Lecture / Ecriture
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Le reste de leur vie de Jean-Paul Didierlaurent

Jean-Paul Didierlaurent
  Le liseur du 6h27
  Le reste de leur vie
  La fissure

Jean-Paul Didierlaurent est un auteur français né en 1962.

Le reste de leur vie - Jean-Paul Didierlaurent

Petits suicides entre amis ?
Note :

   "Mettez-nous encore quatre Dragibus, six Schtroumpfs, deux Cocobat, un Acidofilo cola et... deux Œufs au plat. Non, attendez, non, mettez un seul Oeuf et ajoutez plutôt un Dentier Dracula."
   

   Manelle est aide à domicile. Elle reste à peine une heure chaque jour chez les personnes âgées chez qui elle travaille, et entretient avec eux des relations plus ou moins amicales. Avec Samuel, c'est différent, lui elle l'embrasse, malgré les interdictions du règlement, et reste une fois par mois déjeuner avec lui. Au dessert, il y a toujours une forêt noire, elle ne sait pas vraiment pourquoi, c'est comme ça. Elle ne connaît pas encore Ambroise, thanatopracteur de son état, qui vit chez sa grand-mère et a du mal, à cause de son métier, à trouver l'amour. Il est également fâché avec son père, le grand ponte, spécialiste du cancer, prix Nobel, mais ça c'est une autre histoire. En attendant, un voyage vers la suisse va rassembler tout ce petit monde, un voyage à l'objectif pas très gai, mais aux conséquences assez inattendues...
   
   Jean-Paul Didierlaurent nous conte là une bien jolie histoire. Et j'ai aimé retrouver dans ce nouveau roman les rares petites piques de fantaisie et d'ironie qui m'avaient séduites dans Le liseur de 6h27. Pour autant, je dois être honnête, malgré les qualités évidentes de ce roman, la déception est un peu au rendez-vous. Il m'a semblé en effet que ce récit là était un peu convenu, moins ambitieux que le précédent, moins original dans les détails, trop plein de bons sentiments. L'auteur a cependant un certain talent pour croquer la vie de son aide à domicile, et les détails justement y sont assez justes et précis. Il en est de même pour le métier qu'exerce avec passion Ambroise, très documenté. Je ne sais pas, je crois que j'ai du mal, sans doute parfois, avec les trop jolies histoires. J'aurais aimé que ce livre soit un peu plus corrosif, ... oui voilà qui m'aurait plu davantage.
   
   J'ai beaucoup pensé en lisant ce livre au film de Stéphane Brizé sorti en 2012 Quelques heures de printemps... vu en octobre dernier, peut-être donc alors une histoire de comparaison...
    ↓

critique par Antigone




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Les vivants et les morts
Note :

   Connaissez-vous ce duo déluré qui voyage sans un sou, en partant à poil? Les deux compères de l’émission "Nus & Culottés" sévissent chaque mois de Juillet sur France 5 (séances de rattrapage sur l’inévitable YouTube), nous offrant chaque nouvelle saison quatre destinations, quatre défis à relever sans dépenser un kopeck et en faisant jouer l’entre-aide humaine, parfois jusqu’à faire naitre des amitiés singulières. On découvre alors un monde caché derrière cette indifférence ambiante, ce chacun pour soi et cette avidité envers l’argent roi. Non, tout ne s’achète pas, pas encore. Oui, il existe des gens formidables. Et c’est largement la majorité. Si, si. D’après ma propre expérience, à un moment où j’œuvrais dans un commerce, je rencontrai un client revêche et franchement désagréable pour cent personnes passionnantes, charmantes, attachantes. Il suffit d’aller regarder derrière les apparences.
   
   JP Didierlaurent c’est "Nus & Culotés" version papier. Chaque roman (pour l’instant c’est le deuxième et quelques dizaines de nouvelles) nous (re)donne foi en l’homme. Et comme le bien ressemble à une boule de neige qui enfle au fur et à mesure qu’on s’en sert, on a envie de rendre service, de s’intéresser à ceux et celles qui nous entourent. Didierlaurent est un pousseur au bonheur. Pas ce grand bonheur imaginaire avec un B majuscule que bien peu d’individus sur cette pauvre Terre ne peuvent atteindre d’un seul coup. Mais plus exactement ces petits riens qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. Jour après jour, ces petites joies, ces ravissements infimes, ces extases minimalistes, ces délectations laconiques, ces transports anodins s’additionnent sans qu’on s’en rende bien compte. Au final, ça donne une vie bien remplie, débordante de souvenirs.
   L’écriture de Didierlaurent est simple, modeste, directe. C’est un bonheur en soi de parcourir ces lignes tracées au cordeau, d’avaler des paragraphes finement ciselés et d’engloutir finalement chapitre après chapitre ce quart de milliers de pages en deux temps trois mouvements. Parvenus à la fin, on en veut encore!
   
   Manelle s’occupe des vivants. Ambroise des morts. Bien sûr leur trajectoire va se télescoper.
   Des petits vieux à la santé fragile et des petites mamies formidables émaillent le récit de leur jeunesse éternelle. Il y a, évidemment, quelques ronchons atrabilaires, grincheux au dernier degré, rouspéteurs aux allures renfrognées, au visage bilieux et aux manières maussades mais il va de soi qu’ils seront tournés en ridicule et que leur mauvais caractère leur retombera sur le coin de la figure à la manière de l’arroseur arrosé.
   
   Alors, bien sûr, le prix à payer de toute cette bonne humeur, c’est qu’on connait déjà la fin. Tout s’arrange, toujours. C’est l’inévitable conséquence des romans optimistes, voire utopistes : une certaine prévisibilité. Mais, comme le dit le personnage de Lilas dans "l’Eté en Pente Douce" signé Pierre Pelot : "les gens, ce qu’ils aiment bien c’est quand ça se termine bien".

critique par Walter Hartright




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