Lecture / Ecriture
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Polichinelle mouillé de Frédéric H. Fajardie

Frédéric H. Fajardie
  Patte de velours
  Un homme en harmonie
  Polichinelle mouillé
  Le souffle court

Frédéric H. Fajardie est le nom de plume de Ronald Moreau, auteur français de romans policiers, né en 1947, à Paris, et mort en 2008.

Polichinelle mouillé - Frédéric H. Fajardie

Redresseur de torts peu redressé
Note :

   Susceptible, et avec raison, Quintin n'a pas apprécié qu'un adolescent boutonneux se moque de sa bosse. La scène s'est déroulée sur les quais du métro à la station Bel-Air. Evidemment, à dix-sept ans et pour se faire mousser auprès de ses camarades, il faut se faire remarquer. Et c'est ainsi qu'il a glissé sa main sur la bosse mouillée par la pluie de Quintin, par défi et en le traitant de Polichinelle mouillé. Et que Quintin a déclaré dans sa moustache "Pour ça je te tuerai".
   
   Et c'est comme cela que Quentin, septuagénaire vivant seul dans son petit appartement de Montreuil, sa femme Mauricette qu'il avait surnommée Barbara étant décédée neuf mois auparavant, devient un tueur. Car ce qu'il a ressenti en bousculant l'adolescent dont il ne connait pas le nom et donc qu'il appelle Bel-Air du nom de la station où il a perpétré son forfait, c'est comme une délivrance, un acte patriote, éliminant un individu qu'il a classé comme fasciste, un nazi.
   
   Quintin prend goût à débarrasser la société de ce qu'il prend pour des loques, des nuisibles, des inconsistants. Ainsi l'homme qui vient de se pincer les doigts dans les vantaux à fermeture automatique et qui se plaint auprès des autres voyageurs n'aurait pas attiré plus que ça son attention, si l'homme ne s'était blessé volontairement à un doigt à l'aide d'un petit couteau, juste pour qu'on compatisse. Et ce n'est pas le fait que l'individu soit Arabe qui attise l'ire de Quintin, mais bien cette propension à geindre.
   
   Sa prochaine victime est un homme qui profère à l'encontre d'une jeune fille des mots inconvenants, des propositions malhonnêtes. D'accord, cette gamine qui paraît n'avoir que seize ans est attifée façon allumeuse qui refuse la pompe à incendie, une aguicheuse attirant tous les regards vers elle, ne semblant pas se rendre compte de l'intérêt qu'elle suscite avec sa jupe aussi grande qu'une ceinture et son habillement en rouge et noir. Au lieu d'embrasser la bouche pulpeuse de la gamine, l'individu peu scrupuleux va embrasser les rails, ça lui apprendra.
   
   Le commissaire Antoine Padovani est chargé de l'enquête sur le Pousseur du métro. Il est entouré par Tonton, son supérieur, et d'autres commissaires, l'affaire le vaut bien, mais par quel bout prendre cette affaire, les témoins se contredisant comme souvent dans ces cas-là. Il remarque même que la jeune fille, qui a toutefois dix-huit ans, toujours aussi séductrice et provocante, fournit un signalement probablement erroné, peut-être en remerciement pour l'homme qui a châtié l'importun. Mais l'affaire n'est pas simple à résoudre, d'autant que malgré leur statut de commissaires certains des enquêteurs se montrent quelque peu des bras cassés. Enfin, Padovani, habitué des affaires pourries, ne renonce pas. Même si des membres de la maffia locale s'immiscent dans ce drôle de cirque. Même si cette jeune fille essaie de détourner Antoine Padovani de son rôle d'époux intègre.
   
   Pour Fajardie, le roman était le vecteur idéal pour montrer les travers d'une société urbaine contemporaine, mettant en scène des personnages qui relèvent d'une certaine chevalerie, tel Quintin, mais dont les actes ne sont guère en conformité avec la légalité.
   
   Profondément enraciné politiquement dès 1968 à la Gauche Prolétarienne, Fajardie ne renie pas ses valeurs, même si au fil des ans il "s'assagit", se montrant moins virulent, plus mesuré dans ses propos.
   
   Nouveau prêtre du Néo-polar à ses débuts, Fajardie aborde avec "Polichinelle mouillé" une narration plus souple, tout en gardant ses repères idéologiques, n'hésitant pas à dénoncer des pratiques jugées fascistes ou nazies. Si le personnage de Quintin peut paraître immoral, il réagit à des besoins profonds, dont la réminiscence se dévoile au fil du déroulement de ses méfaits. Et Fajardie déplace peu à peu le côté roman noir vers une enquête-énigme construite comme un jeu de piste avec un côté poétique.
   
   Ce roman est dédié à Francine, comme tous ses livres d'ailleurs, et la femme du commissaire Antoine Padovani se nomme Francine, tout comme la femme de Fajardie. Une nouvelle preuve de fidélité qui l'animait et d'ailleurs on se rend compte que Padovani est un peu une projection de l'auteur dans ses gestes, ses réflexions, son regard envers ses contemporains, ses engagements.
   
   Un roman court et percutant.

critique par Oncle Paul




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