Lecture / Ecriture
    Accueil     Lecture     Ecriture     Rencontres     Auteur du mois     Ce qu'ils en ont dit     Contacts    

Aquarium de David Vann

David Vann
  Sukkwan Island
  Désolations
  Impurs
  Dernier jour sur terre
  Goat Mountain
  Aquarium


David Vann est un écrivain américain né en Alaska, en 1966.

Aquarium - David Vann

Pourtant, normalement, j'aime bien le poisson
Note :

   C’est dans un aquarium à Seattle, que la jeune Caitlin une fillette de douze ans trouve refuge tous les jours après l’école. Les créatures marines la font rêver et elle les réinvente à son propre usage et parfois les renomme. Un vieux monsieur est toujours là lui aussi, et l’accompagne dans ses rêveries.
   
   Caitlin se doute bien que le vieil homme n’est pas là par hasard ; mais il ne lui veut aucun mal, et elle n’a pas envie d’en savoir pus.
   
   Cependant, il faudra bien en parler à sa mère ; Sheri Thomspon , mécanicienne sur des chantiers naval élève seule sa fille et gagne à peine de quoi les faire vivre.
   
   Le vieux monsieur, on l’a compris tout de suite, est le grand-père de Catilin ; sa mère le hait car il l’a abandonnée autrefois seule avec sa mère… cet homme est revenu pour se racheter, permettre à Sheri et Caitlin d’avoir une vie meilleure, et mieux connaître sa petite fille, son unique descendante.
   
   Entre Caitlin qui veut un grand-père et Sheri qui est folle de rage contre lui, le conflit est ouvert…
   
   J’avoue être restée plus ou moins en dehors de cette histoire. D’abord, la vie "sous-marine" rêvée de Caitlin qui lui sert de refuge et lui permet de faire fructifier son imagination, m’a ennuyée. Je ne sais pourquoi, car cette création est plutôt inventive et poétique mais elle m’a paru un peu puérile. D’autre part, il est peu vraisemblable que la mère de Caitlin, abandonnée seule avec sa mère mourante, encore loin de sa majorité, n’ait pas été secourue par les services sociaux… dans un récit où les détails réalistes foisonnent, on voudrait plus de crédibilité.
   
   Pas très crédible non plus, l’épisode où la mère fait la malade et force sa fille à s’occuper d’elle ; certes on retrouve dans cet épisode la folie dont Vann est coutumier, et de ce pont de vue, cela me plaît ; mais il aurait fallu que Sheri ne fasse pas semblant et verse réellement dans la folie : sinon comment pourrait-elle supporter de se conduire ainsi en étant consciente de ce qu’elle fait ? Et comment expliquer que Caitlin (qui n’est pas folle du tout) accepte ce deal ? Ne pourrait-elle alerter les voisins ?
   
   Quant au grand-père, je l’aurais fait repartir laissant sa maison à Sheri et Caitlin. Le happy end de la fin, est encore moins vraisemblable que tout le reste. Bref, je n’ai pas adhéré à cette histoire…
   
   Pourtant les poissons, j'aime bien d'ordinaire! lequel voudriez-vous être accroché dans votre dos? Le poisson lune, sans doute?
    ↓

critique par Jehanne




* * *



Pour vivre, pardonne
Note :

   Avec son quatrième roman, David Vann délaisse un peu les ambiances très noires dans des décors naturels et sauvages pour élaborer une sorte de conte ou de parabole autour du thème du pardon.
   
   Nous voici à Seattle, la ville de l’eau par excellence sur la côte californienne. L’eau de la mer visible de partout. L’eau de la pluie et de la neige qui tombent sans cesse d’un bout à l’autre de l’année. L’eau de son aquarium géant, spectaculaire où se rend chaque fin d’après-midi après l’école une jeune fille de douze ans, Caitlin, en attendant que sa mère, manutentionnaire sur le port, vienne la récupérer.
   
   Un aquarium où Caitlin rêve devant les poissons de toutes les formes et de toutes les couleurs, lui apportant une vision du monde totalement différente de celle de l’appartement maternel glacial et pauvre et de son milieu urbain attristant, celui de la banlieue défavorisée.
   
   Depuis quelques jours, Caitlin retrouve dans cet aquarium féérique un vieil homme avec lequel elle s’est prise de sympathie et qui semble la comprendre. Un homme dont nous apprendrons vite qu’il s’agit de son grand-père. Pourquoi ignorait-elle alors l’existence de cet aïeul aimant ? C’est à partir de cette question que David Vann construit son roman.
   
   Un roman qui nous plonge au cœur de la folie, celle d’une mère qui a toujours vécu seule, n’a jamais voulu rien dire sur le père de son enfant. Une mère qui a coupé tous les ponts avec un père qui l’a abandonnée à un moment critique de sa vie adolescente, brisant tout espoir, annihilant les possibilités d’un futur épanouissant. Une folie latente et violente qui va devenir explosive, destructrice et manipulatrice lorsque la mère décidera d’en user envers sa fille pour la couper à tout jamais de son grand-père.
   
   Mais les choses ne se passent jamais vraiment comme prévu dans la vie car, face aux forces du Mal, les forces de l’Amour sortent souvent vainqueurs au terme de longs combats. Autre leçon implicite de ce roman…
   
   Ce combat, c’est celui du basculement de l’enfance encore innocente de Caitlin vers l’adolescence et la découverte des drôles de règles du jeu qui régissent le monde des adultes. Un basculement où la jeune fille découvre le plaisir et le désir avec une camarade de classe indienne de caste élevée dont l’environnement social semble aux antipodes du sien. Un basculement où le regard de Caitlin sur sa mère, jusqu’ici déesse absolue de sa vie, change à jamais. Un basculement où la question du pardon, celui de la mère vers son propre père, de Caitlin envers sa mère, de l’amant de la mère envers cette dernière, des adultes envers l’homosexualité assumée des deux jeunes filles forme la trame d’un roman à la fois dur et tendre, comportant des ruptures narratives inattendues comme la vie sait en réserver.
   
   David Vann confirme, une fois encore, qu’il est un grand auteur américain avec lequel il faut compter.

critique par Cetalir




* * *