Lecture / Ecriture
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Le temps où nous chantions de Richard Powers

Richard Powers
  Le temps où nous chantions
  La chambre aux échos
  L'ombre en fuite
  Générosité
  Gains
  Le dilemme du prisonnier
  Orfeo

"Richard Powers est un écrivain américain né le 18 juin 1957 à Evanston dans l'Illinois aux États-Unis.

Après quelques années d'études de physique, il commence des études de littérature à l'Université de l'Illinois où il obtient son Master of Art en 1979. Il devient un auteur reconnu et à succès aux États-Unis au début des années 1990, avec des romans explorant la relation entre sciences (physique, génétique), technologie, et art (musique). "La Chambre aux échos" reçoit en 2006 le National Book Award." (Wikipedia)



* Citations dans la rubrique "Ce qu'ils en ont dit"

Le temps où nous chantions - Richard Powers

Merveilleux!
Note :

   Voilà un merveilleux roman. Il est presque impossible de le résumer tant il est dense et riche. On suit sur une soixantaine d'année l'histoire de la famille Strom. Une histoire marquée par un amour fou et ses conséquences pour des enfants ni blancs ni noirs dans une Amérique à l'heure de l'appartheid, du Dr King et des Black Panthers.
   
   C'est une belle famille qui est décrite, unie, désunie, brisée et souffrante, mais toujours vivante malgré son caractère improbable et les difficultés qu'elle rencontre. Les deux frères et la soeur Strom illustrent tout ce que l'on peut illustrer en fait de relations fraternelles. Un amour fort et dur qui prend aux tripes et dans lequel on peut se reconnaître. S'y ajoute le racisme, l'identité et la recherche d'identité.
   
   Quant à leurs parents... C'est juste beau et poignant. Leur amour transcende la haine et le rejet dans l’amour de la musique. L’une pour être noire, l’autre pour être juif. Mais il ne transcende pas une réalité à laquelle ils doivent se confronter et dont ils souffrent. Toute universelle que soient les notes, elles ne peuvent, quoi que l’on veuille, aller contre la bêtise humaine. On ressent dans sa propre chair la souffrance que provoque le regard et la mauvaiseté de l’autre.
   
   L'ensemble du roman est porté par un amour fou de la musique, un amour qui irrigue chaque parcelle de l'existence des personnages, dans toutes les circonstances, jusqu'à la folie. J'en sors au-delà des mots et de l'émotion avec l'envie rivée au corps de réécouter les œuvres chantées et jouées tout au long de ces pages. Impossible d'aborder tout le reste, et pourtant, il y aurait de quoi en écrire des pages et des pages, difficile de faire passer l'émerveillement ressenti devant cette plume et devant cette créativité. Sans mièvrerie, sans misérabilisme, Richard Powers signe un grand roman sur l'Amérique de la deuxième moitié du 20e siècle.
   
   " L'oiseau et le poison peuvent faire un poiseau. Le poisson et l'oiseau peuvent faire un oisson. Il psalmodie ces mots, les scande sur un rythme qui galope désespérément. Un continent émerge. Des notes syncopées dans le temps. Tout ce qu'il veut, c'est continuer à jouer. Toutes les combinaisons possibles. Qu'il continue de chanter jusqu'à exister, et mettre ainsi en route mon morceau, ma chanson."
   ↓

critique par Chiffonnette




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La thaumaturgie par excellence
Note :

   "Ca nous traverse, et nous réordonne"
   
   Ne cherchez plus ce que vous allez lire, c’est ce roman ci et plus un autre, c’est fini.
   
   Il a tout, il est prodigieux. Dieu sait que je m’emballe facilement, mon panthéon d’écrivains est déjà bien rempli, mais celui-ci m’a mise à genoux, je suis laminée, l’herbe ne repoussera plus jamais après Richard Powers.
   
   Bien évidemment vous devrez l’acheter, on n’emprunte pas un tel chef-d’œuvre, et en plus vous le relirez, vous qui, comme moi, n’aimez pas ça en général.
   
   De toute façon une seule lecture serait une hérésie pure et simple, c’est la mise en bouche, l’histoire prise au premier degré, le cœur qui bat, chante, danse, pleure, rit, s’ouvre, se ferme et se soulève pour la famille Strom, sur soixante ans d’histoire américaine.
   
   Je ne parle pas du reste, les deux sujets de fond, le racisme et la musique. Le Temps ne s’écoule pas, il est, et comme la boucle qui unit Délia, David et le petit Ode, on se retrouve au point de départ, époustouflés.
   
   Que quelqu’un puisse écrire un truc pareil est miraculeux. Heureusement que ça n’arrive pas tous les jours, mon cœur ne tiendrait pas le coup. Et un grand coup de chapeau aussi à Nicolas Richard, qui signe là une traduction enchanteresse.
   
   "Mais en fin de compte, personne ne voit les autres. C’est notre tragédie et c’est ce qui, en définitive, nous sauvera peut-être. On ne se guide que d’après les points de repère les plus grossiers. Continuez tout droit jusqu’à atteindre «désespoir». Arrêtez-vous à «oubli total», faites demi-tour, et vous y êtes."
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critique par Cuné




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Un livre en somme
Note :

      Oui mais quel livre! Et quelle somme que ce livre! Les critiques sont enthousiastes et je me méfiais un peu. De plus je confesse m'être ennuyé à la lecture de "Trois fermiers s'en vont au bal" dont seul le titre m'avait plu. Avec "Le temps où nous chantions", Richard Powers nous livre une somme littéraire, un souffle prodigieux et rare animant ce livre incomparable. Je pense que beaucoup le liront et n'ai pas l'intention d'en dire bien plus.
   
       Simplement il fait 760 pages et ne s'est ouvert à moi que parcimonieusement car certains passages sur la physique quantique ou même la musique sont relativement ardus. Je l'ai dégusté à petites doses comme un vieil alcool qui n'autorise son arôme que peu à peu, exigeant du lecteur une certaine disponibilité. A mon avis le très grand livre sur l'Amérique de ce début de siècle. Histoire, science, musique, famille, violence, mort sont les ingrédients de ce fabuleux bouquin qui balaie six décennies américaines en une polyphonie étourdissante qui fait qu'on quitte à regret cette famille si américaine dans toute sa complexité. On pourrait écrire des pages sur "Le temps où nous chantions". Mais vous n'avez pas le temps, il vous faut vous précipiter sur ce roman inoubliable.

critique par Eeguab




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