Lecture / Ecriture
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Lire Lolita à Téhéran de Azar Nafisi

Azar Nafisi
  Lire Lolita à Téhéran

Lire Lolita à Téhéran - Azar Nafisi

... ou Gatsby chez les ayatollahs
Note :

   Après ses études universitaires aux Etats-Unis, Azar Nafisi est rentrée dans son pays d'origine - l'Iran - et elle a commencé enseigner la littérature anglaise à l'université de Téhéran. C'était au tout début de la révolution islamique...
   
    Très vite, Azar Nafisi s'est retrouvée aux prises avec la censure, la peur d'être dénoncée pour "immoralité" ("faute" que certains de ses collègues ont payée de leur vie), l'impossibilité de nouer un dialogue avec certains de ses étudiants, bien décidés à n'aborder la littérature occidentale qu'en regard des préceptes de l'Islam le plus radical. Je vous laisse imaginer les jugements prononcés à l'égard de Daisy Miller (une dévergondée qui a bien mérité son destin tragique, la fièvre romaine lui évitant somme toute la lapidation) ou sur Gatsby (doublement coupable, d'adultère et de consommer de l'alcool...). Dans le cas de Gatsby, le débat est bel et bien allé jusqu'à un procès, ce qui donne lieu à une scène parfaitement surréaliste, confrontant l'obscurantisme le plus primaire à un véritable débat sur le rôle de la fiction: la fiction romanesque doit-elle nécessairement susciter une réflexion morale? Cette scène de procès eût pu être très drôle, si elle ne donnait pas franchement froid dans le dos...
   
   "Lire Lolita à Téhéran" est un très beau témoignage sur la vie d'une femme dans la République Islamique d'Iran: son expulsion de l'université de Téhéran suite à son refus de porter le voile, la période de quasi-réclusion qui a suivi, la naissance de ses enfants - un grand bonheur et un sujet d'angoisse, alors que Téhéran est régulièrement pilonnée par les bombes irakiennes -, le choix après quelques années de retrouver l'enseignement - dûment enveloppée dans son tchador, une capitulation douloureuse -, sa décision d'organiser un cours de littérature clandestin pour quelques étudiantes passionnées et finalement, le choix très douloureux de quitter l'Iran pour les Etats-Unis où ce livre a été écrit.
   
   Et surtout "Lire Lolita à Téhéran" est un hymne au pouvoir de la littérature, comme mince espace de liberté dans les ténèbres d'une dictature, un hymne à la puissance des mots et de l'imaginaire, aux couleurs de la poésie et de la fiction face aux schémas de pensée trop assurés. Je crois qu'il est impossible de rester insensible à l'enthousiasme communicatif d'Azar Nafisi pour les écrivains qu'elle aime: Henry James (je me suis plongée dans Daisy Miller, sitôt refermé "Lire Lolita à Téhéran"), Scott Fitzgerald, Nabokov (j'ai bien envie de lui donner une nouvelle chance...), Jane Austen, "Les Mille et Une Nuits", et Saul Bellow (que j'ai depuis commencé à découvrir avec un réel bonheur). Bref, c'est un livre que je ne peux que recommander très chaleureusement sur ce site d'amoureux des livres.
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critique par Fée Carabine




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Le livre plus fort que l'épée
Note :

   Présentation de l'éditeur:
   
   "Après avoir dû démissionner de l'Université de Téhéran sous la pression des autorités iraniennes, Azar Nafisi a réuni chez elle clandestinement pendant près de deux ans sept de ses étudiantes pour découvrir de grandes œuvres de la littérature occidentale. Certaines de ces jeunes filles étaient issues de familles conservatrices et religieuses, d'autres venaient de milieux progressistes et laïcs ; plusieurs avaient même fait de la prison. Cette expérience unique leur a permis à toutes, grâce à la lecture de  "Lolita" de Nabokov ou de  "Gatsby le Magnifique" de Scott Fitzgerald, de remettre en question la situation " révolutionnaire" de leur pays et de mesurer la primauté de l'imagination sur la privation de liberté. Ce livre magnifique, souvent poignant, est le portrait brut et déchirant de la révolution islamique en Iran."
   

   
   Commentaire

   
   Je l'avoue d'emblée, je ne connais pas grand chose à la situation de l'Iran. La première référence qui me vient à l'esprit, c'est Shérazade. Et s'il en est question dans ces mémoires, j'en retiendrai surtout l'impression d'une rencontre. Celle d'une poignée d'homme et de femmes ayant vécu une révolution suite à la prise de pouvoir de l'état par le parti islamique. Voyez-vous, quand j'étais jeune, je pensais que le Shah d'Iran était un homme avec de drôles de moustaches - et bien des poils - qui ressemblait à un chat. Vous pouvez donc vous imaginer à quel point j'étais au courant des conditions de vie en Iran.
   
   Malgré tout, je suis consciente que ce témoignage est un point de vue. Celui d'une femme qui a connu une vie plus libre et qui a peu à peu perdu cette liberté. Pour la femme québécoise que je suis, c'est impensable. Le discours rapporté de certains intégristes révolutionnaire a fait se hérisser tous les poils de mon corps. Je me suis tout de suite sentie solidaire. Ces femmes, toutes différentes, autant sur le plan de la personnalité que des croyances religieuses, elles vont évoluer, défier le système à leur façon. En lisant des livres et en en parlant.
   
   C'est par le biais des romans que Azar Nafisi décide de nous raconter son histoire et celle de "ses filles". Plutôt que d'opter pour un ordre chronologique, c'est par l'intermédiaire des relations entre la fiction et sa propre histoire qu'elle raconte sa vie en Iran dans les années 80 et 90. "Lolita", "Gatsby", "Daisy Miller", "Orgueil et préjugés". À travers les diverses lectures des romans, on voit se dessiner les contours de ces silhouettes voilées qui sont là, bien vivantes, sous leur tchador ou leur foulard. Peut-être pas les œuvres auxquelles je me serais attendue pour dénoncer un système, un tel système, mais n'empêche qu'en étudiant ces livres, Azar Nafisi se met en danger. Car même à l'université, la censure règne et on risque la dénonciation pour un bout de peau qui dépasse ou des ongles trop longs. Imaginez parler de littérature. Non iranienne. Dans laquelle tout n'est pas blanc ni noir.
   
   À travers des épisodes tantôt poignants, tantôt presque drôles (le procès de Gatsby en est un bon exemple), nous découvrons l'évolution de ces femmes dans un monde où elles sont la propriété de leur époux, où elles ne peuvent parler à un homme qui n'est pas leur frère, père ou mari, ou l'on ne sait trop pourquoi les prisonniers sont emprisonnés et parfois exécutés. Et là, on se dit "ça ne fait pas si longtemps". Et j'ai été vraiment touchée par leur histoire, celle de la désillusion, celle du combat pour garder leur foi, pour certaines, dans un système qu'elles ont du mal à appuyer.
   
   Bien entendu, j'ai lu ces mémoires avec mes yeux d'occidentale pas vraiment féministe mais pour qui ce qui est décrit sur la situation des femmes et des intellectuels est presque impensable. Alors bien entendu que ça m'a bouleversée. En plus, j'ai beaucoup aimé l'écriture et les liens qui sont fait avec les romans. J'ai une envie folle de lire Henry James, maintenant.

critique par Karine




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