Lecture / Ecriture
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Au moyen du Moyen Âge de Rémi Brague

Rémi Brague
  Au moyen du Moyen Âge
  Modérément moderne

Au moyen du Moyen Âge - Rémi Brague

Ouverture au sud
Note :

   Trois aires culturelles se partagent l'espace autour de la Méditerranée déjà marquée par la diaspora juive : l'Occident chrétien (latin), l'Orient byzantin (grec), l'Islam (arabe.)
   
   Mise en place au VIIè siècle quand l'expansion arabe scelle définitivement la fin du monde antique, cette coexistence pas très pacifique de plusieurs siècles, suscita des échanges intellectuels souvent inégaux et pas toujours désirés.
   
   Rémi BRAGUE, dans ce recueil d'articles et de conférences, explore au moyen de ce qu'il est convenu d'appeler notre Moyen Âge, la circulation des idées philosophiques, principalement le passage des idées et du savoir des Grecs anciens, vers le monde islamique et, via celui-ci, jusqu'à l'Europe médiévale. L'œuvre d'Aristote, essentiellement, a été prise en compte par les Arabes ; les traductions du grec vers l'arabe et de l'arabe vers le latin ou l'hébreu ont assuré la pérennité de la pensée aristotélicienne.
   
   On ne pourra lire ces essais sans entrevoir la minceur de la pensée indigène de l'Europe d'autrefois ; sa culture s'est façonnée de citations et d'emprunts. «C'est intrinsèquement que l'Europe repose sur ce qui lui est extérieur.» En suivant notre guide, nous découvrons quels regards musulmans Biruni, Averroès, ou Ibn Khaldûn portèrent sur la cité chrétienne. Nous découvrons que la tolérance heurtait des philosophes comme Averroès ou Avicenne et qu'ils n'hésitaient pas à justifier la guerre. On découvre que le mépris des uns pour la culture des autres est telle qu'une fois traduit du grec en arabe, le manuscrit n'a pas à être conservé. Et que si des manuscrits sont sortis du monde islamique pour se retrouver, disons, à Madrid ou en Allemagne, c'est par une fortune de mer, ou par la fuite des Juifs loin de Cordoue.
   
    On découvre aussi l'incompréhension et la méconnaissance de l'islam par les chrétiens de l'Occident médiéval alors que Byzance avait bien vite traduit le Coran. L'islam, en se présentant comme la dernière religion, n'avait plus besoin d'ajouter à Aristote, "horizon indépassable" de ces temps.
    En navigant d'une traduction à une autre, l'auteur répond à de nombreuses questions tout en s'efforçant, pour notre jubilation intellectuelle, d'exploser les mythes et les baudruches, tels que "métissage", "multiculturalisme", bref les "slogans à la mode chez les belles âmes médiatiques".
   
   Chaque essai est l'occasion de partir à l'assaut des idées reçues – et pas seulement sur le Moyen Âge. Lire ce livre c'est faire le plein d'idée décapantes sur le polythéisme et le monothéisme, sur la tolérance et sur le jihad, sur le commentaire et la paraphrase, sur le géocentrisme et l'héliocentrisme. Cette impertinence permise par la force de l'érudition et de la critique titillera l'esprit de tout lecteur même désabusé. Ce n'est sans doute pas tant Aristote que l'auteur donne envie de relire ou de découvrir, qu'une foule d'essais signalés en bas de page. Cette envie d'aller plus loin (et de relecture) est d'ailleurs renforcée par une écriture où les trouvailles commencent à chaque "opening joke" et finissent en conclusions pétillantes d'esprit.

critique par Mapero




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