Lecture / Ecriture
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Par le temps qui court de Michel Butor

Michel Butor
  L’Emploi du temps
  Improvisations sur Michel Butor
  Par le temps qui court

Michel Butor est un écrivain français pilier du Nouveau Roman, né en 1926 et mort le 24 août 2016.

Par le temps qui court - Michel Butor

Éclectisme et expérimentation
Note :

   Recueil de poésies de Michel Butor, choisies par lui-même et préfacé par Jean-Michel Maulpoix, spécialiste de l'écriture lyrique et par Mireille Calle-Gruber qui a dirigé les Œuvres complètes de Michel Butor à La Différence ; tous deux sont écrivains et professeurs à la Sorbonne Nouvelle. Michel Butor, décédé le 24 août 2016 est un des grands écrivains français de notre temps. Discret, il eut le Prix Renaudot pour "La modification", mais écrivit beaucoup de poésie, d'essais sur la littérature qu'il enseigna aux États-Unis, en France et en Suisse. Les éditions de La Différence ont publié entre 2006 et 2010 ses œuvres complètes en 12 volumes.
   
   Michel Butor ne se cantonna pas dans un genre qui eût pu faire son succès suite à son Prix Renaudot en 1957, il publia alors des essais, de la poésie, des récits de rêves, de voyage, un livre de collages (Mobile), des textes pour des pièces musicales, ... Éclectisme et expérimentation furent alors ses modes d'écriture. Dans ce court recueil de sa poésie, on sent bien son envie de jouer avec les codes, avec les mots, les genres, les formes. De la poésie littéraire, historique, descriptive, plus classique et/ou jouant avec les formes -certes, on est loin des Caligrammes, mais l'exercice ayant été fort bien fait par Apollinaire, on imagine que Butor ne voulait même pas le copier, tout au plus lui rendre un hommage.
   
   Je ne suis ni très amateur de la poésie, ni très habile à dire ce que j'en pense, c'est un genre auquel parfois je suis hermétique, je me disais cela en commençant ce livre, jusqu'à ce que, juste après ma réflexion, je tombe sur ça :
   "Les rayons s'allongent
   les couleurs s'échauffent
   tandis que le fond de l'air
   commence à fraîchir
   une prune trop mûre
   s'écrase en tombant sur un rocher
   
   A son parfum
   succède celui d'une rose qui vous surprend
   comme un hélicoptère
   qui viendrait vous observer
   mais le silence
   n'est en rien troublé
   
    Ponctué
   par de lointains aboiements
   ourlé
   par les répercussions des cloches
   brodé
   par la dernière mouche de la journée
   
   Une dame se souvient
   d'une chanson de son enfance
   elle s'essaie à la chanter
   une autre la joint
   mais toutes les deux
   déraillent au milieu d'un couplet
   Qui s'achève
   par des éclats de rire
   s'estompant
   comme les collines de l'autre côté
   de l'autre côté des arbres tremblants" (Sérénade)
   

   Que vouliez-vous que je fasse ? J'ai continué, et suis tombé sur d'autres poésies aussi belles, légères lorsqu'elles parlent par exemple de la main qui écrit et qu'elles décrivent tous les mouvements d'icelle, des textes en prose profonds lorsqu'ils parlent par exemple de la colonisation (La ligne de partage des sangs, p.57 : un poème à lire, écouter et méditer dont je vais citer une seule strophe :
   "Tu ne peux pas manger ici car tu y étais avant nous ; et tu risquerais de nous couper l'appétit en nous faisant imaginer une prochaine vague de conquérants plus feutrés, plus sournois que nous, qui nous parqueraient ou nous excluraient, nous interdisant nos maisonnettes à l'anglaise et le culte de nos stars pour nous imposer d'autres rites."
   

   Ce qui précède est magnifique et ce qui suit formidable, vous comprendrez donc que je vous recommande (très) fortement la lecture des poésies de Michel Butor (et le reste aussi, Improvisations sur Michel Butor, par exemple). Au fil des pages, le poète se fait observateur politique, mais un observateur qui s'engage, qui accuse. Il observe aussi la société, ses bouleversements, le monde qui change... Il pratique également aisément l'ironie et l'auto-dérision, ce qui donne à son œuvre une aura et une portée toute particulières.

critique par Yv




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