non plus et puis à d’autres moments, cela devient verbeux. «Le mouvement ondulant de la croupe du cheval le calme, mais autour de lui, hors de lui, il perçoit quelque chose qu’il a toujours refusé de regarder en face. Qui est peut-être l’essence même de sa malédiction. Il ne l’a pas fait consciemment. Ce refoulement n’a pas suivi un parcours linéaire. Pour un cas semblable, en audience, il aurait parlé d’acte accompli par une personne incapable de comprendre et de vouloir. Mais de façon paradoxale, précisément cette inconscience, cette foudroyante infirmité, lui a permis de comprendre que la volonté du mal a un poids sur la terre, écrasant, qui marque bien plus profondément que ne le peut la légèreté du bien. Simple à faire peur» S’il le dit.
   
   On est un peu à cheval (nous aussi) entre deux genres et c’est bien connu, du déséquilibre naît la gêne, quand ce n’est pas la chute.
   
   Et puis il y a l’usage de la langue sarde. L’auteur a absolument tenu à introduire pas mal de phrases non traduites dans son texte, pour faire couleur locale. Respectant son souhait, le traducteur, s’adjoignant les services d’un philologue éminent, nous les a rendues en Provençal non traduit. La démarche lui paraissait évidente, mais pour ma part, j’avoue ne pas avoir compris pourquoi, quitte à ne pas traduire, il ne les a pas aussi bien laissées en sarde… Mais bref, la question n’est pas là. En fait, je voulais surtout dire que sardes ou provençales, ces phrases étaient assez nombreuses et hermétiques pour gêner la lecture. C’est plutôt agaçant.
   
   Ajoutez à cela, pour en revenir à la face polar, que lorsqu’on arrive au dernier tiers, celui des explications, on sent bien que notre incompréhension persistante tient toute à la façon volontairement peu claire dont le héros explique et non à la complexité ou la finesse de l’explication et ça, les amateurs du genre ne me démentiront pas, le lecteur n’aime pas. C’est agaçant.
   
   Voilà. J’ai été bavarde sur ce livre à défaut d’être séduite. Il paraît que Marcello Fois connaît le succès en Italie, je ne sais pas ce qu’il en sera en France, en tout cas pour ma part, il n’est pas dans mes intentions d’en lire d’autres.

critique par Sibylline




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