Lecture / Ecriture
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Malatesta de Henry de Montherlant

Henry de Montherlant
  Malatesta

Malatesta - Henry de Montherlant

Plaisir des mots
Note :

   J’avoue n’avoir aucune accointance ni goût pour les cruelles tragédies grecques, les classiques drames historiques, les pièces mythologiques au lyrisme exacerbé. En cela Shakespeare m’ennuie profondément pour parler franchement. Oh, loin de moi l’idée de lui reprocher quoi que ce soit, bien au contraire, c’est sur moi que je pleure. Je n’ai peut-être pas les clés qu’il faut, la bonne tournure d’esprit requise. D’autre part, les intrigues du Vatican, les manigances religieuses au plus haut degré, les combines de l’Eglise me laissent froid, excepté peut-être dans quelques chefs d’œuvres dont je ne citerai ici que celui d’Umberto Eco. Pour finir, je n’apprécie que modérément le théâtre et ses grandiloquences, question d’éducation, mes penchants m’inclinent davantage vers le septième art et ses possibilités de subtilités de jeu, sauf exception là encore, en la personne de Cyrano.
   
   Et pourtant, en dévorant (il n’y a pas d’autres mots) la pièce de Montherlant, je fus aux anges. Chaque réplique claque comme un coup de fouet, les mots nous giflent et les expressions fusent tels des aphorismes. La lecture en est tellement jouissive qu’on se plait à lire à haute voix. Même à jouer le texte de temps en temps.
   
   Voilà ma définition du talent : parvenir à intéresser sur un sujet qui rebute.
   
   Bien entendu, on retrouve au fil des répliques cinglantes tous les stéréotypes des grandes tragédies historiques : trahison, volte-face, manigances diverses et une inconstance des personnages qui n’arrêtent pas de se contredire et semblent avancer à tâtons.
   
   Montherlant a voulu dépeindre cette période précise qu’est la Renaissance Italienne. Renseignements pris, Malatesta a réellement existé tout comme le Pape Paul II, son ennemi attitré. Le dramaturge a conservé les traits de caractère des principaux personnages et ne s’est accordé uniquement le privilège d’une fin plus mélodramatique que la réalité : le vrai seigneur de Rimini mourut dans son lit. Pas très théâtral, il faut le reconnaitre.
   
   Mais tous les rebondissements, les complicités, les trahisons et les tumultes qui émaillent les quatre actes ne m’ont pas touché une seconde. Je le redis, il n’y a ici que l’amour des mots prononcés péremptoirement, des répliques scandées qui tombent comme des coups de poing dans la figure. On en reste k.o.
   
   Et on en redemande.

critique par Walter Hartright




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